Le fondateur de Parmalat passe aux aveux

Parme - Calisto Tanzi, fondateur et ex-p.-d.g. de Parmalat, a avoué hier soir qu'il avait détourné 500 millions d'euros (environ 815 millions de dollars) du groupe contrôlé par sa famille, a déclaré son avocat Fabio Belloni. En outre, selon une source judiciaire, Tanzi a aussi reconnu qu'il avait falsifié les comptes de l'entreprise.

Peu après ces aveux, le gendarme de la Bourse américaine, la Securities & Exchange Commission (SEC) a assigné Parmalat devant un tribunal fédéral de New York pour violation de la législation boursière américaine et duperie des investisseurs américains. La SEC entend en outre réclamer une amende «substantielle» contre le groupe italien.

L'acte d'inculpation qui lui avait été signifié plus tôt dans la journée fait état d'un détournement de 800 millions d'euros au cours de la décennie écoulée. L'acte ajoute que la dette de l'entreprise envers ses obligataires et les banques se situe entre dix et treize milliards d'euros. Le document, dont Reuters a obtenu copie hier, a été rédigé par deux juges d'instruction et a permis samedi l'interpellation à Milan de l'ancien patron de Parmalat.

Dans son bilan au 30 septembre, Parmalat chiffrait sa dette à environ six milliards d'euros. Par ailleurs, 2,91 milliards d'obligations que la société dit avoir rachetées ne figurent nulle part, selon ce texte.

Faillite frauduleuse

Calisto Tanzi, qui a 65 ans, est actuellement en détention préventive à la prison milanaise de San Vittore, célèbre pour avoir abrité bon nombre de personnalités politiques et financières pendant l'opération «Mains propres» des années 1990.

Il a dû démissionner de ses fonctions voici deux semaines, tandis que Parmalat, huitième groupe industriel d'Italie, sombrait dans l'un des scandales financiers les plus importants d'Europe.

La police a perquisitionné hier dans les locaux de La Coloniale, holding de la famille Tanzi détenant un peu plus de 50 % du capital de Parmalat.

Le parquet a requis du juge un deuxième mandat d'arrêt contre Calisto Tanzi pour faillite frauduleuse, délit passible de dix ans de prison, et association de malfaiteurs. Un premier a été délivré dimanche pour manipulation de marché et falsification de comptes.

Une vingtaine de personnes

Outre l'ancien patron du groupe, l'enquête vise une vingtaine de personnes, dont des cadres supérieurs actuels ou anciens du groupe et des auditeurs extérieurs à l'entreprise, d'après des sources judiciaires.

Le parquet a indiqué que l'enquête, menée depuis dix jours, avait révélé l'existence d'un réseau de sociétés-écrans à l'étranger, utilisées pour masquer les pertes de Parmalat.

Aucune inculpation n'a encore été prononcée. Le groupe a été déclaré en cessation de paiements et placé sous la tutelle du gouvernement italien, avec pour administrateur judiciaire Enrico Bondi, appelé pour remplacer Bondi.

Maintenant qu'il est officiellement inculpé, Tanzi peut être maintenu en détention pendant une durée maximale de six mois, pendant que les magistrats instruisent le dossier.

D'après l'acte d'inculpation rédigé samedi, Tanzi, six autres dirigeants actuels ou passés de Parmalat et deux auditeurs extérieurs sont accusés de s'être concertés «pour commettre plusieurs délits», notamment des falsifications de comptes et des fraudes.

Selon le document, Calisto Tanzi aurait «détourné à son profit et vers des sociétés ne faisant pas partie du groupe [Parmalat] la somme d'environ 800 millions d'euros».

Il aurait également ordonné la destruction de documents, tandis que la comptabilité de Parmalat était grossie par la présentation d'actifs fictifs représentant plusieurs milliards d'euros.

D'après le quotidien La Repubblica, Tanzi avait affirmé samedi à la police «tout ignorer» de ces éléments. Le lendemain, son avocat Michele Ributti avait reconnu la présence d'actifs «non existants» dans la comptabilité de Parmalat, dont le «trou» pourrait, d'après le parquet, dépasser dix milliards d'euros, mais démenti tout détournement de fonds.

L'acte nomme également deux anciens directeurs financiers de Parmalat, dont Fausto Tonna, interrogé pendant plus de neuf heures la semaine dernière à Milan, ainsi que deux cadres de la filiale italienne du cabinet d'audit américain Grant Thornton.

Demande d'audition

Celle-ci, Thornton SpA, a déclaré hier que son président Lorenzo Penca et l'un des associés de la firme, Maurizio Bianchi, voulaient être entendus par le parquet. La société, responsable de l'audit de Bonlat, une des principales filiales offshore de Parmalat, a ajouté que les deux hommes protestaient de leur innocence.

C'est la mise en cause par la Bank of America de l'authenticité d'un document créditant Bonlat d'un actif de 3,95 milliards d'euros qui a déclenché le scandale Parmalat.

Depuis son siège de New York, la société mère Grant Thornton International a fait savoir qu'elle avait ouvert une enquête interne sur sa filiale italienne, et plus généralement sur ses procédures de contrôle. L'enquête sera conduite par le grand directeur général en personne, David McDonnell.

La mise sous tutelle de Parmalat lui permet de poursuivre ses activités et de continuer de payer son personnel et ses fournisseurs. Elle doit notamment 120 millions d'euros aux éleveurs-laitiers.