Le naufrage financier de Parmalat - Parmalat, ou la vulnérabilité du capitalisme italien

Le ministre italien de l’Industrie, Antonio Marzano, lors d’une conférence de presse à propos de la crise Parmalat.
Photo: Agence Reuters Le ministre italien de l’Industrie, Antonio Marzano, lors d’une conférence de presse à propos de la crise Parmalat.

Rome — Le naufrage financier du géant de l'agroalimentaire italien Parmalat à la suite de manipulations comptables révèle une fragilité du capitalisme italien, incarné par des entreprises familiales mal protégées par le système de contrôle des comptes des sociétés.

Quelques mois avant la débâcle, le groupe fondé par la famille Tanzi et basé près de Parme annonçait qu'il disposait de 4,2 milliards d'euros de trésorerie. Mais, le 8 décembre, il s'est déclaré dans l'incapacité de rembourser un emprunt obligataire de 150 millions d'euros arrivé à échéance et a été lâché par ses banques, qui ont refusé de lui accorder un crédit d'urgence.

Le 15 décembre, le fondateur et patron de Parmalat, Calisto Tanzi, 65 ans, a décidé de passer la main à Enrico Bondi, 69 ans, un spécialiste du redressement des entreprises en difficulté (Montedison, Telecom Italia). Le nouveau patron devait découvrir un trou comptable de près de quatre milliards d'euros dans la nébuleuse de filiales créées par le groupe dans le monde entier, notamment dans les paradis fiscaux que sont Lugano, Luxembourg et les îles Caïmans.

On est loin de la petite entreprise de lait pasteurisé créée en 1961 par Calisto Tanzi. Spécialiste des produits laitiers et de la longue conservation, Parmalat emploie plus de 36 000 personnes dans 30 pays, dont près de 4000 en Italie.

La justice est saisie et les anciens dirigeants de Parmalat, objet d'une enquête, commencent à parler. Ils dévoilent un véritable scandale: des faux bilans, des transferts de fonds vers des sociétés créées par la famille Tanzi dans des paradis fiscaux. Le trou se creuse au fil de l'enquête et atteint près de sept milliards d'euros la veille de Noël, soit l'équivalent du chiffre d'affaire 2002 du groupe (7,6 milliards d'euros).

Fleuron du capitalisme italien, Parmalat est aujourd'hui insolvable. Les producteurs de lait travaillant pour le groupe n'ont pas été payés depuis cinq mois et l'action Parmalat a été exclue de l'indice vedette de la bourse de Milan, où il est côté depuis 1990. Elle ne vaut plus que 11 centimes.

Le scandale est comparé à l'affaire Enron, le courtier en énergie américain mis en redressement judiciaire après la découverte de malversations comptables ayant porté sur plusieurs milliards de dollars.

Propriétaire de Fininvest, une holding aux multiples ramifications, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi dénonce ce scandale qui «frappe les épargnants et mine la crédibilité de l'économie italienne». Le ministre de la Justice, Roberto Castelli, membre du mouvement populiste la Ligue du Nord, est plus direct. «Les responsables de cette déroute sont des délinquants», accuse-t-il.

Le gouvernement fait diligence et aménage la législation sur les faillites dans un décret-loi voté en urgence mardi. Parmalat est placé sous la tutelle du ministère de l'Industrie, et Enrico Bondi est chargé de présenter un plan de redressement.

Mais le malaise demeure, car Parmalat n'est pas la première entreprise italienne victime d'une gestion peu scrupuleuse. Avant elle, il y a eu Cirio, spécialiste des conserves, mis en liquidation cet été. Son ancien président et actionnaire de contrôle, Sergio Cragnotti, est soupçonné de «banqueroute frauduleuse», «escroqueries», «faux en communications sociales» et «corruption».

«Combien de sociétés de ce type sont encore en circulation?», s'interroge l'hebdomadaire Panorama, soulignant que les industriels italiens sont de plus en plus endettés.

Toute la chaîne de contrôle des comptes des entreprises est mise en cause: les cabinets de certification des comptes, les banques, la Consob (l'autorité de contrôle de la Bourse) et la banque centrale. Le gouvernement a annoncé son intention de «réorganiser le système pour l'aligner sur le régime européen», mais il a renvoyé ce chantier à l'an prochain.