Un baume pour le Trésor québécois

«Afin de contrôler la croissance des dépenses de santé à 4,2 % sans pour autant réduire la qualité et l’accessibilité des soins, tout doit être remis sur la table et faire l’objet d’un débat serein entre les parties prenantes», peut-on lire dans le rapport.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Afin de contrôler la croissance des dépenses de santé à 4,2 % sans pour autant réduire la qualité et l’accessibilité des soins, tout doit être remis sur la table et faire l’objet d’un débat serein entre les parties prenantes», peut-on lire dans le rapport.

Le gouvernement pourrait dégager un excédent budgétaire de 225 millions en 2017-2018, estime l’Institut du Québec (IDQ) en avançant qu’il atteindrait même le demi-milliard cette année-là et un milliard l’année suivante si la croissance des dépenses en santé était limitée à 4,2 %, soit un point de moins que la moyenne des dix dernières années.

Le rapport de l’IDQ,dirigé par Raymond Bachand, ministre des Finances de 2009 à 2012, formule l’hypothèse que le Québec peut réduire de façon « pérenne » ses dépenses en matière de santé comme « d’autres pays », à condition que « tous les acteurs concernés participent à l’atteinte de cet objectif ». Avant même le premier budget Leitão, l’an dernier, l’IDQ insistait déjà sur une croissance de 4,2 % des dépenses de santé.

Le document, dont Le Devoir a obtenu copie, survient à une semaine du deuxième budget du gouvernement Couillard qui tente désespérément de rétablir l’équilibre budgétaire et dont les moyens mis en avant ne récoltent pas toujours l’assentiment populaire.

Une fois que l’équilibre sera rétabli, a écrit l’IDQ, Québec pourrait alors avoir un choix à faire : effectuer un remboursement sur sa dette, diminuer les impôts ou lancer des « projets de développement économique ou social » tout en remboursant sa dette.

Dépenses resserrées

Après avoir eu pour objectif de limiter à 2,1 % la croissance des dépenses de programmes en 2014-2015, le gouvernement Couillard a abaissé ce plafond à 0,7 % en 2015-2016 et semble « déterminé » à l’atteindre. Dans les faits, estime l’IDQ, il en résultera une réduction de 2 % par habitant en raison d’un taux d’inflation de 1,7 % et d’une croissance de 0,9 % de la population.

L’IDQ a été fondé l’an dernier et est le résultat d’un partenariat entre le Conference Board du Canada et HEC Montréal. Robert Gagné, qui dirige le Centre sur la productivité et la prospérité, en est le directeur de la recherche.

Le paysage économique s’est embelli à cause de la reprise américaine et de la chute du dollar canadien, ce qui a tendance à favoriser les exportations, mais le rapport insiste aussi sur les coûts de la santé.

« Afin de contrôler la croissance des dépenses de santé à 4,2 % sans pour autant réduire la qualité et l’accessibilité des soins, tout doit être remis sur la table et faire l’objet d’un débat serein entre les parties prenantes », peut-on lire dans le rapport.

« Les aspects prioritaires de cette réforme devraient être la révision du financement des établissements et de la rémunération des médecins ainsi que l’adoption de mesures favorisant la concurrence, l’émulation et la comparaison. Ces avenues méritent d’être explorées de bonne foi, dans un esprit d’ouverture au changement que notre démographie rend incontournable », ajoute-t-il.

La mise à jour économique publiée par le ministre actuel Carlos Leitão en décembre 2014 prévoyait tout au plus des budgets équilibrés pour les prochaines années. Il n’allait pas plus loin que l’année 2016-2017.

Le gouvernement Couillard, qui négocie actuellement avec les employés du secteur public, prévoit pour l’année 2014-2015 un déficit de 2,35 milliards et un équilibre au cours des années suivantes. Les revenus entrent dans les coffres de l’État plus rapidement que prévu, a-t-il indiqué en décembre.

Québec tablait alors sur une croissance économique de 1,9 % pour 2015, mais certains économistes du secteur privé prévoient maintenant un gain bien supérieur à 2 %.

Le gouvernement du Québec a ciblé 84 % des efforts requis pour revenir à l’équilibre budgétaire, a-t-il indiqué dans sa mise à jour de décembre. Cela représente 2,5 milliards. En clair, cela signifie qu’il en reste 1,2 milliard « d’ici le budget », a-t-il précisé.

Le mois dernier, le Vérificateur général du Québec a jugé que les chiffres de la mise à jour contiennent des « marges de prudence » de 2,3 milliards et que le gouvernement ne les a pas divulguées. Le VG souhaite que ces sommes soient clairement identifiées dans les documents budgétaires.

3 commentaires
  • Claude Gaudreau - Abonné 18 mars 2015 08 h 08

    Encore le libéralisme économique

    Les «penseurs» de la rectitude économique se sont donnés un nouveau «think thank» qui ne fait que reprendre le même discours qui appauvrit la population et enrichit les riches. Le système de santé du Québec est sans doute le meilleur d'Amérique du Nord, mais certaines personnes y voient une source de profit et veulent se l'accaparer, au détriment de la santé de la frange la moins bien nantie de la population...
    Pourquoi ne pas choisir, plutôt, d'en améliorer le financement, par exempla en taxant les transactions financières où en remettant en place un véritable impôt progressif qui ferait en sorte que chacun contribue équitablement au financement des services publics, qui sont essentiellement des processus de redistribution de la richesse (nous l'oublions trop souvent).

    • Jacques Gagnon - Inscrit 18 mars 2015 11 h 01

      Ce n'est pas un nouveau «think tank», c'est le Conference Board of Canada, une organisation «non-profit» sans aucun biais, non partisane disent-ils.

      Doit-on en conclure que les HEC est une manufacture à «thinker» à droite ? Pas très crédible cette pseudo-science économique.

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 18 mars 2015 08 h 42

    La croisière s'amuse ?

    Les 34 des 40 dernières années l'ont été sous le signe des déficits financiers qui nous ont légués $191 ou $280 milliards de dettes (selon le point de vue car on arrive même pas à s'entendre à ce sujet), l'Euro semble en train de s'effondrer, les US cherchent désespérément une solution avant d'en arriver à un défaut de paiement de leur immense dette, sans parler de la Grèce...et ici, on vient nous dire que le bateau financier québécois vogue à nouveau sur une mer des plus calme.
    Pour cet institut, l'équilibre financier ne représentait donc pas une si lourde tâche puisque l'honnête gouvernement libéral y soit arrivé sans trop de difficultés tout de même.
    Selon lui, le nouveau rôle du gouvernement consiste maintenant à gérer sa nouvelle richesse (Remboursement de dettes, baisses d'impôts, services accrus à la population... avec comme simple contrainte, une certaine rationalisation dans les services de santé).
    Faudrait sérieusement qu'on songe à exporter cette quasi miraculeuse nouvelle expertise financière afin d'en faire profiter les autres sociétés.