Bombardier a besoin de carburant

Quelques heures après que Bombardier eut refusé de commenter les informations de Reuters au sujet d’une possible vente de sa division Transport, le gouvernement Couillard a pris le taureau par les cornes en disant avoir obtenu l’assurance qu’une telle opération n’aurait pas lieu.

« J’ai eu la confirmation ce matin que la division Transport de Bombardier n’est pas à vendre,a affirmé dans un communiqué le ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, Jacques Daoust. Il y a présentement un mouvement mondial de consolidation dans l’industrie du transport et il n’est pas exclu que Bombardier participe à cette réorganisation. »

Cette déclaration est survenue après une conversation que le ministre Daoust dit avoir eue en matinée avec le président du conseil d’administration?de?Bombardier, Pierre Beaudoin.

Il est bien connu que Bombardier tente de se refaire une santé financière en étudiant divers scénarios, mais l’agence Reuters a écrit vendredi matin que les options envisagées pour la division Transport, qui fabrique des trains et des métros, comprennent une fusion de la division, une inscription en Bourse et une vente.

Selon Reuters, citant plusieurs sources anonymes pour évoquer ces scénarios, une transaction impliquant la division Transport pourrait rapporter jusqu’à 5 milliards.

« Nous ne commenterons ni ne spéculerons sur aucune rumeur »,a dit lors d’un entretien en matinée la directrice des communications de Bombardier, Isabelle Rondeau.

Les actionnaires semblent avoir été agréablement surpris par la nouvelle. L’action de l’entreprise à la Bourse de Toronto a grimpé de plus de 5 % en matinée avant de s’établir en hausse de 1,54 %, à 2,64 $, à la fermeture des marchés.

Quel que soit le geste qui serait posé pour redresser le blason financier de Bombardier, les rumeurs surviennent à un mois d’une assemblée d’actionnaires pendant laquelle le bilan de l’année sera plus chargé que d’habitude.

Bombardier traverse une période difficile en raison du développement de la nouvelle famille d’avions CSeries, dont le coût est estimé à 5,4 milliards, contre l’évaluation initiale de 3,4 milliards en 2008. Entre autres, la compagnie a nommé Alain Bellemare à la présidence, en remplacement de Pierre Beaudoin, a suspendu le dividende, a mis son programme Learjet 85 entre parenthèses et émis 1,1 milliard en bons de souscription pour regarnir ses coffres.

Au 31 décembre 2014, la compagnie détenait des liquidités de 2,49 milliards et une marge de crédit de 1,36 milliard. Un an plus tôt, son encaisse s’élevait plutôt à 3,4 milliards et sa marge de crédit, à 1,44 milliard.

Le 28 mars, M. Bellemare a affirmé en marge d’une assemblée d’actionnaires que la direction « regarde toutes les options qui s’offrent à [elle] » et qu’« on ne veut pas spéculer ». « Nous voulons le faire de façon intelligente. C’est un processus à long terme », a-t-il dit.

Début du processus

 

L’entreprise montréalaise aurait retenu les services d’un conseiller financier afin d’explorer les options qui s’offrent à elle. L’analyse ne fait que commencer mais, parmi les avenues envisagées, a indiqué une des sources à Reuters, figure une fusion de la division Transport avec un autre groupe comme Siemens ou Alstom.

« Aucune déclaration n’a été faite à l’interne par les dirigeants, a dit le président du syndicat de La Pocatière, Mario Guignard. Alors, si ce n’est pas validé à l’interne, je me verrais mal commenter ça. »

Selon un analyste d’Alta Corp Capital consulté par l’agence Bloomberg, la division Transport, qui a agi comme « stabilisateur » dans la tourmente des dernières années, vaut environ 5,4 milliards, ou 3,50 $ l’action.

Les divisions Aéronautique et Transport sont de taille similaire. La première, qui compte 34 100 employés, a généré en 2014 un chiffre d’affaires de 10,5 milliards, mais une perte de 995 millions. La deuxième, forte d’un effectif de 39 700 personnes, dont 450 à l’usine de La Pocatière, a enregistré des revenus de 9,6 milliards et un bénéfice de 429 millions.

L’entrée de Bombardier dans le monde ferroviaire a eu lieu en 1971 avec l’acquisition d’un manufacturier de tramways en Autriche. Trois ans plus tard, la compagnie a décroché un contrat pour la livraison de plus de 400 voitures pour le métro de Montréal. L’ascension au sommet des constructeurs mondiaux surviendra une trentaine d’années plus tard, en 2001, avec l’achat de la filiale ferroviaire du groupe allemand DaimlerChrysler.

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