Maîtres du temps au service du capital

Aujourd’hui, 70 % des opérations boursières aux États-Unis et 40 % en Europe sont commandées par des ordinateurs perfectionnés et ultrarapides.
Photo: Jewel Samad Agence France-Presse Aujourd’hui, 70 % des opérations boursières aux États-Unis et 40 % en Europe sont commandées par des ordinateurs perfectionnés et ultrarapides.

Si Gordon Gekko existait, il serait sans doute mathématicien de haute volée, capable de créer des algorithmes, autrement dit des formules complexes au profit d’ordinateurs surpuissants. Gekko ? Le courtier fou de fric et de pouvoir incarné par Michael Douglas dans Wall Street, long-métrage à succès d’Oliver Stone sorti en 1987.

Depuis, les courtiers et autres donneurs d’ordres en chair et en os, hurlant et donnant aux grandes Bourses mondiales des allures de rings ont été remplacés par des ordinateurs perfectionnés et ultrarapides. Aujourd’hui, 70 % des opérations boursières aux États-Unis et 40 % en Europe sont commandées par ces ordinateurs capables d’intervenir sur les marchés pour acheter et vendre à la vitesse de la lumière. Le temps d’un clin d’oeil, la machine peut effectuer sept mille opérations !

La crise des subprimes de 2008 est passée, mais le nouveau danger se cacherait derrière trois lettres : « THF », pour « trading haute fréquence ». Un univers dans lequel l’économie réelle disparaît au profit d’une spéculation aveugle et brutale. Il y a quelques mois, le journaliste américain Michael Lewis publiait Flash Boys, A Wall Street Revolt, ouvrage qui fit grand bruit. Il y dénonçait à l’issue d’une longue enquête une Bourse « truquée » par des logiciels ultrarapides, permettant à certains « maîtres du temps » de s’enrichir en faussant les règles du jeu.

À l’origine de ces révélations, Brad Katsuyama, courtier canadien devenu lanceur d’alerte. Arrivé en 2001 à Wall Street, il dirigeait une trentaine de courtiers à la Banque Royale du Canada. Très vite, il détecte des anomalies, comme l’impossibilité d’acheter des actions au prix indiqué. Avec l’accord de ses patrons, il va enquêter pendant deux ans, pour découvrir un système de courtage à haute fréquence qui échappe à tout contrôle humain et peut provoquer des minikrachs. Toujours à l’affût des bonnes histoires, Hollywood a acheté les droits de Flash Boys.

Comment expliquer ce monde mystérieux d’algorithmes, de fibre, de vitesse absolue ? Ivan Macaux, auteur de ce documentaire complexe et captivant, a choisi un style polar bien rythmé, avec l’aide d’Ali Baddou, transformé en détective de terrain.

De New York à Londres, de Chicago à Bruxelles en passant par Paris, ses rencontres avec d’anciens courtiers, des lanceurs d’alerte, des gendarmes de la Bourse, des patrons de sociétés THF, des mathématiciens permettent de comprendre les méthodes agressives du courtage à haute fréquence. Mani Mahjouri, l’un des dirigeants de Tradeworx, l’une des rares sociétés de THF à ouvrir ses portes aux États-Unis, déclare : « Je suis comme un pilote de chasse, capable de faire des frappes chirurgicales de manière efficace sur les marchés boursiers. Nous sommes dans un monde où la vitesse est essentielle. Avoir une technologie de pointe vous rend meilleur… »

Dans cet univers sans merci, les Bourses européennes et américaines se sont lancées dans une course folle pour investir dans des systèmes de connexion toujours plus rapides. Avec de telles pratiques, le prochain krach sera sanglant. Peut-on éviter la catastrophe ? Brad Katsuyama y veille. Depuis un an et demi, il a lancé une plate-forme qui a séduit des fonds d’investissement et des grandes banques. Ce marché à vitesse limitée, censé être plus juste, accueille déjà 1 % des échanges d’actions effectués aux États-Unis.

L’irrésistible escalade des prêts subprimes

 

L’autre bombe financière : l’explosion des prêts subprimes dans le secteur automobile. Si la dette étudiante a déjà dépassé la barre des 1000 milliards de dollars, le crédit auto, lui, s’en rapproche dangereusement. Selon la société spécialisée Equifax, le cap devrait être franchi d’ici la fin de l’année. De plus en plus d’observateurs s’inquiètent non seulement de cette progression, mais aussi de l’évolution de la solidité des emprunteurs.

Un signe ne trompe pas. Début mars, Wells Fargo, la plus rentable, mais aussi la plus prudente, des banques américaines, annonçait que le volume des crédits auto accordés aux consommateurs les moins solvables serait plafonné à 10 % de son portefeuille dans ce secteur d’activité. Cette décision intervient alors que le marché de ces prêts à risque, les fameux subprimes, ne s’est jamais aussi bien porté depuis la crise financière : fin 2014, ils concernaient trois prêts auto sur dix, selon Equifax.

L’une des explications de la vigueur du marché tient sans doute à la propension des banques et organismes de crédit à accorder à tour de bras des prêts, sans être très regardants sur la qualité d’emprunteur de leurs clients. Aujourd’hui, 85 % des Américains achètent leur voiture à crédit, alors qu’ils n’étaient que 79 % en 2008. Pour les clients dits subprimes, l’accès au rêve automobile a un prix : les taux peuvent atteindre parfois plus de 29 % !

Dans ce contexte, les premiers craquements commencent à se faire sentir. Ainsi, le taux d’incidents de paiement n’a jamais été aussi haut depuis 2008. Il y a quelques semaines, lors de la conférence annuelle de la Global Association of Risk Professionals (l’Association mondiale des professionnels du risque), à New York, un membre de l’un des principaux régulateurs américains faisait remarquer que les emprunteurs avaient rallongé leur durée de remboursement à 84 mois, soit 40 % de plus qu’en période normale, et que le montant des crédits dépassait de plus en plus souvent la valeur de la voiture achetée.

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 30 avril 2015 01 h 55

    La bourse des astuces pour prédateurs

    il était temps que des gens realisent que souvent derrière la bourse il y a que des astuces, mais rare sont les gens qui veulent en parler, la raison est simple, ce sont des stratégie a la limite de l'honneteté, voire des astuces de predateurs