Les syndicats se sont battus et continueront de le faire

Martine Letarte Collaboration spéciale
Louise Chabot, la présidente de la CSQ
Photo: Jacques Nadeau Le devoir Louise Chabot, la présidente de la CSQ

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

Le mouvement syndical québécois a joué un rôle dans la mise en place du filet social québécois et il voit maintenant, dans les décisions du gouvernement de Philippe Couillard, des attaques directes contre ces acquis gagnés à la suite de longues luttes. Les grandes centrales syndicales ont l’intention de riposter. Entrevue avec Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).

Récemment, il y a eu l’arrivée du Régime québécois d’assurance parentale pour tous les types de travailleurs. Il y a quelques décennies, on a adopté la Loi sur les normes du travail pour instaurer un minimum à respecter en matière de conditions de travail. Entre les années 1960 et 1970, il y a eu les changements de la Révolution tranquille en matière d’accès à l’éducation et à un régime de santé universel et gratuit. « Les syndicats se sont battus pour ces grandes avancées, affirme Louise Chabot. L’assurance-maladie en est un bel exemple : on dit que Claude Castonguay en est le père, mais son gouvernement n’était pas si favorable au départ. Il a agi à la suite d’une pression sociale énorme, avec les syndicats au premier chef. Un mémoire historique a d’ailleurs été déposé sur le sujet. »

Universalité des services

Aujourd’hui, la CSQ s’inquiète particulièrement des changements apportés aux services éducatifs à la petite enfance. Le tarif est dorénavant modulé selon le revenu familial.

« On a perdu de vue le rôle des services éducatifs à la petite enfance, affirme Louise Chabot. C’est le premier échelon en matière d’éducation et on a voulu qu’il soit universel, que les parents payent une contribution symbolique. À la limite, on aurait pu décider que ces services seraient gratuits, comme l’école l’est. Le but était de donner une chance à chaque enfant, quel que soit son statut, de bénéficier de services éducatifs à la petite enfance. C’était un moyen, en matière d’éducation, d’agir en amont. »

Elle craint que des femmes n’aient d’autre choix maintenant que de se demander si elles ne seraient pas mieux de rester à la maison, plutôt que de travailler.

La CSQ s’inquiète aussi de voir le gouvernement mettre fin à l’universalité d’autres services. « Si on prend cette direction pour la petite enfance, pourquoi on ne ferait pas aussi payer les gens en fonction de leurs revenus pour les soins de santé et l’éducation ? Cela nous inquiète. Nous croyons plutôt qu’une juste fiscalité permet à chacun de financer les services en fonction de ses revenus. »

Tous vers le haut

Les syndicats ont déjà énormément de travail à faire pour défendre les intérêts de leurs membres. Pourquoi investir autant d’énergie afin d’obtenir des gains sociaux pour l’ensemble de la population ? « C’est clairement lié, affirme Louise Chabot. Par exemple, les conditions d’apprentissage dans les écoles sont liées aux conditions d’exercice des travailleurs. Pour que les enseignants donnent des services de qualité, ils doivent avoir les moyens de le faire. C’est la même chose pour les soins de santé. Si on fragilise le tissu social, qu’on offre moins de services aux plus démunis, à ceux qui ont le plus de besoins, on fragilise en même temps les conditions d’exercice. Le mouvement syndical se préoccupe de ces questions. On ne peut pas, comme société, avancer sur un seul front. »

Les grandes centrales syndicales ont aussi dans leur mission des objectifs liés à la construction d’une société plus juste et démocratique.

« Comme organisation syndicale, nous avons le rôle de soutenir les sans-voix de la société, d’élargir les alliances avec différents groupes sociaux, que ce soit en matière de lutte contre la pauvreté, des droits des femmes, du droit à un logement abordable, etc. Nous sommes pour une société en santé, bien éduquée : c’est un investissement pour l’État, et non une dépense. Or, en ce moment, on attaque les plus vulnérables. On ripostera, puisque c’est un recul majeur. »

Actions et négociations

La CSQ a l’intention de travailler à renforcer l’idée dans la population que les actions syndicales s’inscrivent dans un cadre d’avancées sociales plus larges.

« Les gouvernements conservateurs en matière d’idéologie tentent en ce moment de faire croire que nous défendons les acquis de nos membres privilégiés et qu’il faudrait niveler par le bas les conditions de travail de tous. Nous croyons au contraire qu’il faut rehausser le niveau de vie de l’ensemble des travailleurs », affirme la présidente de la CSQ, alors que les grandes centrales syndicales et le gouvernement sont en négociation pour donner des conditions d’exercice à un demi-million de travailleurs du secteur public au Québec.

Le mouvement syndical est convaincu qu’une importante mobilisation de la population est possible, puisque les politiques du gouvernement provincial touchent tout le monde.

« Différentes catégories de travailleurs, les gens dans les régions, les bénéficiaires de l’aide sociale : tous sont touchés, affirme Louise Chabot. Des actions s’organisent sur tous les fronts, dans toutes les régions. Il faut que le gouvernement arrête ses réformes et prenne le temps de lancer un vrai dialogue social pour savoir ce que la population veut pour demain. Pour nous, l’austérité n’est pas un projet de société. »

Gains obtenus à la suite de luttes syndicales au cours du dernier siècle



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