Rome vole au secours de Parmalat

Milan — Le gouvernement italien a décidé de placer Parmalat sous la tutelle du ministère de l'Industrie et va demander à Bruxelles l'autorisation d'accorder des aides aux producteurs de lait victimes de l'insolvabilité du groupe agrolimentaire.

Un décret approuvé hier soir en conseil des ministres permet au ministre de l'Industrie, Antonio Marzano, de nommer un «commissaire extraordinaire» aux «pouvoirs immédiats» chargé de prendre le groupe en main et d'élaborer un plan industriel. Ce «commissaire» sera Enrico Bondi, 69 ans, a précisé hier soir le ministre de l'Agriculture Gianni Alemmano. Spécialiste des missions de redressement difficiles, M. Bondi, est déjà aux commandes du groupe spécialisé dans la commercialisation du lait longue conservation dans le monde entier. Il avait rencontré lundi soir M. Marzano pour lui exposer la situation de Parmalat.

Sa nomination sera effective aujourd'hui et il sera placé sous la tutelle du ministère qui devra approuver son plan de redressement et les éventuelles cessions.

Éviter la faillite

Le conseil d'administration de Parmalat s'est réuni hier soir et a salué «le grand effort du gouvernement» et les mesures adoptées. Les banques italiennes créditrices du groupe ont également approuvé la décision du gouvernement. L'objectif est d'éviter la faillite du groupe et ses conséquences. Parmalat, basé à Collecchio, près de Parme, emploie en effet 36 000 personnes dans 30 pays, dont près de 4000 en Italie. Le groupe a déclaré un chiffre d'affaires de 7,5 milliards d'euros l'année dernière et est aujourd'hui insolvable après la découverte de malversations comptables et d'un trou financier pouvant atteindre les sept milliards d'euros.

L'autre mesure décidée par le gouvernement est une demande aux autorités européennes d'autoriser des aides financières pour les producteurs de lait emportés dans la tourmente du groupe. Selon la Confagricultura, les exploitants travaillant avec Parmalat «n'ont pas été réglés depuis 140 jours et sont confrontés à des problèmes de liquidité les contraignant à souscrire des crédits».

La Commission européenne doit donner son accord à ces mesures contraires à la concurrence. «Nous invitons le gouvernement [italien] à engager le dialogue avec nous», a déclaré Tilman Lueder, porte-parole du commissaire européen à la Concurrence Mario Monti.

Manipulations comptables frauduleuses

La crise dans laquelle est plongé le groupe à pour origine des manipulations comptables frauduleuses. Deux enquêtes ont été ouvertes par les parquets de Milan et de Parme sur plusieurs chefs d'accusation comme le faux en bilan et l'escroquerie.

L'ancien directeur financier du groupe Fausto Tonna, considéré par de nombreux observateurs comme l'artisan de la structure financière de Parmalat est interrogé à Milan. Il aurait permis d'identifier un nouveau trou dans les comptes du groupe pour un montant de 2,9 milliards d'euros, qui s'ajoute aux 3,95 milliards d'euros disparus des comptes d'une filiale de Parmalat, la Bonlat Financing, basée aux îles Caïmans, un paradis fiscal. M. Tonna aurait cependant assuré que l'initiative de falsifier des documents comptables ne venait pas de lui, selon des informations obtenues par l'agence de presse économique italienne Radiocor.

Calisto Tanzi, fondateur et ancien patron de Parmalat, deux directeurs financiers du groupe, Alberto Ferraris et Luciano Del Soldato, et plusieurs autres personnes ont été mis sous enquête lundi par le parquet de Milan. Un dirigeant de la filiale de Parmalat au Venezuela dont l'identité n'a pas été révélée a pour sa part été mis sous enquête hier par le parquet de Parme.

La débâcle du groupe a été révélée après l'annonce par la Bank of America qu'un document censé prouver que Bonlat détenait 3,95 milliards d'euros était un faux. Le parquet de Parme cherchait hier à vérifier l'existence d'une lettre envoyée par la Bonlat à l'établissement américain lui demandant le montant de l'argent disponible sur ses comptes.

Selon les enquêteurs, les bilans de Parmalat pourraient avoir fait l'objet de multiples manipulations comptables et de nombreuses interrogations sont formulées sur la santé des autres filiales industrielles du groupe.