«Prenez donc l’argenterie aussi!»

Le gouvernement d’Alexis Tsipras a provoqué l’ire des municipalités, ce qui constitue pour lui un risque politique important.
Photo: John Thys Agence France-Presse Le gouvernement d’Alexis Tsipras a provoqué l’ire des municipalités, ce qui constitue pour lui un risque politique important.

Le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a assuré mardi voir des avancées dans les discussions avec la Grèce sur un programme de mesures budgétaires qui lui permettront de recevoir l’aide internationale nécessaire pour ne pas faire défaut sur sa dette.

« Ces dernières semaines, nous avons vu des avancées dans les discussions, et cela nous donne des raisons d’être optimistes », a déclaré M. Dijsselbloem, également ministre des Finances des Pays-Bas, à la télévision privée néerlandaise RTL Z.

Peu avant, la Bourse d’Athènes finissait en baisse de 3,3 % sur fond d’incertitudes concernant la capacité de la Grèce à faire face à ses obligations financières. L’indice Athex, qui avait ouvert dans le rouge à 728,4 points, a terminé à 704,7 points, alors que la décision du gouvernement de réquisitionner les réserves de fonds des organismes publics et des autorités locales suscite de nombreuses oppositions. Cette mesure a pour objectif d’assurer à l’État des liquidités « en cas de besoin », selon le décret publié lundi au journal officiel et qui doit être validé par le Parlement en procédure d’urgence.

Athènes est à court d’argent en raison de la stagnation des négociations avec ses créanciers, UE et FMI, et du retard pris dans le versement de la dernière tranche de 7,2 milliards d’euros de prêts accordés.

Vent de révolte

Or, un vent de révolte a soufflé mardi sur les élus locaux de toute la Grèce sommés de prêter les économies de leurs collectivités à un État de plus en plus démuni et qui prend le risque de s’aliéner de précieux soutiens électoraux. « C’est notre argent ! » Tous assurent avoir été pris par surprise. « Il n’y a eu aucun préavis », s’est insurgé le maire d’Athènes, Georges Kaminis, l’un des nombreux responsables locaux à être montés au créneau au fil de la journée.

En cause, le décret devant être validé par le parlement paru lundi soir au Journal Officiel qui impose aux entités publiques et aux collectivités locales de transférer les fonds qu’elles ont en réserve à la banque centrale grecque pour que l’État puisse emprunter des liquidités.

Le gouvernement a eu beau répéter que les fonds, placés sur un compte à la Banque de Grèce, restaient disponibles à tout moment pour leurs détenteurs, qu’ils seraient rémunérés à 2,5 % et que le principal serait garanti, rien n’y a fait. « C’est notre argent, vous n’aurez pas un sou », a lancé un élu au cours d’une réunion houleuse de l’Union des maires grecs (KEDE). Le secrétaire d’État au Budget, Dimitris Mardas, venu assister au début de la séance convoquée d’urgence, en a vu de toutes les couleurs.

« Si le pays court vers la faillite, dites-le nous, qu’on vous donne aussi l’argenterie ! », s’est exclamé Apostolos Kimisis, le maire d’Amphilochia, une commune de l’ouest de la Grèce. « Et demain, ce sera quoi ? Les fonds de la sécurité sociale ? Puis les comptes bancaires ? », a protesté un autre élu.

Les organismes de sécurité sociale ne sont pas concernés par cette obligation, a précisé le gouvernement. La presse économique évaluait le montant des fonds disponibles de ces derniers à quelque 2 milliards d’euros contre 1 milliard pour l’ensemble des entités publiques et collectivités concernées par le décret.

Le gouvernement a indiqué chercher à couvrir les besoins financiers à court terme de l’État, soit « 3 milliards d’euros » pour les 15 prochains jours : « 1,1 milliard d’euros de salaires, 850 millions pour les caisses d’assurance sociale, 200 millions d’euros d’intérêts sur des emprunts et, le 12 mai, 746 millions à rembourser au FMI ».

Cette mesure « provoque une panique financière […] qui risque de stopper la construction en cours d’ouvrages comme les routes, les hôpitaux et les écoles », a déploré Kostas Agorastos, président de l’Union grecque des régions, mais aussi ex-député du principal parti conservateur d’opposition, Nouvelle Démocratie. La rébellion est menée par des élus opposés à Syriza, la gauche radicale au pouvoir.

« Le problème pour les collectivités, c’est que l’État leur demande d’évaluer leurs besoins en liquidités pour des périodes de quinze jours, c’est une opération incroyablement complexe qui implique un coût administratif très lourd », observe Panagiotis Petrakis, professeur d’Économie à l’Université d’Athènes.

Politiquement, le risque n’est pas moins élevé : « le gouvernement va au conflit avec des autorités locales très estimées dans la population et dont les liens avec les citoyens se sont renforcés pendant la crise, en raison des nombreuses actions de solidarité mises en place », explique à l’AFP l’analyste Georges Sefertzis.

Un sondage réalisé avant ce décret, et rendu public mardi, faisait état d’une popularité en baisse de l’action du gouvernement, 45,5 % jugeant « bonne » sa stratégie de négociation avec les créanciers de la Grèce contre 72 % début février. La peur d’une sortie de l’euro gagne également du terrain.

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 22 avril 2015 08 h 02

    À prime abord

    À prime abord, en regardant le titre, je croyais qu'il s'agissait du gouvernement québécois qui saisissait les surplus de nos municipalités : ouf !

    • Gilles Théberge - Abonné 22 avril 2015 10 h 20

      Soyez patient, ça viendra

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 22 avril 2015 14 h 07

      Quels surplus, ceux des fonds de pension des municipalités ( dans le rouge pour x nombre d'années) ...Je crois que vous plaisantez j'espère!

    • François Dugal - Inscrit 22 avril 2015 21 h 21

      Les municipalités n'ont pas le droit de faire des déficits, par conséquent, elles "ne sont pas dans le rouge", monsieur de Ruelle.

  • Clermont Domingue - Abonné 22 avril 2015 16 h 01

    Déséquilibre...

    Pourquoi toujours vouloir que des pays sans ressource remplissent les mêmes obligations que les pays riches?
    La Grèce n'est pas l'Allemagne...Haiti n'est pas la France...
    Le manque de solidarité des peuples conduit l'humanité au désastre.
    Nous sommes à l'ère du numérique. Nos cerveaux de l'âge de pierre ne conviennent plus.