Le scandale Parmalat prend de l'ampleur; la justice enquête

Le scandale Parmalat a pris une nouvelle ampleur hier en Italie avec l’annonce de l’ouverture d’une enquête pénale à l’encontre du fondateur et de deux anciens directeurs financiers du groupe agroalimentaire au bord de la faillite. Le nouveau
Photo: Agence Reuters Le scandale Parmalat a pris une nouvelle ampleur hier en Italie avec l’annonce de l’ouverture d’une enquête pénale à l’encontre du fondateur et de deux anciens directeurs financiers du groupe agroalimentaire au bord de la faillite. Le nouveau

Le scandale Parmalat a pris une nouvelle ampleur hier en Italie avec l'annonce de l'ouverture d'une enquête pénale à l'encontre du fondateur et de deux anciens directeurs financiers du groupe agroalimentaire au bord de la faillite. La tutelle serait également inscrite à l'ordre du jour.

Le nouveau président-directeur général de Parmalat Enrico Bondi, qui a rencontré le ministre italien de l'Industrie hier après-midi à Rome, envisagerait de demander la mise sous administration judiciaire du groupe, tandis que dans les milieux politiques, on s'interroge sur un sauvetage du huitième groupe industriel de la péninsule.

L'affaire Parmalat prend les proportions d'un scandale Enron à l'européenne, alors que le trou dans les caisses du groupe agroalimentaire pourrait atteindre les dix milliards d'euros et que le parquet enquête sur de possibles manipulations comptables. Plus précisément, selon des estimations de la presse italienne et internationale, le trou pourrait s'élever à sept, voire dix milliards d'euros. Une somme vertigineuse car le chiffre d'affaires déclaré du groupe était l'an dernier de 7,5 milliards d'euros.

L'énormité des manipulations comptables et la mise en défaut des systèmes de contrôle dénoncée samedi par le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi ont provoqué la stupeur en Italie.

Calisto Tanzi, le fondateur de Parmalat, était un des barons de l'économie du pays, membre jusqu'à la semaine dernière du comité directeur de la Confindustria, le syndicat du patronat italien.

Les responsables de cette déroute sont des «délinquants, car qui est riche à milliards porte une très grave responsabilité en trompant des épargnants pour gagner de nouveaux milliards», a accusé hier soir le ministre de la Justice Roberto Castelli.

Le gouvernement doit une nouvelle fois discuter de l'affaire Parmalat aujourd'hui, alors que le président du Conseil Silvio Berlusconi a promis samedi une intervention de son gouvernement. Le conseil d'administration de Parmalat doit également se réunir aujourd'hui.

Parfum de scandale

L'enquête pour comptabilité erronée, fraude et trucage de marchés dont fait l'objet le fondateur du groupe Calisto Tanzi intervient une semaine après sa démission de ses fonctions de p.-d.g. et trois jours après le choc provoqué par la révélation d'un trou de près de quatre milliards d'euros dans les comptes de Parmalat. Le ministère public a également cité les noms de deux anciens directeurs financiers, dit-on de sources judiciaires. Le premier a occupé sa fonction entre mars et novembre 2003 avant d'être remplacé par le second, qui n'a tenu qu'un peu plus de trois semaines avant de démissionner le 9 décembre.

La débâcle financière du groupe a pris un parfum de scandale vendredi quand le groupe a révélé qu'un document censé prouver que la filiale Bonlat Financing, basée aux îles Caïmans, obtenait 3,95 milliards d'euros était en fait un faux, la Bank of America qui était censée l'avoir émis ayant refusé d'en reconnaître l'authenticité. Samedi, la police a saisi des documents chez le cabinet comptable de Bonlat, Grant Thornton et chez le principal commissaire au compte principal de Parmalat, Deloitte & touche.

Un procureur milanais enquêtant sur Parmalat a estimé hier que les «exemples de malversation comptable» chez Parmalat étaient «évidents». Angelo Curto a ajouté: «Bonlat n'est qu'une des diverses manipulations de bilan. [Ses comptes] ne sont dans l'ensemble pas très fiables».

Depuis l'ouverture de sa première unité de pasteurisation du lait en 1961, Calisto Tanzi avait progressivement construit un petit empire agroalimentaire devenu numéro un mondial du lait longue conservation. Parmalat, qui emploie 35 000 personnes dans 30 pays, a déclaré un chiffre d'affaires de 7,5 milliards d'euros l'an dernier.

Les quatre milliards d'euros manquants mettent Parmalat loin devant le précédent scandale financier qui a secoué la zone euro, celui concernant le distributeur néerlandais Ahold. Depuis quelques jours, les comparaisons rapprochent Parmalat et l'ex-courtier en énergie américain, Enron, dont la faillite en décembre 2002 avait en quelque sorte constitué le «coup d'envoi» de toute une série de scandales financiers outre-Atlantique.

Calisto Bondi et son équipe n'étaient pas joignables hier. Ils sont restés enfermés toute la journée avec les banquiers et les conseillers juridiques du groupe. «Bondi veut avoir toute la souplesse nécessaire [...]», dit-on de source proche du dossier. «Lui et son équipe vont sans doute continuer à travailler toute la journée de lundi [hier].»

Le ministre de l'Agriculture Gianni Alemanno a indiqué qu'il ferait des propositions lors d'une réunion interministérielle.

Porter plainte ou non

Parmalat doit 120 millions d'euros aux producteurs de lait italiens et n'a pas payé ses livraisons depuis le mois d'août, selon les chiffres publiés hier par le syndicat d'exploitants agricoles Confagricoltura.

Pour leur part, les porteurs d'obligations Parmalat attendent aujourd'hui avant de décider de porter ou non plainte. «Bien que nous ne pouvions nous exprimer au nom d'absolument tous les porteurs d'obligations, l'idée générale est d'attendre la réunion du conseil d'administration, demain [aujourd'hui], avant de décider si nous engageons une action rapide», a déclaré Evan Flaschen, représentant de Bingham McCutchen. Ce cabinet juridique américain représente plus de 50 investisseurs institutionnels détenant plus de deux milliards de dollars en obligations. Parmalat n'a pas honoré la semaine dernière plusieurs échéances et de nouvelles se profilent cette semaine, a ajouté Flaschen.

Parmi les «créanciers» de Parmalat figurent des investisseurs qui avaient négocié une option de vente leur permettant de demander à Parmalat d'acquérir pour 400 millions de dollars leur participation de 18,2 % dans la société brésilienne Parmalat Empreendimentos e Administracao si la société n'était pas introduite en Bourse d'ici la fin 2003. La deuxième tranche de ce paiement de 400 millions de dollars, destinée à racheter les minoritaires, arrivait à échéance hier. Parmalat n'a pas honoré la semaine dernière le versement d'une première tranche de cette somme, ce qui a conduit l'agence de notation Standard & Poor's a déclasser la dette du groupe dans la catégorie défaut.