77,99 ¢US à la clôture - Le huard continue son chemin à la hausse

Le dollar canadien a entamé 2004 avec la même fougue qu'il a déployée en 2003, mais les analystes estiment que son niveau élevé par rapport à l'an dernier pourrait forcer la Banque du Canada à réduire ses taux d'intérêt pour ralentir sa progression.

Le dollar canadien, qui ne valait que les trois cinquièmes du billet vert il n'y a pas si longtemps, a touché hier un sommet de dix ans et demi, soit 78,31 ¢US, ou 1,2769 $ pour un dollar américain. Il est finalement revenu à 77,99 ¢US en clôture, en hausse de 0,37 ¢US sur la séance, touchant son niveau le plus élevé depuis juillet 1993.

Après avoir pris 22 % en 2003, la devise canadienne a déjà gagné 1,5 % au cours des deux premières séances de 2004. «De toute évidence, 80 ¢US est maintenant un niveau à notre portée, et je crois que ce potentiel est là au premier trimestre», a dit Steven Butler, directeur des changes chez Scotia Capitaux.

Le dollar canadien a jusqu'ici grandement profité des inquiétudes qui pèsent sur l'économie américaine, notamment le déficit du compte courant et le déficit commercial. Même les récentes données sur une reprise américaine n'ont pas pu redonner du souffle au billet vert.

Les taux d'intérêt

Mais les investisseurs s'intéressent aussi à l'écart entre les taux d'intérêt du Canada et des États-Unis. «Je dirais que 80 % de la montée du dollar canadien est attribuable au recul du dollar américain, sans aucun doute», a dit Benjamin Tal, économiste principal chez Marchés mondiaux CIBC. «Mais aussi lorsque vous êtes dans un environnement de taux d'intérêt si bas et d'inflation si faible, les investisseurs recherchent un bon rendement et, dans cette perspective, le Canada se trouve en bonne posture.»

Le taux de financement à un jour de la Banque du Canada est actuellement de 2,75 %, soit 175 points de base de plus que l'équivalent de la Réserve fédérale américaine. Il s'agit de l'un des principaux facteurs derrière l'ascension du dollar canadien.

Mais la banque centrale pourrait déterminer que cette hausse soudaine du dollar canadien nuit trop aux compagnies canadiennes qui dépendent des exportations vers les États-Unis, disent les analystes. La Banque Toronto-Dominion a estimé en décembre que le dollar canadien réduirait de 1 % la croissance économique canadienne en 2004 et entraînerait des mises à pied dans le secteur de la fabrication. «Nous commençons à voir les dommages. Si vous regardez les livraisons des manufacturiers, les exportations, ce n'est pas rose depuis quelques mois, alors je pense que les taux ne peuvent que baisser», a dit Benjamin Tal.