Des entreprises pressent l’Ontario de tarifer le carbone

Vingt et une entreprises et associations présentes en Ontario, dont les producteurs de ciment, des papetières et une grosse minière, estiment que les changements climatiques constituent un défi colossal et appuient l’idée de tarifer le carbone comme songe à le faire le gouvernement ontarien.

Dans une lettre ouverte portant la signature du Council for Clean Capitalism, les entreprises offrent leur appui au gouvernement de Kathleen Wynne, qui mène une consultation publique au sujet de sa stratégie, et se disent disposées à offrir « quelque soutien que ce soit ».

« Comme chefs de file représentant plusieurs secteurs de l’économie, nous reconnaissons que les changements climatiques posent un des plus grands problèmes mondiaux et menacent de renverser la vapeur sur des décennies de développement et de prospérité », a écrit le groupe.

« Nous appuyons l’intention de votre gouvernement de prendre des mesures […] en établissant un prix sur le carbone qui soit transparent et appliqué à l’ensemble de l’économie », ajoutent les signataires, qui se gardent toutefois de prendre position sur le système préconisé.

La pression se fait de plus en plus forte pour que l’Ontario se joigne au marché du carbone qui unit le Québec et la Californie. Les deux États organisent depuis peu des ventes aux enchères conjointes de droits d’émission. Le gouvernement québécois a estimé que ces enchères, qui couvrent 85 % des émissions de GES, représenteraient d’ici 2020 des revenus de 3,3 milliards, versés au Fonds vert.

Les deux options les plus fréquemment évoquées en Ontario sont celles-ci : une taxe carbone, à la manière de la Colombie-Britannique, ou un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission (SPEDE), comme celui du Québec et de la Californie.

Signataires diversifiés

Parmi ces 21 signataires figurent la minière Teck Resources, des établissements financiers comme le Mouvement Desjardins et le groupe montréalais Addenda Capital, la division éclairage de Philips Canada, l’Association canadienne du ciment, les associations du solaire et de l’éolien, Mountain Equipment Co-op, la papetière Tembec et Catalyst Paper.

La liste a ceci de particulier que Teck Resources est le deuxième exportateur mondial de charbon métallurgique, un ingrédient clé dans la fabrication de l’acier. Il est également un des dix plus gros producteurs de cuivre des Amériques et le troisième producteur de zinc au monde.

Il est connu, par ailleurs, que la fabrication de ciment génère des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, la future cimenterie McInnis de Port-Daniel produira, une fois en exploitation, 1,76 million de tonnes de GES par année, soit 2 % du total québécois. L’entreprise affirme cependant qu’elle sera 20 % plus écologique que la moyenne des usines de ses concurrents.

En gros, un système de plafonnement et d’échange autorise les entreprises à émettre une certaine quantité de carbone dans l’atmosphère. Au-delà du seuil, elles doivent payer pour se procurer des droits supplémentaires. Celles qui réduisent leurs émissions peuvent vendre leurs droits, d’où l’incitatif financier de diminuer leur empreinte carbone.

La tarification du carbone récolte un appui sans cesse grandissant. En septembre 2014, la Banque mondiale a publié une liste de 73 pays et de centaines d’entreprises qui appuient cette façon de réduire les GES.

Un tel système de droits échangeables a été utilisé dans les années 90 afin de réduire les émissions de dioxyde de soufre et de dioxyde d’azote, causes principales des pluies acides.

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