L’industrie aérospatiale s’arme de patience

Le secteur québécois compte environ 44 000 travailleurs et génère un chiffre d’affaires de 12 milliards.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Le secteur québécois compte environ 44 000 travailleurs et génère un chiffre d’affaires de 12 milliards.

L’industrie aérospatiale a bon espoir que le gouvernement Couillard reviendra un jour sur sa décision, prise l’an dernier, de réduire de 17,5 % à 14 % le crédit d’impôt pour la recherche et le développement puisqu’il en va de l’attractivité du Québec comme centre névralgique pour les Bombardier, Pratt & Whitney et dizaines d’autres sociétés.

« On aurait beaucoup aimé que ça se fasse dans le budget, mais on est confiants, car le gouvernement a indiqué qu’il reverrait sa politique industrielle du secteur aérospatial cette année », a dit lors d’un entretien la présidente d’Aéro Montréal, Suzanne Benoît. « Il faut quand même être réaliste. Québec essaie de rétablir l’équilibre budgétaire. »

Le budget du ministre des Finances avait ceci de particulier qu’il a reconnu, par ailleurs, l’erreur d’avoir réduit l’an dernier un autre crédit d’impôt bien connu : celui de l’industrie multimédia. Ce crédit relatif aux salaires a donc été rétabli à son ancien taux de 37,5 %.

« Peut-être que, l’an prochain, quand on aura fait toutes les consultations, les arguments pourront convaincre le gouvernement que ces crédits d’impôt sont cruciaux pour l’attraction d’investissements, la rétention d’investissements et le développement des entreprises qui sont déjà implantées ici », a dit Mme Benoît.

Selon Aéro Montréal, le secteur québécois compte environ 44 000 travailleurs et génère un chiffre d’affaires de 12 milliards, dont 80 % sont attribuables aux exportations. Dans son mémoire remis en octobre 2014 à la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise, présidée par Luc Godbout, le groupe a estimé à 1 milliard la somme investie annuellement en recherche et développement.

Alors que le crédit d’impôt remboursable se situait à 17,5 % pour les grandes entreprises, il était de 37,5 % pour les PME. Si Québec ne revenait pas sur sa décision de l’abaisser à 14 %, « il y aurait moins de recherche et développement qui se ferait ici », dit Mme Benoît.

« Les grandes sociétés qui bénéficient de ça pourraient décider de faire des projets ailleurs dans le monde. Les filiales de multinationales, elles peuvent faire des projets de recherche et développement où elles veulent, où c’est plus avantageux », a dit la présidente d’Aéro Montréal.

À Belfast, dit-elle, Bombardier a construit une usine et a assuré le savoir-faire en matière de fabrication d’ailes en matériaux composites grâce à un appui gouvernemental. « Ça là, ce n’est plus délogeable. C’est fait. Ça va être comme ça pour 30 ans. »

Lors d’un discours prononcé à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a dit lundi que l’industrie aérospatiale est « un de nos grands secteurs de croissance ».

L’avion écologique

Outre l’annonce du développement d’une nouvelle politique industrielle, le budget Leitão a dévoilé une enveloppe de 40 millions sur quatre ans pour la phase 2 du projet d’avion écologique. Ce projet réunit l’ensemble des acteurs du milieu.

« Il était prioritaire. C’est très important pour l’innovation et maintenir notre avance. On a commencé le travail en janvier 2014 avec quatre séminaires de mobilisation. On a regroupé 300 représentants du monde des PME qui sont venus entendre les grands les donneurs d’ordre parler de la phase 2 et des technologies ciblées », dit Mme Benoît.

L’industrie va elle aussi injecter 40 millions dans le projet, dont le groupe de partenaires comprend Bombardier et Pratt & Whitney, mais aussi Bell Helicopter et Héroux-Devtek.

Né dans le cadre de la Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation, le projet d’avion écologique porte à la fois sur une nouvelle génération de compresseurs, qui consommeront moins d’énergie, sur le poste de pilotage, le fuselage en matériaux composites et le train d’atterrissage.

Les grandes sociétés qui bénéficient de ça pourraient décider de faire des projets ailleurs dans le monde. Les filiales de multinationales, elles peuvent faire des projets de recherche et développement où elles veulent, où c’est plus avantageux.

1 commentaire
  • Alain Lavallée - Inscrit 31 mars 2015 08 h 56

    Inquiétant ce refus: but du gouv. Couillard ...canadianisation de l'aéro nautique?

    Comme le dit la présidente d'Aéro Montréal : """Si Québec ne revenait pas sur sa décision de l’abaisser à 14 %, « il y aurait moins de recherche et développement qui se ferait ici »"""

    Il n'y a pas de raison véritable qui justifie ce refus de crédit d'impôt pour la R & D aérospatiale. C'est le secteur no 1 du Québec en matière d'exportation. L'austérité ne justifie pas ce refus.

    On peut fort bien lire dans ce refus une des manifestations du fédéralisme radical pratiqué par le gouvernement Couillard.

    Relisez le rapport Emerson sur l'industrie aérospatiale produit par le gouv. d'Ottawa et vous verrez que le gouvernment fédéral a annoncé qu'il fallait soutenir davantage l'industrie aérospatiale canadienne. Donc attendez vous à ce que les subventions arrivent d'Ottawa ... et qu'elles inviteront nos grandes firmes d'aéronautique à faire de la R & D non pas dans la grande région montréalaise mais bien dans la grande région torontoise.... vers Mississauga entre autres.

    Notre premier ministre Couillard souhaite faire partager la richesse aéronautique de la grande région montréalaise par la grande famille canadienne à commencer par Toronto, puis... etc.