Charter achète Time Warner Cable

Le siège social de Time Warner Cable, à New York
Photo: Andrew Burton Agence France-Presse Le siège social de Time Warner Cable, à New York

Le magnat français des médias Patrick Drahi ne fera pas de contre-offre pour ravir à son concurrent américain Charter Communications le câblo-opérateur Time Warner Cable (TWC), a indiqué mardi à l’AFP une source proche du dossier.

Le milliardaire, qui est à la tête d’un empire des médias et des télécommunications en France comprenant l’opérateur Numéricable-SFR ou encore les journaux L’Express et Libération, avait engagé des discussions avec le deuxième opérateur américain afin de participer à la consolidation en cours du secteur aux États-Unis, avait indiqué la semaine dernière une source à l’AFP. Mais M. Drahi n’a finalement pas fait d’offre et jette définitivement l’éponge, a dit à l’AFP une autre source mardi ayant requis l’anonymat.

Cette décision survient quelques heures après que Charter Communications eut annoncé qu’il allait fusionner avec TWC pour 78,7 milliards $US, dette comprise, afin de donner naissance à un titan du câble aux États-Unis. Hors dette, l’opération s’élève à 55,3 milliards. La transaction doit encore recevoir le feu vert des autorités américaines de la concurrence, dont les craintes avaient poussé il y a quelques semaines Time Warner Cable à renoncer à fusionner avec Comcast, le numéro un du secteur aux États-Unis.

Après cet échec, TWC était devenu l’objet de toutes les convoitises, au point que les choses se sont accélérées la semaine dernière lorsque Altice, le groupe de Patrick Drahi, a pris le contrôle de Suddenlink, le septième opérateur américain. Beaucoup y voyaient un premier pas pour une opération de grosse envergure à venir. L’homme d’affaires français devrait toutefois se renforcer aux États-Unis, selon une source, qui n’a toutefois pas voulu préciser si ce développement va passer par de nouvelles acquisitions dans les prochains mois.

En pleine effervescence

Cette opération survient seulement un mois après l’échec du rachat par Comcast de Time Warner Cable (TWC). Face aux réticences des autorités de la concurrence, le leader du secteur a préféré renoncer à prendre le contrôle de son dauphin malgré les 45 milliards mis sur la table. Du coup, Charter, le numéro quatre, s’est dit prêt à étudier de nouveau un rachat de TWC, après une première tentative infructueuse il y a quelques mois. Le groupe contrôlé par John Malone, le président de Liberty Media, a également une offre en cours pour racheter Bright House, le sixième acteur, pour 10 milliards $US.

Cette recomposition du secteur s’explique principalement par l’envolée des coûts des câblo-opérateurs pour financer les contenus proposés à leurs abonnés. «Les attentes des consommateurs dans un environnement où la vidéo est omniprésente obligent plus que jamais les distributeurs à offrir des contenus et des catalogues de premier choix», souligne Bart Spiegel, associé spécialisé sur les médias au sein du cabinet PriceWaterhouseCoopers.

Des exigences qui ont un coût exponentiel aussi bien pour les producteurs de séries comme HBO ou les chaînes sportives, comme ESPN. Les droits sportifs ont ainsi augmenté de 60 % sur les deux dernières années et de 91 % depuis 2008. Des hausses que tentent ensuite de répercuter les chaînes sur les câblo-opérateurs. «Dans ce contexte, ceux-ci ont intérêt à renforcer leur pouvoir de négociation face aux fournisseurs de contenus en rassemblant un maximum d’abonnés, souligne Benoit Fosseprez, directeur de la banque d’investissement du Crédit agricole à New York. D’autant qu’il faut s’attendre aussi à une consolidation de ces fournisseurs de contenus», anticipe-t-il. Des rapports de force, qui rappellent ceux de la grande distribution. Il n’est pas rare que des chaînes soient déréférencées du jour au lendemain, faute d’avoir trouvé un accord avec les câblo-opérateurs.

Même si les Américains regardent moins la télévision traditionnelle au profit d’offres alternatives comme Netflix, les câblo-opérateurs sont incontournables pour l’accès à Internet. Après des années de baisse,leur nombre d’abonnés est reparti à la hausse en 2014, pour atteindre 52 millions, selon la Leichtman Research Group. Mais, sur les 20 dernières années, leur part de marché globale est passée de 92 % à moins de 50 % sous l’effet de la concurrence du satellite et des opérateurs télécoms.