Inquiétudes au FMI

Christine Lagarde
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Christine Lagarde

La banque centrale américaine et les marchés semblent avoir du mal à se comprendre, s’inquiète le Fonds monétaire international, qui ne voit là que l’un des risques qui menacent de plus en plus le secteur financier.

Les perspectives de l’économie mondiale devraient s’améliorer cette année, l’accélération de la croissance dans les pays développés devant compenser son ralentissement dans les économies développées. Les risques qui pèsent sur le secteur financier devraient toutefois aussi aller en grandissant, a averti le FMI mercredi dans son Rapport sur la stabilité financière dans le monde. En plus de s’accentuer, ces risques devraient connaître un basculement, passant des pays avancés aux économies émergentes, des banques classiques aux banques parallèles (shadow banking) et des problèmes de la solvabilité des acteurs au manque de liquidité du marché.

L’une des questions qui retiendront le plus l’attention sera la façon avec laquelle la Réserve fédérale américaine poursuivra le resserrement de sa politique monétaire ultra-accommodante. La divergence de perspectives de croissance et de politique monétaire entre les pays se traduit déjà par une forte volatilité des taux de change et des taux d’intérêt. Les quelques gestes de resserrement que la Réserve fédérale a déjà posés et les nouveaux assouplissements monétaires d’autres banques centrales, notamment en Europe et au Japon, ont déjà amené une appréciation du dollar américain d’une ampleur et d’une vitesse jamais vues depuis plus de 30 ans.

En dépit des efforts de transparence et de communication de la Fed aux États-Unis, « le scénario de normalisation sans heurt de la politique monétaire n’est pas une certitude », a constaté José Viñals, directeur du département des marchés financiers au FMI. À voir la faiblesse des taux d’intérêt à long terme du marché, on se dit qu’il n’a manifestement pas les mêmes attentes en matière d’inflation que les autorités monétaires, a-t-il observé. Le danger est que l’on assiste à des corrections à la hausse« surprises » de ces taux à long terme lorsqu’on comprendra que la hausse du taux directeur de la Fed est imminente.

Les dangers des faibles taux d’intérêt

L’actuelle faiblesse des taux d’intérêt pose aussi de sérieuses difficultés aux investisseurs à la recherche de rendement à long terme. C’est le cas notamment dans la zone euro, où près du tiers des obligations souveraines offrent même des rendements négatifs. Cette situation met particulièrement à mal le secteur de l’assurance, qui compte un portefeuille de 44 000 milliards d’euros d’actifs et dont 24 % des membres risquent de ne pas pouvoir tenir leurs exigences de solvabilité si les faibles taux d’intérêt devaient persister.

La faiblesse des taux d’intérêt a l’avantage d’offrir un peu de répit aux entreprises et aux ménages endettés. Ce niveau d’endettement est cependant resté bien élevé, notamment dans plusieurs pays d’Europe, observe le FMI. Les pouvoirs publics feraient bien d’aider à le réduire avant que le loyer de l’argent ne remonte.

C’est toutefois dans les économies émergentes que l’on voit augmenter le plus les risques financiers. On s’inquiète entre autres pour les pays exportateurs de pétrole et d’autres ressources naturelles aux prises aujourd’hui avec une chute des cours mondiaux.

On s’en fait aussi pour la Chine. Si un arrêt brutal du surinvestissement industriel devait s’y produire en même temps qu’un repli du marché immobilier — qui compte à lui seul pour 20 % des prêts dans le pays —, les conséquences pourraient être très dures, y compris pour ses partenaires économiques.

L’appréciation du dollar et la perspective d’une remontée des taux d’intérêt aux États-Unis amènent aussi une forte sortie de capitaux étrangers des pays en développement et un assèchement de leurs sources de financement. S’il fallait que le climat géopolitique se dégrade, cette fuite de capitaux ne ferait que s’accélérer. Or, en dépit des dernières crises en Ukraine, au Moyen-Orient ou encore dans certaines régions d’Afrique, « les marchés semblent manifester une certaine insouciance face aux risques géopolitiques et politiques », déplore le FMI.

Une bonne nouvelle

Le rapport de l’institution internationale n’a pas que des mauvaises nouvelles. On y constate entre autres que la crise financière et le resserrement de la réglementation a amené une réorganisation du mode de fonctionnement des banques qui devrait profiter à la stabilité financière mondiale.

Les grandes banques internationales, notamment européennes, ont eu tendance à réduire leurs investissements directs depuis leurs sièges sociaux dans des pays étrangers et à passer plutôt désormais par leurs filiales locales. Ces banques locales sont généralement de meilleurs juges de la réalité économique nationale. Leurs décisions sont aussi moins déterminées par des facteurs économiques et financiers extérieurs. Tout cela devrait réduire l’effet de contagion internationale des crises financières.

2 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 17 avril 2015 02 h 55

    De grandes banques internationales...


    ...qui passent par leurs filiales locales.

    Sage!

  • Clermont Domingue - Abonné 17 avril 2015 12 h 27

    Arbitrage

    Le FMI ne fait pas le poids pour arbitrer le conflit entre la FED (Banque centrale américaine) et les marchés.
    Le FMI a une perspective et des préoccupations planétaires.La FED cherche à contrôler l'inflation et à stimuler la croissance américaine.Les marchés,eux,veulent faire du cash et vite. Ces intérêts me semblent irréconciliables...