Trou noir de 3,95 milliards d'euros dans les comptes d'une filiale - Parmalat est au bord de la noyade

Des rumeurs circulaient dans les milieux boursiers sur un possible recours du groupe à une loi italienne prévoyant des procédures d’urgence pour les sociétés en crise et permettant d’envisager un sauvetage en bloquant les demandes des créancier
Photo: Agence Reuters Des rumeurs circulaient dans les milieux boursiers sur un possible recours du groupe à une loi italienne prévoyant des procédures d’urgence pour les sociétés en crise et permettant d’envisager un sauvetage en bloquant les demandes des créancier

Le numéro un italien de l'agroalimentaire, le groupe Parmalat, semblait hier au bord de la déconfiture après la découverte d'un «trou noir» de 3,95 milliards d'euros dans les comptes de Bonlat, une de ses filiales domiciliée aux îles Caïmans.

Parmalat est présente au Canada depuis 1996, par l'entremise d'une série d'acquisitions qui lui a permis d'afficher une présence nationale regroupant quelque 6000 employés et affichant des ventes annuelles de 2,5 milliards $US. Elle exploite notamment les marques Beatrice, Lactantia, Astro et Black Diamond. Les rumeurs voulaient hier que l'entreprise italienne se servirait de la mise en vente de sa filiale canadienne comme pièce maîtresse de sa restructuration.

Mais il y a urgence depuis la découverte de ce trou. Le groupe, présidé depuis lundi par le spécialiste des missions de redressement Enrico Bondi, a annoncé la convocation d'un conseil d'administration de crise hier soir. On y attend l'annonce de mesures radicales pour faire face à une situation toujours plus incontrôlable. Des rumeurs circulaient dans les milieux boursiers sur un possible recours du groupe à une loi italienne prévoyant des procédures d'urgence pour les sociétés en crise et permettant d'envisager un sauvetage en bloquant les demandes des créanciers.

Décote de S&P

L'agence de notation financière Standard and Poors, la seule à noter Parmalat, a annoncé hier qu'elle dégradait les notes du groupe de «CC» à «D», estimant la société en situation de «défaut de paiement». S&P a annoncé dans la foulée le retrait de ses notations de Parmalat en raison du «manque d'accès à des informations fiables sur la position financière exacte du groupe».

Le titre Parmalat a chuté de 66,3 %, à 0,3 euro, hier lors des enchères de clôture à la Bourse de Milan. Le titre n'a pu être négocié durant le reste de la séance, ne réussissant pas à marquer un prix en raison d'une trop forte baisse et il sera exclu mardi prochain de l'indice Mib 30 des trente valeurs-vedettes.

La tempête a démarré tôt dans la matinée lors de la diffusion d'un communiqué de Parmalat. Selon ce communiqué, la filiale de New York de la Bank of America a déclaré que Bonlat ne disposait pas d'«un compte» auprès d'elle. La Bank of America a en outre rejeté l'authenticité d'un document daté du 6 mars 2003, attestant que Bonlat disposait de positions en titres et en liquidités pour 3,95 milliards d'euros au 31 décembre 2002.

L'affaire est grave puisque l'audit des comptes de Bonlat, réalisé par le cabinet Grant Thornton, a été fondé sur ce document. Le 12 décembre dernier, Maurizio Bianchi, associé de Grant Thornton (qui certifiait les comptes d'une partie du groupe, le cabinet d'audit principal étant Deloitte and Touche) avait assuré dans une interview au quotidien économique italien Il Sole 24 Ore qu'il n'avait jamais eu de soupçons sur la trésorerie du groupe: «Nous avions des extraits des comptes bancaires et nous avions effectué des vérifications directes avec la banque concernée», avait-il dit.

À la question de savoir s'il s'agissait de la filiale new-yorkaise de la Bank of America, Maurizio Bianchi avait répondu qu'il s'agissait effectivement de cette banque, «seul institut de crédit dépositaire». «Il y avait là un solde positif vraiment important, sur lequel nous avons obtenu par lettre les confirmations requises», selon lui.

Le mystère est toujours plus épais sur les comptes de Parmalat: il semble que près de quatre milliards d'euros de trésorerie se soient volatilisés... ou bien n'aient jamais existé. La situation est d'autant plus compliquée que Parmalat négocie avec la même Bank of America sur une autre affaire, le report de l'échéance du rachat de parts dans une filiale brésilienne du groupe, pour 400 millions d'euros.

Initialement prévue pour mercredi dernier, cette échéance a été reportée à lundi prochain.

L'affaire prend une dimension politique et le ministre de l'Économie, Giulio Tremonti, a annoncé hier que l'affaire serait abordée au cours du prochain conseil des ministres du 23 décembre.