Les inégalités appauvrissent l’économie

Les 40 % des moins nantis ne sont pas les seuls à faire les frais de l’accroissement des inégalités depuis 30 ans, rapporte l’OCDE. Il y a toute l’économie aussi.

« Nous avons atteint un point critique. Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons », a déclaré le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Angel Gurría, lors du dévoilement, jeudi, d’un rapport de plus de 300 pages sur le sujet. Le phénomène ne vient pas seulement miner l’idéal de justice et la cohésion sociale des pays, a-t-il fait valoir, il plombe aussi leurs perspectives économiques. « En ne s’attaquant pas au problème des inégalités, les gouvernements affaiblissent le tissu social dans leur pays et compromettent leur croissance économique à long terme. »

Dans l’OCDE, les 10 % des plus riches gagnent aujourd’hui presque 10 fois plus (9,6) que les 10 % des plus pauvres. Cette proportion était encore de 9 contre 1 dans les années 2000, de 8 contre 1 dans la décennie précédente et de 7 contre 1, il y a 30 ans.

On a beaucoup entendu parler, ces dernières années, de l’envolée du 1 % des plus riches, mais il aurait fallu aussi souligner la stagnation — sinon le recul dans certains pays — non pas seulement de la petite tranche des plus pauvres, mais de la masse des 40 % des moins nantis, notent les auteurs du rapport. Au chapitre des revenus, les 10 % de ménages les plus riches ont droit au quart du gâteau (25 %), soit plus que les 40 % des moins nantis (20 %), qui sont quatre fois plus nombreux. Mais l’écart est bien plus grand encore en matière de richesse accumulée. Les 10 % de ménages les plus fortunés accaparent en effet la moitié de l’ensemble des avoirs, l’autre moitié revenant presque exclusivement aux 50 % de la population qui suit dans la pyramide des avoirs et 3 % à peine aux 40 % des familles restantes.

Le Canada est l’un des 18 pays sur lesquels l’OCDE dispose de données historiques comparables et sur lesquels elle se base pour tirer ses conclusions. Dans le site Internet de l’OCDE, les usagers peuvent comparer leur situation personnelle et leur perception des choses à la réalité canadienne. L’Institut de la statistique du Québec s’est aussi penché récemment sur le sort des 40 % de ménages québécois les moins nantis dans une étude dévoilée au début du mois. On y constatait que la valeur de leur avoir net n’a augmenté que d’environ 40 % de 1999 à 2012, alors qu’il a doublé pour les autres 60 %.

Nocif pour l’économie

La hausse des inégalités a un impact négatif sur la croissance économique à long terme. L’OCDE estime ainsi que l’accroissement du fossé entre riches et pauvres de 1985 à 2005 a enlevé en moyenne 4,7 points de pourcentage de croissance entre 1990 et 2010. Cet impact se transmettrait notamment par l’éducation, les populations plus pauvres subissant généralement « une baisse significative du niveau d’éducation et de compétence, ce qui implique un gaspillage important de potentiel [humain] et une moindre mobilité sociale ».

Les auteurs du rapport constatent entre autres que le visage de la pauvreté a considérablement rajeuni depuis les années où elle affligeait principalement des retraités.

Pour freiner la montée des inégalités, les gouvernements devront s’occuper non seulement du nombre, mais de la qualité des emplois, fait-on valoir. Répondant aux nouvelles technologies, à la mondialisation, aux besoins changeants des compagnies, presque la moitié de tous les emplois créés dans l’OCDE entre le milieu des années 90 et le début de la Grande Récession étaient des emplois atypiques, c’est-à-dire des emplois temporaires, à temps partiel ou encore de travailleurs autonomes. Ces emplois ne sont pas mauvais en soi, mais ils viennent, la plupart du temps, avec de moins bons salaires, une moins grande sécurité d’emploi et moins de programmes de formation continue. Les pays qui s’en tirent mieux à ce chapitre sont généralement ceux qui ont mis en place des programmes venant en aide à des groupes précis, comme les jeunes et les décrocheurs scolaires, qui ont un salaire minimum suffisant ou qui ont une forte présence syndicale.

Une attention continue devrait aussi être accordée à la place des femmes sur le marché du travail, poursuit l’OCDE. N’eût été l’augmentation du taux de participation féminine depuis 25 ans, leur plus grand nombre à travailler à temps plein et leurs meilleures conditions salariales, les inégalités de revenu des ménages seraient bien plus élevées aujourd’hui. Il reste néanmoins encore du chemin à faire.
 
L’OCDE répète également que l’un des moyens les plus efficaces d’améliorer le sort d’une population et de son économie est de s’occuper de valoriser l’éducation et la formation. On souligne enfin que les taxes et transferts peuvent aussi faire beaucoup pour réduire les inégalités et que cela signifie, entre autres, que les ménages les plus riches et les multinationales doivent accepter de contribuer pour assurer un partage plus équitable de la richesse et une meilleure croissance économique à long terme pour tous.

En ne s’attaquant pas au problème des inégalités, les gouvernements affaiblissent le tissu social dans leur pays et compromettent leur croissance économique à long terme

1 commentaire
  • Jacques Boulanger - Inscrit 22 mai 2015 10 h 32

    Un sujet moins «glamour»

    Je rappellerai encore une fois l'accomplissement d'un «Grand solidaire», Henry Ford qui incitait ses employés à acheter les voitures qu'ils fabriquaient en leur payant un salaire décent. C'était ça le rêve américain, le Way of Life, l'éclosion de cette fameuse classe moyenne. Tout ça est remis en question par la voracité du 1%.

    Où sont nos solidaires, même si le sujet est moins «glamour» que PKP ?