«Nous ne sommes pas pires qu’ailleurs»

La juge France Charbonneau doit remettre son rapport d’enquête au gouvernement en novembre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La juge France Charbonneau doit remettre son rapport d’enquête au gouvernement en novembre.

Attendu en novembre, le rapport de la commission Charbonneau ne devrait pas entacher à nouveau la réputation des firmes de génie-conseil, croit le président et chef de la direction de WSP Global, Pierre Shoiry.

« On va voir et attendre, mais je pense que ce qu’il y avait à changer a changé », a-t-il dit, jeudi, en marge de l’assemblée annuelle de la société montréalaise — anciennement connue sous le nom de Genivar. Les audiences de la commission Charbonneau avaient entre autres révélé que Genivar — à l’instar d’autres firmes — avait participé à la collusion en plus d’avoir recours à de la fausse facturation dans le passé.

D’après M. Shoiry, le dépôt de ce rapport devrait rappeler aux entreprises de garder le cap en ce qui a trait à l’assainissement des pratiques ainsi qu’en matière d’éthique. « Aujourd’hui, nous sommes dans plusieurs pays. Ici, nous ne sommes pas pires qu’ailleurs. »

L’entreprise, qui a adopté le nom de WSP le 1er janvier 2014 après avoir pris le contrôle de cette société britannique, s’est depuis montrée disposée à aider le gouvernement du Québec à récupérer des sommes versées en trop. Toutefois, malgré le dépôt d’un projet de loi à cet effet, M. Shoiry a indiqué que WSP Global n’avait pas eu de discussions récentes avec les autorités gouvernementales et le montant à remettre n’a pas été déterminé. « Nous suivons cela comme tout le monde, a expliqué aux journalistes le dirigeant de la firme. On serait informé s’il y avait eu des discussions. »

Ce dossier s’est par ailleurs invité à l’assemblée annuelle lorsqu’un actionnaire a demandé à la direction de WSP Global si la firme pourrait éventuellement être visée par des poursuites pour des gestes posés antérieurement. Le chef de la direction des risques et de l’éthique, Louis-Martin Richter, a répondu en affirmant que les pratiques avaient depuis changé et que le moment était venu de trouver des pistes de réflexion.

« Nous avons passé la phase de crise et nous sommes dans une phase de réflexion sur comment les choses vont être réglées, a-t-il dit. C’est le temps de s’asseoir et d’en discuter. »

Plus de revenus et d’employés

WSP Global a par ailleurs profité de son assemblée annuelle pour dévoiler son plan stratégique pour les trois prochaines années, un peu moins ambitieux par rapport à celui présenté en 2013 et qui visait entre autres à doubler ses revenus. D’ici 2018, en misant principalement sur la croissance interne, la firme souhaite faire passer de 31 000 à 45 000 son nombre d’employés, voir son chiffre d’affaires net annuel progresser de 5 % pour atteindre 6 milliards et faire grimper de 11 % la marge sur son bénéfice d’exploitation.

Les acquisitions devraient contribuer à hauteur de 1,3 milliard à la progression des revenus nets. Une prise de contrôle similaire à celle de Parsons Brinckerhoff (1,24 milliard en septembre dernier) serait surprenante. « Ça sera des acquisitions de niche », a expliqué M. Shoiry, ajoutant que cela pourrait changer si une firme internationale spécialisée dans les secteurs de l’environnement ou de l’eau devenait disponible.

Selon le dirigeant de WSP Global, les marchés des pays nordiques ainsi que de l’Europe continentale devraient grandement contribuer à la croissance interne de l’entreprise. « Les gouvernements allouent beaucoup d’argent dans tout ce qui est rail, routes et tunnels. Nous sommes bons là-dedans. On va essayer de grossir. » Ce dernier a également fait savoir que la firme d’ingénierie allait élargir son offre de services-conseils dans les secteurs du bâtiment, des infrastructures ainsi que de l’environnement.

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 22 mai 2015 07 h 53

    Ailleurs

    "Pas pires qu'ailleurs".
    Ailleurs ne nous concerne pas, madame la juge. Ici, le citoyen ordinaire veut revoir l'argent que des tiers lui ont volé.
    Et comme le disait mon ancien prof de géographie, l'abbé Primeau: "c'est-y clair?"

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 mai 2015 12 h 03

      Quand même!
      Le problème avec tout ça, c'est l'auto-Québec-bashing que ça a amené.

      Et l'argent, il a disparu.

  • Gilles Delisle - Abonné 22 mai 2015 08 h 24

    On change de nom et on recommence!

    La nouvelle firme Génivar, aujourd'hui WSP Global, a bien résumé l'atmosphère qui règne chez les firmes et individus qui pourraient être reconnus coupables d'infractions ou de collusion, dans le rapport de la Commission, à savoir l'assurance que les "gros coupables" ne seront pas pénalisés, seuls de petits poissons risquent d'être attrapés. Il y en a même qui ont traversé les mailles de deux Commissions ( Gomery et Charbonneau) sans aucune égratignure. Les commissions d'enquête sont là pour rassurer le bon peuple que l'Etat veille au bon fonctionnement des institutions , de la bonne distribution des budgets aux entreprises sollicités et de la surveillance des acteurs en présence. Pour les entreprises, une commission d'enquête s'inscrit dans le "business as usual".

  • Colette Pagé - Inscrite 22 mai 2015 11 h 50

    Nous devrions être meilleurs qu'ailleurs !

    Minimiser la portée de la corruption en déclarant que le Québec n'est pas pire qu'ailleurs n'est pas une excuse. C'est comme l'expression tout le monde le fait faites-le donc ! Cette médiocrité ne doit en aucune façon être utilisée comme moyen de défense.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 mai 2015 12 h 04

      Tout le monde veut être meilleur, mais ce n'est pas possible.

    • Yves Côté - Abonné 22 mai 2015 15 h 27

      Monsieur Gélinas, je vous suis en tout dans votre raisonnement.