1700 postes s’envolent

Bombardier est aux prises avec le développement d’une nouvelle famille d’appareils, la CSeries, dont les coûts ont explosé depuis les prévisions initiales.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Bombardier est aux prises avec le développement d’une nouvelle famille d’appareils, la CSeries, dont les coûts ont explosé depuis les prévisions initiales.

Pendant que Bombardier invoque la mollesse du marché des avions d’affaires et que le gouvernement Couillard laisse entrevoir une forme d’appui financier, les employés québécois de la division aéronautique se demandent par centaines si, et quand, ils perdront leur emploi.

À compter du mois prochain jusqu’au trimestre de 2016, la société, également aux prises avec le développement coûteux de la famille CSeries, va supprimer 1000 postes à Montréal, 480 à Toronto et 280 à Belfast.

Au Québec, le licenciement de ces employés, qui travaillent à l’assemblage des appareils Global 5000 et 6000 — destinés notamment à des individus fortunés et aux entreprises —, touchera les installations de Saint-Laurent et de Dorval.

Une semaine après avoir laissé entendre que des mauvaises nouvelles étaient imminentes, l’entreprise a justifié son geste en invoquant « la situation économique actuelle et les enjeux géopolitiques de certains marchés, dont l’Amérique latine, la Chine et la Russie, qui affectent le nombre de nouvelles commandes dans l’ensemble de l’industrie ».

L’autre trame narrative est connue : Bombardier est aux prises avec le développement d’une nouvelle famille d’appareils commerciaux, la CSeries, dont les coûts ont explosé depuis les prévisions initiales et qui a été marqué par des retards importants. Le programme est actuellement évalué à 5,4 milliards, un bond de 60 % par rapport à l’évaluation de 2008.

Le taux de chômage chez les gens qui oeuvrent dans le secteur aérospatial québécois est inférieur à 1 %, a soutenu la présidente d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît. « Il ne faut pas dramatiser sur le sort du secteur. Beaucoup de gens vont retrouver du travail. Les pertes d’emploi sont malheureuses pour les familles, mais il y a des chances que le programme redémarre. Dans notre secteur, on livre à temps, il n’y a pas d’inventaire pour des clients éventuels. »

Afin de reprendre le contrôle sur ses finances, Bombardier a posé un certain nombre de gestes au cours des derniers mois. Outre la nomination d’un nouveau chef de la direction, Alain Bellemare, l’entreprise a suspendu le versement des dividendes et émis de nouvelles actions afin de renflouer ses coffres. Elle compte aussi inscrire en Bourse une partie de sa division Transport, qui fabrique des trains et du matériel de transport en commun.

Québec réagit

 

« C’est clair que 1000 emplois qui disparaissent, ça fait très mal », a dit le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, Jacques Daoust, lors d’un impromptu de presse à Québec. « L’aéronautique, on va continuer de la soutenir. S’il y a lieu de l’appuyer financièrement, on va le faire. Mais avec des financements, parce qu’on n’est pas en mode subventionnaire. Ce que je veux, c’est que la CSeries commence à livrer des avions », a ajouté le ministre.

La société SWISS sera la première à mettre le CS100 en service, au début de 2016.

La division des avions d’affaires regroupe environ 11 600 employés et a généré en 2014 des revenus de 7,2 milliards avec ses lignes d’appareils Learjet, Global et Challenger. Dans les avions commerciaux, les revenus ont atteint 2,7 milliards.

À la fin de 2014, Bombardier comptait 34 100 employés dans sa division aéronautique. Ses activités de matériel roulant, regroupées dans la division Bombardier Transport, comptaient environ 39 700 travailleurs, principalement en Europe.

 

« Dans le marché, il y a un besoin pour environ 12 000 avions monocouloirs au cours des dix prochaines années », a dit sur les ondes de Radio-Canada le coordonnateur à l’Association internationale des machinistes, David Chartrand. « J’entrevois l’avenir avec optimisme. Aujourd’hui, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais en général, au Québec, on est un des trois endroits au monde où on peut assembler un avion de A à Z. »

La centrale Unifor, qui représente 1700 employés, a indiqué que des réunions avec la direction auront lieu la semaine prochaine.

 

À la Bourse de Toronto, l’action de Bombardier a gagné 5 %, à 2,68 $.



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