Parmalat: les interrogatoires se poursuivent

Au total, au moins 10 milliards d’euros manqueraient à l’appel chez Parmalat, selon les dernières estimations de la justice.
Photo: Agence Reuters Au total, au moins 10 milliards d’euros manqueraient à l’appel chez Parmalat, selon les dernières estimations de la justice.

Rome — Les enquêteurs chargés de faire la lumière sur les activités de Parmalat, au centre d'un scandale financier, ont entendu hier un suspect important, l'ancien directeur financier de la société agro-alimentaire, Faustio Tonna, présentement détenu.

Tonna aurait offert sa collaboration aux autorités afin de les aider à retracer les différents fonds de Parmalat. Selon un document obtenu par AP, Tonna aurait montré aux enquêteurs comment la société falsifiait des documents afin de présenter un bilan comptable positif. Cité par ce même document, le comptable Gianfranco Bocchi, lui aussi détenu, aurait confié qu'un dirigeant financier de Parmalat aurait ordonné à un employé de détruire un ordinateur contenant des dossiers compromettants.

Les autorités italiennes ont déjà arrêté huit personnes pour interrogatoire, dont le fondateur et ancien chef exécutif de l'entreprise, Calisto Tanzi. Un mandat d'arrêt a été lancé contre l'ancien président de Parmalat Venezuela, Giovanni Bonici, présentement à Caracas. Son avocat a indiqué que son client avait l'intention de revenir en Italie.

Les autorités néerlandaises ont également pris Parmalat dans leur collimateur. Elles enquêtent présentement sur les activités de trois filiales de l'entreprise, toutes basées à Rotterdam, et où siégeait Luciano Del Soldato, présentement détenu à Parme. Les autorités américaines sont aussi en contact avec les enquêteurs italiens.

Par ailleurs, le commissaire chargé du redressement de Parlamat, Enrico Bondi, devait rencontrer des banquiers hier pour les convaincre de tenter de sauver l'entreprise. Parmalat a reconnu, le 19 décembre, que sa filiale Bonlat, dans les îles Caïmans, n'avait pas les cinq milliards $US qu'elle affirmait détenir dans un compte de la Bank of America.

Plusieurs actionnaires, détenteurs de bons et les employés de l'entreprise ayant investi dans des fonds de retraite risquent des pertes importantes.

M. Oliva a confirmé qu'il était «très probable» que Parmalat Finanziaria, une société soeur de Parmalat SpA, et deux autres filiales, Eurolat SpA et Lactis, demandent sous peu la protection de la cour. La dette totale de ces entreprises totaliserait 16,2 milliards. Les autorités italiennes ont demandé à une cour de Parme l'accès à tous les comptes de 2002 de Parmalat Finanziaria SpA, afin de clarifier le montant total des dettes de la société.

Action en justice

Une association d'épargnants italiens a intenté hier une action en justice au nom des investisseurs lésés par la déroute financière de Parmalat tandis que plusieurs centaines d'épargnants se sont réunis à Parme pour s'organiser. Le recours a été déposé à Milan par Assorisparmiatori «afin de représenter les milliers d'investisseurs lésés dans l'affaire Parmalat. Encore une fois, nous devons constater que la réglementation prévue pour le placement des obligations par les entreprises est systématiquement contournée», a estimé l'association dans son recours.

La constitution de partie civile dans le procès à venir contre l'ancien patron et fondateur de Parmalat, Calisto Tanzi, actuellement incarcéré, ne suffira probablement pas pour obtenir une indemnisation des épargnants. «C'est pourquoi nous étendrons l'action aux sociétés de révision des comptes et aux administrateurs qui seront directement impliqués dans la procédure judiciaire», a déclaré l'avocat de la Confconsumatori, Me Giovanni Franchi.

«Il ne faut pas sous-estimer le fait que les banques détenant d'énormes créances auprès de Parmalat sont nombreuses. Les créances sont même gigantesques et portent à penser que, comme dans le cas de Cirio, plutôt que d'avertir, elles ont cherché à se défausser en transférant leur position sur les consommateurs ignorants», a-t-il ajouté.

Début décembre, le président de la banque Capitalia, Cesare Geronzi, avait été impliqué dans l'enquête sur les circonstances de la faillite du géant italien de la conserve alimentaire Cirio. Le parquet de Rome estime en substance que Capitalia a bénéficié d'un traitement de faveur dans la faillite de Cirio, récupérant une partie de sa mise alors que d'autres créanciers ont tout perdu, ce qui a pu avoir pour effet d'aggraver la banqueroute de la société agroalimentaire.

En Italie, il y a selon les associations de consommateurs quelque 70 000 porteurs d'obligations et 40 000 actionnaires du groupe Parmalat.

Plainte à New York

À New York, un cabinet d'avocats américains a déposé hier une plainte en nom collectif à l'encontre de dirigeants du groupe italien en déroute Parmalat, affirmant qu'il pourrait s'agir «de la plus grande fraude d'entreprise de tous les temps», selon un communiqué de cette firme. «Cela pourrait bien être la plus grande fraude d'entreprise de tous les temps. Pendant plus d'une décennie les initiés ont trompé à l'aide de méthodes complexes des investisseurs ne se doutant de rien», a déclaré William Lerach, l'un des partenaires du célèbre cabinet Milberg Weiss Bershad Hynes and Lerach.

Ce cabinet s'est fait une spécialité des plaintes en nom collectif contre des entreprises ou des dirigeants indélicats réclamant souvent des dédommagements très importants au nom d'actionnaires qu'ils jugent lésés.

La plainte vise Calisto Tanzi, l'ancien patron et fondateur du groupe Calisto Tanzi mais aussi Fausto Tonna, ex-directeur financier du géant agroalimentaire italien, ainsi que le groupe bancaire Citigroup, le cabinet d'audit Deloitte Touche Tohmatsu et le cabinet d'avocats Zini and Associates. L'avocat Gianpaolo Zini est considéré comme l'homme de confiance de M. Tanzi.

Les victimes de la fraude présumée des accusés ne veulent pas seulement le versement de dommages et intérêts pour leurs pertes massives, mais demandent aussi que les individus qui ont participé à cette fraude, Calisto Tanzi et Fausto Tonna, soient forcés de personnellement rembourser les fonds qu'on leur a illégalement versés.

Au total, au moins 10 milliards d'euros manqueraient à l'appel, selon les dernières estimations de la justice. La procédure de redressement engagée sous l'égide d'Enrico Bondi, supermanager, nommé commissaire spécial du groupe, n'exclut pas la vente d'activités pour combler le trou.

Vente aux États-Unis

Dans l'intervalle, le groupe agroalimentaire a mis en vente l'une de ses marques américaines, les biscuits Archway, rapportait hier la presse italienne. La direction pour l'Amérique du Nord de Parmalat a embauché un consultant afin d'étudier les perspectives de vente du groupe Bakery, qui fabrique les biscuits, indique le quotidien romain Il Messagero, citant des sources du groupe. Question de rassurer ses fournisseurs, Parmalat USA s'est toutefois empressée d'ajouter qu'elle évoluait sous la forme d'une entité indépendante.

Archway est une vieille marque américaine, vendue dans tous les supermarchés américains même jusqu'au fin fond des États-Unis. Il est possible que la décision de revendre la filiale date d'avant le scandale, la maison-mère ayant indiqué par le passé qu'elle voulait se concentrer aux États-Unis dans le rayon produits laitiers, écrit le quotidien italien.

Aux États-Unis, Parmalat détient d'autres marques de biscuits, Mother's, Salerno ou Mrs Alison's, en plus de sept marques de produits laitiers, glaces, lait, yogourts, fromages (Parmalat, Clinton, Farmland, Welsh Farms, Kinett, Peelers, Sunnydale).

Au Canada, Parmalat compte une vingtaine d'usines, dont cinq au Québec (Montréal, Saint-Hyacinthe, Marieville, Victoriaville et Laverlochère, qui emploient 900 personnes). Le groupe met en marché le lait Purfiltre et détient en outre les marques Lactantia, Astro, Beatrice et Black Diamond. Son chiffre d'affaires a atteint 2,5 milliards l'an dernier.