La Bank of America sur la sellette - L'enquête sur Parmalat s'étend aux banques

Milan — Les administrateurs de Parmalat demanderont cette semaine de nouveaux financements pour permettre au géant laitier italien de poursuivre son activité, alors que l'enquête sur la faillite frauduleuse du groupe s'étend à plusieurs grandes banques étrangères.

Une semaine après l'arrestation de Calisto Tanzi, le fondateur et PDG de Parmalat, les enquêteurs cherchent à dénouer le réseau complexe de sociétés écrans, filiales offshore et montages financiers utilisés par le groupe parmesan pour dissimuler ses pertes.

Enrico Bondi, le spécialiste du redressement d'entreprises appelé au chevet de Parmalat à la mi-décembre, entame aujourd'hui une série de réunions avec les banquiers du groupe.

Selon les médias italiens, il devrait demander entre 50 et 100 millions d'euros pour pouvoir payer le personnel et les fournisseurs, après avoir déjà obtenu en décembre 25 millions d'euros pour rembourser des obligations arrivées à échéance.

Les trois principales banques créancières de l'entreprise, Capitalia, Intesa et San Paolo IMI, ont déjà une exposition estimée à plus d'un milliard d'euros.

Deux semaines après la révélation du scandale, les projecteurs se tournent aussi vers les grandes banques internationales qui ont travaillé pour Parmalat.

Sur la sellette

Un inspecteur de la Securities and Exchange Commission, le gendarme de la Bourse américaine, a indiqué ce week-end que les autorités cherchaient à déterminer comment la Bank of America et d'autres établissements ont arrangé des émissions obligataires pour le groupe italien.

«Il nous faut établir si elles ont fait preuve de négligence, d'imprudence ou d'autre chose», a expliqué Lawrence West dans les colonnes du journal Corriere della Sera.

Selon le quotidien Il Sole 24 Ore, la banque espagnole Santander Central Hispano et l'allemande Deutsche Bank pourraient aussi devoir s'expliquer sur leurs liens avec le groupe. Deutsche Bank avait une participation de plus de 5 % dans Parmalat jusqu'à la mi-décembre.

Aucun commentaire n'a pu être obtenu auprès des deux banques.

Les juges de Parme entendront de nouveau aujourd'hui Fausto Tonna, ancien directeur financier de Parmalat soupçonné d'avoir camouflé d'énormes pertes. Tonna est l'un des six cadres du groupe, avec Tanzi, qui ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête, en plus de deux auditeurs de Grant Thornton SpA, la filiale italienne du cabinet d'audit américain qui avait certifié certains comptes.

Aucune inculpation n'a encore été prononcée.

Un neuvième mandat d'arrêt a été émis à l'encontre de Giovanni Bonici, 36 ans, président de la Parmalat Venezuela et par ailleurs administrateur délégué de la filiale offshore Bonlat, au coeur du scandale.

Bien que se trouvant toujours au Venezuela, Bonici a déclaré à Reuters, après avoir déjà répondu aux questions d'Il Sole 24 Ore, qu'il rentrerait en Italie en début de semaine et qu'il s'attendait à être rapidement mis hors de cause.

La fille de Tanzi, Francesca, qui dirige l'entreprise familiale de tourisme Parmatour, doit aussi être interrogée dans la semaine.

Éviter une chasse aux sorcières

Devant les enquêteurs, Calisto Tanzi a reconnu avoir pris quelque 500 millions d'euros dans les caisses de Parmalat, société cotée en Bourse, au profit d'entreprises familiales comme Parmatour qui est lourdement endettée.

Tanzi a offert de restituer ses actions du groupe et de lui laisser des biens personnels — dont des yachts —, mais la nouvelle direction de Parmalat a fermement rejeté cette proposition

samedi.

Le scandale a éclaté il y a deux semaines lorsque la nouvelle direction a révélé l'existence d'un «trou» de quatre milliards d'euros dans ses comptes, qui a contraint le groupe à se déclarer en cessation de paiement.

La chute de Parmalat, l'une des marques les plus connues en Italie, a entraîné une polémique entre le gouvernement, la Banque d'Italie et les autorités de régulation sur les responsabilités dans ce scandale.

Antonio D'Amato, président de l'organisation patronale Cofindustria, a exhorté les uns et les autres à garder la tête froide. «Celui qui a commis une faute doit payer, et payer cher», a-t-il déclaré dans une lettre citée par Il Sole hier. «Mais il nous faut éviter une chasse aux sorcières.»