Le Québec et la Californie à la recherche de nouveaux partenaires

Un organisme californien très influent dans le marché du carbone a profité d’une tribune publique mercredi pour faire pression sur le ministre de l’Environnement de l’Ontario afin de convaincre la province de se joindre à l’alliance qui unit la Californie et le Québec depuis l’an dernier.

« Nous sommes liés au Québec et nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires », a dit le président du Climate Action Reserve, Gary Gero, lors d’un panel organisé dans le cadre du congrès Americana, un événement très couru qui a lieu tous les deux ans. « Nous pensons qu’il y en a ici, au Canada, comme l’Ontario, et aux États-Unis, comme l’État de Washington et l’Oregon. »

Le Climate Action Reserve a pour mission principale de promouvoir la réduction des gaz à effet de serre grâce à des mécanismes de marché. Il chapeaute notamment le California Climate Action Registry, créé par le gouvernement de l’État en 2001 afin de recenser les mesures mises en oeuvre par les entreprises en matière de réduction d’émissions de carbone.

Dans la salle se trouvait le ministre de l’Environnement de l’Ontario, Glen Murray, dont le personnel mène actuellement une grande consultation publique portant sur une nouvelle stratégie de lutte contre les changements climatiques. Parmi les éléments à l’étude figure la tarification du carbone, qui pourrait se traduire par un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission ou une taxe carbone.

« Nous aimerions que n’importe qui se joigne à notre système de plafonnement et d’échange », a dit lors d’un entretien M. Gero. « Nous savons que le Québec discute avec l’Ontario et nous discutons nous-mêmes avec d’autres États et provinces. Plus le programme est étendu, plus les réductions d’émission pourront se faire de manière abordable. Et le système est plus stable. »

 

Popularité croissante

L’idée consistant à tarifer les émissions de gaz à effet de serre afin d’atteindre des objectifs de réduction globale a fait son chemin auprès de multiples gouvernements et dans le monde des affaires. L’an dernier, la Banque mondiale a publié une liste de 73 pays, de centaines d’entreprises et de multiples gouvernements qui se disant favorables à cette façon de procéder.

Un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission permet aux entreprises visées d’émettre une certaine quantité de carbone, après quoi elles doivent acheter des droits si elles excèdent leur plafond. Dans le cas contraire, elles ont le loisir de vendre leurs droits, d’où l’incitatif financier à réduire leurs émissions en investissant sur des technologies vertes.

Le gouvernement du Québec organise des enchères de droits depuis 2013, mais a récemment commencé à tenir des ventes conjointes avec la Californie. Le Québec croit pouvoir générer des revenus de 3,3 milliards d’ici 2020, entre autres parce que le système couvre depuis le 1er janvier 2015 le secteur du transport. Cela fait en sorte que les distributeurs de carburants doivent se procurer des droits. Le coût, estimé à quelques sous, est refilé aux consommateurs à la pompe.

Le gouvernement du Québec veut réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990, d’ici 2020.

L’Ontario a semblé tarder à s’intéresser à la tarification du carbone, mais le processus s’est accéléré depuis la formation d’un gouvernement majoritaire par le Parti libéral.

Dans son document de consultation publié le mois dernier, le ministère ontarien de l’Environnement a écrit : « Il est primordial d’envoyer le bon signal à l’économie ontarienne afin de motiver des réductions d’émission et l’innovation. […] Le signal économique le plus important est peut-être la tarification du carbone, qui permettrait de commencer à attribuer une valeur monétaire aux émissions de gaz à effet de serre. »

Ailleurs au pays, la Colombie-Britannique a mis en place une taxe carbone — tout en réduisant d’autres taxes — alors que l’Alberta a aussi un système de tarification. Les écologistes estiment toutefois que ce dernier n’incite pas vraiment les entreprises à réduire leurs émissions car celles-ci peuvent aussi verser de l’argent à un fonds technologique.

La Chine, qui figure parmi les économies les plus polluantes au monde, s’est aussi mise de la partie. Plusieurs régimes régionaux de plafonnement et d’échange de droits d’émission ont été mis en place.

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