L’investissement socialement responsable

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Photo: Ken Pilon Thinkstock

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis ses premiers balbutiements, il y a environ 25 ans, l’investissement socialement responsable (ISR) a pris du galon ici au Québec, comme dans le reste du Canada. Et il est appelé à se développer davantage et à occuper une plus grande place sur les marchés financiers.

« Nous avons introduit notre premier produit d’épargne responsable, le Fonds Desjardins Environnement, en 1990, souligne Rosalie Vendette, conseillère principale en investissement socialement responsable chez Desjardins. Il s’agissait alors de nos premiers pas en développement durable. »

Ce qui fait que cette instance financière est non seulement une pionnière en la matière, mais aussi, aujourd’hui, le leader québécois en ISR et l’un des joueurs importants dans le marché canadien, grâce notamment à son association avec le Provincial Credit Union Central, dans la firme de placement NEI, un manufacturier de fonds commun de placement ISR.

« Aujourd’hui, Desjardins a sous gestion 1,6 milliard de dollars d’actifs ISR. Cela représente 7 % de l’épargne sous gestion et 17 % des clients individuels de Desjardins. » Au Canada, l’ISR totalise une somme de 1000 milliards et représente 31 % de tout l’actif sous gestion au pays. « L’importance de l’ISR au Canada s’explique par la présence toujours grandissante des investisseurs institutionnels, comme les grandes caisses de retraite, qui ont pris le virage ISR et qui ont de plus en plus d’actifs ISR dans leurs portefeuilles. »

Le principe et les modalités de l’ISR

Le principe derrière l’investissement socialement responsable est, somme toute, simple : il s’agit non plus d’évaluer un investissement au travers du seul prisme du rendement financier, mais aussi d’inclure dans l’équation des considérations écologiques, sociales et de gouvernance (ESG). Ainsi, un ISR sera jugé tel si l’entreprise dans laquelle on investit répond à des critères autres que le critère financier, bien que ce dernier ne doive pas pour autant être négligé.

Deux approches distinctes sont ici permises : la première est celle de l’exclusion et la seconde, celle du dialogue. Dans le premier cas, la présence de l’entreprise dans un fonds ISR est carrément exclue. « Par exemple, chez Desjardins, nous avons une politique d’exclusion pour les entreprises oeuvrant dans les domaines de l’armement, du tabac et du nucléaire. »

L’approche du dialogue se veut plus inclusive. « Dans ce cas, nous allons évaluer le comportement en matière d’ESG de l’entreprise. Si cette dernière ne répond pas tout à fait à nos exigences, mais qu’on voit que l’entreprise fait des efforts en ce sens, nous allons peut-être décider de l’inclure malgré tout dans notre portefeuille ISR. Par contre, cela implique qu’un dialogue s’installe afin de s’assurer que l’entreprise met en place les mécanismes nécessaires afin de satisfaire à nos exigences en matière d’ESG. » Évidemment, une entreprise qui ne ferait pas les efforts nécessaires se verrait alors retirée du portefeuille de placements.

Des ISR à la portée de tous

Si les grands investisseurs institutionnels ont dans leur portefeuille des actifs ISR, les individus peuvent aussi avoir des actifs ISR dans leur propre portefeuille. Au Québec, Desjardins offre déjà plusieurs de ces véhicules d’ISR, dont les Fonds Environnement Desjardins et le Placement garanti PrioriTerre. Les Fonds Environnement Desjardins sont composés d’entreprises ayant un bon bilan quant à la gestion de la portée écologique de leurs activités. Le Placement garanti PrioriTerre est un dépôt à terme dont le capital est garanti à 100 % mais dont le rendement varie selon la performance des titres des entreprises qui le composent, toutes responsables sur le plan écologique.

Desjardins offre aussi quatre portefeuilles SociéTerre, qui fonctionnent à la manière d’un fonds commun de placement. Les portefeuilles SociéTerre sont composés de Fonds Environnement Desjardins et de Fonds Éthique NEI. Chaque portefeuille SociéTerre est élaboré selon la tolérance au risque et les attentes de rendement de l’investisseur. Le portefeuille SociéTerre Sécuritaire s’adresse aux investisseurs ayant une faible tolérance au risque, et la pondération est de 72 % de titres à revenus fixes (obligations) et de 28 % de titres de croissance (actions). À l’autre bout du spectre, le portefeuille SociéTerre Croissance Plus s’adresse à l’investisseur ayant une tolérance moyenne au risque, et la pondération est de 20 % de titres à revenu fixe et 80 % de titres de croissance. Fait à noter, ces véhicules sont admissibles au REER et au CELI.

Appelé à croître

L’investissement socialement responsable, s’il maintient son élan, est appelé à croître. « De 2009 à 2014, l’ISR a vu ses actifs croître de 530 %, et l’on croit que ce produit pourrait intéresser éventuellement de 50 à 75 % des investisseurs dans le marché. C’est un potentiel de croissance important. »

Si Desjardins a réussi aujourd’hui à occuper une place enviable dans le marché de l’ISR, c’est que l’établissement financier y a mis les efforts. « Dès le départ, nous avons formé nos conseillers financiers pour qu’ils soient à l’aise avec ces produits financiers et qu’ils puissent ainsi les proposer à notre clientèle. » Car les deux freins au développement de l’ISR sont la méconnaissance et la mauvaise perception de certains investisseurs en regard de l’ISR.

« Encore trop d’investisseurs ne connaissent tout simplement pas l’ISR ou le connaissent mal. Il y a encore beaucoup de sensibilisation à faire concernant l’ISR. La mauvaise perception concerne le rendement. Trop d’investisseurs, tout en reconnaissant les valeurs éthiques associées à l’ISR, croient que le rendement sera plus faible. Mais c’est faux. Le rendement d’un fonds ISR est comparable au rendement de n’importe quel fonds commun de placement. Au fond, si c’est bon pour les grands investisseurs institutionnels, pourquoi ça ne serait pas bon pour un individu ? »