Les factures grimpent

Sans rien changer à leurs habitudes, les familles québécoises devront sortir entre 1200 $ et 1500 $ de plus de leurs poches cette année comparativement à 2003. Une facture occasionnée par toutes les hausses de frais que le gouvernement, les municipalités et Hydro-Québec ont décidé de refiler à la population. Même si le Parti libéral réussit à tenir sa promesse de baisser les impôts pour la classe moyenne avec enfants, le montant supplémentaire à débourser atteindra plus de 700 $ par famille. Sans compter les mauvaises surprises qui pourraient s'ajouter en cours d'année.

De l'électricité à la garderie, en passant par le tabac et les taxes foncières, jusqu'au changement d'indexation de la table d'impôt, le portefeuille des familles québécoises sera fortement sollicité en 2004. Le Devoir a sorti sa calculatrice en prenant comme exemple un ménage de deux adultes et deux enfants vivant à Montréal et profitant d'un revenu combiné de 65 000 $.

La garde des enfants

L'augmentation la plus salée est sans contredit la garde des enfants, et ce, partout au Québec. La hausse des frais de garderie de 5 à 7 $ par enfant par jour demandera d'importantes sommes aux parents. Pour une famille avec deux enfants qui bénéficie du service, la hausse est de 1040 $ par année. Si les petits sont déjà à l'école primaire, le montant suivra la même courbe ascendante puisque les garderies en milieu scolaire subiront le même sort à partir de septembre 2004. Deux mesures qui permettront au gouvernement d'empocher 165 millions par année.

La maison est chauffée principalement à l'électricité? Depuis deux jours, Hydro-Québec soutire 3 % de plus que l'an dernier à pareille date. Pour une résidence unifamiliale de taille moyenne, la facture mensuelle augmente de 4 $, soit 48 $ pour l'année. Un montant qui pourrait doubler en avril prochain si la société d'État se voit accorder une deuxième hausse équivalente, comme elle le demande avec insistance à la Régie de l'énergie. Une mesure qui permet à Hydro-Québec d'aller chercher près de 250 millions de dollars supplémentaires.

Le ministre des Finances, Yves Séguin, a modifié certains paramètres comptables cet automne, touchant au passage l'indexation des tables d'impôt. Les anciennes règles prévoyaient un taux d'inflation moyen de 3,1 %, alors que le gouvernement actuel ramène le taux à 2 %. Pour une famille avec un revenu de 65 000 $, c'est 73 $ qui s'envolent en 2004. Le gouvernement récupère ainsi 140 millions.

Avec ces trois mesures, la facture s'élève à 1161 $ de plus à débourser en 2004 pour une famille, sans compter les possibles ajustements à la hausse d'Hydro-Québec en avril. D'autres frais s'ajoutent selon l'endroit où habite le ménage. Une maison sur l'île de Montréal viendra également gruger le budget familial en raison de la hausse de la taxe foncière et du nouveau rôle d'évaluation. En moyenne, l'augmentation à Montréal est de 2,9 % en 2004. Pour une maison évaluée à 150 000 $, ce sont 70,95 $ de plus qu'il faudra sortir de sa poche.

D'autres villes seront aussi touchées par une hausse de la taxe foncière. À Québec, l'augmentation est de 1,75 %, tandis qu'à Laval, c'est 1,6 %. Longueuil échappe cette année à une facture municipale plus élevée à ce chapitre.

Le secteur des transports en commun, qui se plaint d'être sous-financé depuis que le gouvernement a substantiellement diminué son aide au cours des années 90, impose lui aussi des frais supplémentaires à ses usagers.

À Montréal, la carte mensuelle atteint 59 $ depuis deux jours, en hausse de 5 $. Pour l'année entière, une personne qui habite sur l'île et utilise les transports en commun verra sa facture annuelle grimper de 60 $. Le coût du laissez-passer régional pour les résidants de Laval ou de Longueuil prend lui aussi de l'ampleur avec une augmentation mensuelle de 9,50 $. Montant total supplémentaire à débourser chaque année: 114 $.

D'autres réseaux de transport subissent le même sort, notamment à Québec, où la carte mensuelle bondit de 2,25 $ pour se fixer à 62,15 $. La hausse annuelle est donc de 27 $.

Les fumeurs qui n'ont pas l'intention d'écraser devront aussi payer la note. Depuis le 5 décembre, la cartouche de 200 cigarettes se vend à 58,60 $, en hausse de 2,50 $. Au rythme de consommation d'un paquet par jour, le fumeur devra débourser 113,75 $ de plus en 2004.

Des baisses d'impôt insuffisantes

En prenant en considération ces différentes hausses de frais, une famille québécoise pourrait donc devoir sortir près de 1500 $ de plus de sa poche, sans avoir rien demandé. Et inutile d'espérer les baisses d'impôt gouvernementales pour couvrir ces hausses, puisque le programme libéral, même s'il est appliqué comme prévu, ne pourra pas combler le manque à gagner.

Selon le plan libéral dévoilé avant la campagne électorale et qui sert toujours de guide, les baisses d'impôt prévues pour les familles avec deux enfants se chiffrent à 3395 $ après cinq années de pouvoir. Pour 2004, la baisse attendue atteint 679 $ par famille, soit la moitié de toutes les hausses de frais.