L’investissement à impact social

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Marc Picard, directeur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, explique qu’il s’agit d’explorer, avec l’investissement à impact social, comment les capitaux privés peuvent contribuer au bien-être collectif.
Photo: Paul Labelle Photographe.inc Marc Picard, directeur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, explique qu’il s’agit d’explorer, avec l’investissement à impact social, comment les capitaux privés peuvent contribuer au bien-être collectif.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Un nouveau joueur vient de faire son entrée dans le domaine de l’investissement socialement responsable. Il s’agit de l’investissement à impact social. Ce n’est pas que ce type d’investissement soit entièrement inédit — il existe depuis plusieurs années sous diverses formes — mais l’intérêt qu’il suscite présentement, surtout dans les économies occidentales, en fait une nouveauté.

Qu’est-ce que l’investissement à impact social ? Si certains n’hésitent pas à y voir là l’une des stratégies de l’investissement socialement responsable, d’autres le jugent trop particulier et en font une catégorie à part. L’investissement à impact social est l’investissement que fait un investisseur dans une entreprise, à but lucratif ou non, dont le mandat et la mission sont d’exercer un impact social mesurable. Le rendement financier de l’investissement est évidemment permis et même souhaitable, mais le mot-clé ici est le qualificatif « mesurable », car l’impact social obtenu fait partie du rendement.

« Au fond, explique Marc Picard, directeur général de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, il s’agit d’explorer, avec l’investissement à impact social, comment les capitaux privés peuvent contribuer au bien-être collectif. » La Caisse d’économie solidaire Desjardins, par la nature de ses activités financières, est particulièrement intéressée par la montée de ce type d’investissement.

Pour le moment, l’investissement à impact social est surtout le fait des grandes organisations philanthropiques. « C’est d’abord la Fondation Rockefeller qui, en premier, est entrée dans la danse et c’est elle qui a même donné le nom à ce type d’investissement, raconte Colette Harvey, directrice du soutien au projet coopératif à la Caisse d’économie solidaire Desjardins. Aujourd’hui, toutes les grandes fondations se penchent sur l’investissement à impact. Ici, au Québec, la Fondation Chagnon est présentement en réflexion à ce sujet. »

Intérêt des gouvernements occidentaux

Si les grandes fondations philanthropiques mènent aujourd’hui le bal, l’investissement à impact social a capté l’attention des gouvernements occidentaux. En effet, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) vient de rendre publique une étude qu’elle a consacrée à l’investissement à impact social (Social Impact Investment : Building the Evidence Base) et a contribué à la mise en place d’une équipe de travail sous la présidence du Royaume-Uni (Social Impact Investment Taskforce).

« Dans les deux cas, explique Marc Picard, il s’agit de voir comment on pourrait formaliser et fixer un cadre théorique viable pour le fonctionnement de l’investissement à impact social. » Selon Colette Harvey, pareil cadre viendrait répondre à une demande réelle. « Il y a de plus en plus d’investisseurs qui, en plus de chercher un rendement financier, veulent s’assurer que leurs investissements ont aussi un impact social. »

Dans le document de l’OCDE, on mentionne que l’intérêt des gouvernements occidentaux pour l’investissement à impact social découle du fait que ces gouvernements peinent de plus en plus à remplir leur mission première, qui est de fournir des services à la population, par la voie traditionnelle des impôts et des taxes. « Évidemment, pour les gouvernements occidentaux, avance Marc Picard, l’investissement à impact social apparaît être une bonne affaire s’il permet d’élargir le bassin des acteurs sociaux autres que les coopératives et les organismes à but non lucratif et de les mobiliser pour avoir une perspective sociale. » Un bémol pourtant s’impose. « Il ne faudrait pas que l’investissement à impact social soit perçu par les gouvernements comme une occasion de se désengager de leur mission sociale, avertit Colette Harvey. Le secteur privé a certes un rôle plus important à jouer, mais les États auront toujours le leur, fondamental. »

Le Québec maintenant

Le Québec, grâce à la présence dans son économie du mouvement coopératif et d’un secteur en économie sociale assez bien développé, est déjà engagé dans une forme d’investissement à impact social qui, sans en avoir les contours exacts, vise au fond le même objectif. C’est d’ailleurs la mission que s’est donnée depuis sa fondation, en 1971, la Caisse d’économie solidaire Desjardins, qui aujourd’hui est le principal bailleur de fonds des coopératives et des organismes à but non lucratif au Québec. Quelques chiffres pour s’en convaincre : la Caisse d’économie sociale Desjardins est engagée dans le financement d’une coopérative d’habitation sur trois au Québec, d’une entreprise d’insertion sociale sur deux et d’une coopérative de travailleurs sur quatre.

Et l’investisseur individuel québécois, dans tout cela, comment peut-il s’assurer que son investissement a un impact social ? « C’est pour cet investisseur individuel que nous avons créé le placement à rendement social, le PRS, explique Marc Picard. Il s’agit d’un dépôt à terme garanti où nous nous engageons à utiliser les dépôts uniquement pour un financement à impact social. »

Mais, outre le PRS de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, existe-t-il d’autres véhicules d’épargne offrant une dimension d’impact social ? La plateforme Internet Ethiquette.ca contient un tableau où on trouve une liste des véhicules d’investissement présentement disponibles. « Ultérieurement, lorsque l’investissement à impact social sera plus développé, il se créera sans doute davantage de véhicules financiers accessibles à l’investisseur particulier, peut-être verra-t-on même un jour la création d’une Bourse d’investissement à impact social », estime Colette Harvey.

D’ici ce temps, Marc Picard y va de sa suggestion. « Outre notre propre PRS, un individu peut choisir d’investir son argent dans les fonds de travailleurs. Ces fonds de travailleurs ont pour objectif le maintien et la création d’emplois, ce qui en soi a un impact social majeur. De plus, les fonds de travailleurs ont toujours investi dans les entreprises du secteur de l’économie sociale et les ont toujours soutenues. »