La SEC veut scruter la rémunération des dirigeants

Le débat sur la rémunération des hauts dirigeants va s’intensifier : la Securities and Exchange Commission, à Washington, propose des règlements forçant les entreprises à expliquer le lien entre le salaire des dirigeants « effectivement versé » et la performance financière.

Malgré la dissidence de deux de ses cinq commissaires, le gendarme américain de l’industrie de la finance va maintenant procéder à une consultation publique de deux mois sur une question qui, de façon ponctuelle, soulève l’indignation tant chez les investisseurs que dans la population générale.

« Le fait d’avoir une description du lien qui existe entre la rémunération exécutive et la performance financière de l’entreprise peut aider les actionnaires à évaluer les pratiques et les politiques de rémunération de l’entreprise », a indiqué, lors de l’ouverture de la réunion, la présidente de la SEC, Mary Jo White.

La proposition de la SEC, susceptible de déplaire au monde des affaires, découle d’une obligation contenue dans la loi Dodd-Frank, approuvée par le président Barack Obama en 2010 dans la foulée de la crise financière. En gros, les entreprises pourraient avoir à concevoir des tableaux décrivant les salaires des dirigeants et ceux du même secteur. Elle devrait ensuite lier cette information à la rentabilité totale de l’action, qui comprend les gains en capital et les dividendes, pour elle-même et pour son secteur.

« La proposition mènerait à une divulgation qui serait comparable d’une société à une autre,a dit M. White. Aussi, elle continuerait de permettre une certaine flexibilité dans la façon de fixer les salaires en fonction de la performance, et dans la façon de compléter cette divulgation en fonction de leur spécificité. »

Augmentation marquée

Les salaires versés aux dirigeants des sociétés inscrites en Bourse ont gagné beaucoup de terrain depuis la fin des années 90, si bien que les assemblées annuelles sont devenues une tribune de choix pour ceux qui remettent en question cette rémunération.

En 2013, le salaire des 100 dirigeants les mieux payés parmi les entreprises inscrites à la Bourse de Toronto s’est élevé à 9,2 millions, selon un récent recensement du Centre canadien des politiques alternatives. La rémunération, un mélange d’argent, d’actions, de primes, de prestations de retraite et d’options, a augmenté de 98 % de 1998 à 2013.

Cette semaine, les actionnaires de la société aurifère Barrick ont désavoué à 75 % le plan de rémunération proposé par le conseil d’administration. Les actionnaires sont particulièrement frustrés de la hausse du salaire du président, passé de 9,5 à 12,9 millions alors que la compagnie est moins rentable qu’avant et que son action a chuté de 60 % en cinq ans.

La semaine dernière, seulement 43 % des actionnaires de la Banque CIBC ont approuvé l’enveloppe de 25 millions qui devait être versée à deux hauts dirigeants qui ont récemment quitté l’entreprise, une nouvelle qui a notamment réjoui le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MEDAC). De leur côté, l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada et le régime ontarien Teachers ont publiquement reproché au conseil de faire la sourde oreille aux doléances des actionnaires.

Un des deux dissidents lors du vote de la SEC mercredi a estimé que l’agence est en train de prendre sur ses épaules une tâche qui ne relève peut-être pas de son mandat.

Le fait d’avoir une description du lien qui existe entre la rémunération exécutive et la performance financière de l’entreprise peut aider les actionnaires à évaluer les pratiques et les politiques de rémunération de l’entreprise