Les combustibles fossiles polluent les portefeuilles

Les risques associés aux entreprises de combustibles fossiles sont « relativement élevés cette année » et les investisseurs devraient analyser leur portefeuille pour identifier le sort qui pourrait être réservé aux « actifs échoués ».

Un rapport de la Banque HSBC obtenu par Le Devoir et certains médias estime que ces risques augmentent et que le choix logique, pour les investisseurs, est de se désinvestir totalement de ce secteur ou de larguer ce qui est le plus à risque.

« Les actifs liés au charbon sont ceux sur lesquels plane le plus grand risque réglementaire », a écrit dans son document la HSBC, troisième banque mondiale. « Les réserves pétrolières dont le coût de développement est élevé sont aussi à risque : les sables bitumineux, le pétrole de schiste, l’Arctique et certains gisements en mer. »

Un certain nombre de grands investisseurs ont annoncé leur intention de quitter le secteur des combustibles fossiles au cours des dernières années. En février, le fonds souverain de la Norvège, qui gère 1000 milliards de dollars, a annoncé avoir vendu en 2014 les titres qu’il détenait dans 32 producteurs de charbon. Il a aussi largué des sociétés pétrolières présentes dans les sables bitumineux et des cimenteries.

Deux mois plus tard, le Guardian Media Group, qui gère un fonds diversifié de 1,5 milliard, a fait la même chose. Son président du conseil a dit que le but recherché n’était pas de faire les manchettes mais de prendre les meilleures décisions d’affaires.

Au Québec, le collectif Élan global a récemment lancé un appel à la Caisse de dépôt et placement, dont l’actif total s’élève à 226 milliards. Des pressions se font aussi pour que l’Université McGill décarbonise une partie de son fonds d’investissement, soit 5 % d’un milliard. En février, une centaine de professeurs ont signé une lettre demandant au conseil d’administration de prendre les mesures nécessaires.

Entre règles, marchés et innovation

Trois groupes de facteurs influencent l’évolution des actifs, mentionne la Banque HSBC : la réglementation (contre un type d’énergie en particulier), les marchés (comme l’effondrement du cours du pétrole) et l’innovation énergétique (qui rend les combustibles fossiles moins attrayants).

« Nous croyons que la première étape d’une stratégie de désinvestissement repose sur l’identification des actifs qui sont le plus à risque de s’échouer »,a écrit la HSBC dans son rapport en anglais intitulé Stranded Assets : What’s Next Quiconque décide de vendre ses actions dans le secteur peut assainir son portefeuille mais se prive de dividendes réguliers. D’un autre côté, ceux qui choisiraient de continuer à détenir les actions peuvent toujours tenter d’interagir avec les entreprises en question pour encourager le changement, comme le fonds californien CalPers et Harvard, mais cette option comporte un « risque réputationnel et économique ».

Le risque purement financier qui pèse sur les actifs fossiles est particulièrement élevé en période de turbulence des cours des matières premières. Le cours du pétrole s’est replié de 50 % depuis l’été 2014, cela ayant une pléthore de répercussions variées sur les pays du monde selon qu’ils sont producteurs ou importateurs.

De plus, les gisements n’ont pas tous le même coût de développement, une variable qui prend une importance colossale lorsque les prix chutent au terme d’un investissement massif dans l’exploration et la mise en production. Des centaines d’entreprises ont réagi à la baisse en réduisant leurs dépenses d’investissement.

« Dans le monde, la valeur boursière des entreprises pétrolières et gazières a diminué de plus de 580 milliards de dollars américains en neuf mois », a écrit la HSBC.