L'ex-p.d.g. multiplie les aveux - Parmalat: l'interrogatoire de Tanzi se poursuit

Milan - Calisto Tanzi a admis qu'il manquait environ huit milliards d'euros (environ 12,8 milliards de dollars) dans les comptes de Parmalat, selon l'ordre d'incarcération du juge.

Le fondateur et ex-p.-d.g. du groupe alimentaire italien l'a reconnu lundi durant un interrogatoire par des magistrats dans la prison de San Vittore où il est détenu depuis son interpellation par la police samedi à Milan, précise le texte. Le même jour, il a avoué le détournement de 500 millions d'euros des comptes de son entreprise, dans le cadre de l'enquête sur la plus grosse fraude financière des annales financières européennes. Tanzi a aussi reconnu lundi qu'il avait systématiquement falsifié les comptes du groupe depuis le début des années 1990.

Son interrogatoire s'est poursuivi hier pendant neuf heures. Les magistrats estiment qu'il a détourné 800 millions depuis dix ans.

Le parquet évalue les dettes de Parmalat entre dix et 13 milliards d'euros, alors que le bilan du groupe agroalimentaire accusait une dette d'environ six milliards d'euros au 30 septembre.

Tanzi, 65 ans, a reconnu ces détournements de fonds chez Parmalat et d'autres sociétés, dont Parmatour, une entreprise de tourisme à capital familial, a déclaré l'un de ses avocats.

«Nous devrons maintenant analyser les transferts de liquidités [de ces sociétés] une par une pour savoir de quelle manière l'argent est entré, sorti et où il allait», a déclaré Fabio Belloni à des journalistes.

Ses avocats ont demandé qu'il soit assigné à résidence, mais le juge a refusé, estimant qu'il y a «un risque réel que des preuves soient détournées».

Mystérieux voyage en Équateur

Les enquêteurs, qui essaient de démêler l'écheveau de transactions et d'investissements qui ont engouffré Parmalat, s'intéressent à un voyage de Tanzi en Équateur peu avant son arrestation, selon la presse.

Selon le Corriere della Sera, Tanzi soutient qu'il n'a aucun compte bancaire à l'étranger et qu'il est allé en Équateur quand la crise a éclaté pour échapper à une pression devenue «insupportable».

Il a été contraint de démissionner de son poste de p.-d.g. il y a deux semaines et une nouvelle équipe dirigeante, menée par le redresseur d'entreprises Enrico Bondi, a obtenu le placement du groupe sous administration judiciaire, ce qui lui donne deux ans pour tenter de sortir de l'ornière.

D'ailleurs, Enrico Bondi estime avoir été dupé dans cette affaire, ce qui permet à la nouvelle direction de réclamer des dommages et intérêts à Tanzi.

Hier, le holding Parmalat Finanziaria, qui coiffe la société d'exploitation Parmalat SpA, et deux filiales, Eurolat et Lactis, se sont placées à leur tour sous administration judiciaire.

Jusqu'en décembre Parmalat était une valeur vedette de la Bourse de Milan. Son action, qui ne vaut quasiment plus rien, a été suspendue de cotation pour une durée indéterminée.

Au Canada, Parmalat compte une vingtaine d'usines, dont cinq au Québec (Montréal, Saint-Hyacinthe, Marieville, Victoriaville et Laverlochère, qui emploient 900 personnes). Le groupe met en marché le lait Purfiltre et détient en outre les marques Lactantia, Astro, Beatrice et Black Diamond. D'après plusieurs analystes, son rival montréalais Saputo pourrait être intéressé à racheter une partie ou la totalité de ces actifs.