Répétition générale avant une grève à l’automne?

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Alors que, dans la fonction publique, de nombreuses conventions collectives sont arrivées à échéance le 31 mars dernier, nombre de syndicats ont préféré ne pas aller chercher des mandats de grève pour l’instant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alors que, dans la fonction publique, de nombreuses conventions collectives sont arrivées à échéance le 31 mars dernier, nombre de syndicats ont préféré ne pas aller chercher des mandats de grève pour l’instant.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À l’appel du Comité intersyndical du Montréal métropolitain (CIMM) et du collectif Refusons l’austérité, plusieurs organisations seront en grève sociale le 1er mai prochain, à l’occasion de la Fête internationale des travailleurs. D’autres, sans avoir reçu officiellement un mandat de grève, se joindront aux manifestations qui auront lieu un peu partout dans la province, ainsi qu’aux perturbations économiques dont les cibles seront tenues secrètes jusqu’au petit matin de ce premier jour de mai.

Certains espèrent voir, en ce 1er mai 2015, la plus grande journée de grève, de blocages et d’actions que le Canada ait connue depuis la grève générale de Winnipeg en 1919. D’autres parlent de « fermer la province ». Dans une vidéo postée sur Internet il y a deux mois, Marc Ranger, porte-parole de la Coalition syndicale pour la libre négociation, estime qu’il faut « brasser la cage ».

« Il faut qu’il y ait une période de 24 heures comme il n’y en a jamais eu auparavant. Il faut que ce soit historique », lance-t-il.

À la veille de ce fameux 1er mai, force est cependant de constater que peu de mandats de grève ont été votés par les membres des principaux syndicats. Les services de garde en milieu familial ont annoncé une grève d’une demi-journée pour dénoncer l’injustice dont ils s’estiment victimes de la part du ministère de la Famille. Les enseignants de plusieurs cégeps, dont ceux de Sherbrooke, de l’Abitibi-Témiscamingue, de Rimouski, d’Ahuntsic, de Saint-Félicien, de Saint-Jérôme, de Joliette, de Saint-Laurent, Marie-Victorin, du Vieux-Montréal, de Terrebonne, de l’Outaouais et de Chicoutimi, ont décidé de ne pas donner leurs cours et de plutôt descendre dans la rue pour faire entendre raison au gouvernement Couillard.

Mais, alors que, dans la fonction publique, de nombreuses conventions collectives sont arrivées à échéance le 31 mars dernier, nombre de syndicats ont préféré ne pas aller chercher des mandats de grève en bonne et due forme, ce printemps, pour prouver au gouvernement leur bonne foi et leur volonté d’arriver à un compromis, mais aussi pour ne pas se mettre dans l’illégalité, le processus prévoyant d’avoir franchi plusieurs étapes, dont celui de la médiation, avant d’en arriver à l’arme ultime que représente la grève.

« Nous sommes en tournée dans toutes les régions du Québec jusqu’à la fin d’avril, explique Lucie Martineau, présidente du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ). Croyez-moi, ça fait 25 ans que je suis là et je n’ai jamais vu un tel ras-le-bol. Surtout dans les régions. Nous subissons un gel des embauches depuis 11 ans. La qualité des services de proximité s’effrite. Des bureaux ont fermé, les heures d’ouverture sont réduites. Le personnel est sous pression. Il n’en peut plus. Ils sont nombreux à nous avoir demandé pourquoi nous n’étions pas arrivés directement avec des mandats de grève à voter. Parce qu’ils ne croient pas que nous parviendrons à nous entendre avec le gouvernement. »

Pas de mandat de grève, donc, mais la volonté tout de même que ce 1er mai passe à l’histoire. « Il va se passer des choses partout au Québec, assure-t-elle. Nous oeuvrons au sein de la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics et du collectif Refusons l’austérité. Il y aura des piquetages symboliques devant les édifices du gouvernement dans toutes les régions. Il y aura également des activités de perturbation économique, mais elles sont gardées tellement secrètes que je n’ai même pas été mise au parfum. Les gens seront invités à y participer. Ils devront se rendre à un endroit et ce sera dévoilé le matin même. »

Même discours de la part d’Alain Marois, vice-président à la vie politique de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE). Pas de mandat de grève non plus de ce côté-ci, mais des piquetages symboliques à l’heure du dîner devant tous les établissements scolaires à la grandeur du Québec. Et la participation à des actes de perturbation économique.

« À Montréal, il n’y aura pas de grande marche en tant que telle durant la journée, explique-t-il. Certains groupes ont voté la grève, mais ce n’est pas notre cas, ni celui de plusieurs autres centrales. Il y aura donc un cocktail d’actions de perturbation, certaines qui auront lieu tout au long de la journée, d’autres plus momentanées afin que tout le monde puisse y participer. Et, pour finir, un grand rassemblement en soirée avec artistes et animation. »

Pour justifier le mouvement, M. Marois évoque le milliard de dollars de coupes en 10 ans auquel les commissions scolaires doivent faire face. « C’est invivable dans les écoles, affirme-t-il. On est obligé de couper dans les programmes de services aux élèves. À certains endroits, ce sont les collations, ailleurs, les achats de livres, les services de soutien aux élèves en difficulté, l’aide aux devoirs. Quand le gouvernement dit que ça n’affectera pas les services, c’est de la foutaise ! Il n’y a plus rien d’autre à couper que les services. »

Pas un mouvement de grève sociale générale, donc, en ce 1er mai 2015, mais une multitude d’actions propres à démontrer au gouvernement que les syndicats ne le laisseront pas sabrer les acquis sociaux des Québécois sans rien faire. « Mais cette journée n’est bien sûr pas la fin du mouvement, prévient le vice-président de la FAE. D’autant que nous avons les parents avec nous. Et que je suis certain que, lorsque les premiers effets des mesures d’austérité vont se faire réellement sentir, à l’automne, nous aurons la population avec nous. »

Un soutien que Mme Martineau espère elle aussi, mais sur lequel elle ne base pas la suite de la mobilisation. « Tout en continuant à négocier, nous allons très vite aller chercher les mandats de grève, révèle-t-elle. Il y a des signes qui nous font croire que le gouvernement ne souhaite pas négocier de bonne foi. Il nous demande d’arriver avec des solutions, mais, lorsqu’on lui en présente, il n’en tient pas compte. Dans la population, il y aura toujours des gens pour être contre nos revendications. Mais nous croyons que notre mouvement est juste et nous irons jusqu’au bout. »

À les entendre, ce 1er mai pourrait donc bien ressembler à une sorte de grande répétition générale avant une véritable grève, à l’automne.