L’injustice salariale frappe aussi les diplômées universitaires

La situation salariale des Québécoises s’améliore au fil des ans, mais les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) rappellent l’écart qui les sépare toujours des hommes. Un rapport publié mardi indique qu’à compétences égales, les femmes de niveau universitaire travaillant au sein d’une entreprise privée de plus de 200 employés sont moins bien rémunérées que leurs collègues masculins.

Parmi l’ensemble des professions analysées par l’ISQ, un écart de 4,19 $ séparait en 2013 le salaire horaire moyen des hommes (38,55 $) et des femmes (34,36 $). La recherche porte sur des employés permanents et à temps plein.

Le déséquilibre se maintient lorsqu’il est question des professions à prédominance masculine (2,55 $ en faveur des hommes) ou des professions sans prédominance particulière (3,79 $ à l’avantage des employés masculins). Il n’y a toutefois pas d’écart statistiquement significatif dans les professions à prédominance féminine. On parle d’une catégorie d’emplois à prédominance masculine ou féminine lorsqu’au moins 60 % des salariés sont du même sexe.

En scrutant le salaire horaire moyen de 14 professions —tous des emplois de compétence universitaire—, la professionnelle en rémunération de l’ISQ Nathalie Mongeau a constaté qu’en 2013, cinq d’entre elles présentaient un écart hommes-femmes significatif. La différence la plus importante s’observe chez les professionnels de la rédaction, de la traduction et des relations publiques, où les femmes gagnent en moyenne 6,78 $ de moins que les hommes par heure travaillée.

« On ne peut pas aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’une discrimination systématique, mais c’est certain que si l’on regarde la moyenne du salaire horaire des femmes et la moyenne du salaire horaire des hommes, on constate plus d’écarts en défaveur des femmes pour deux types d’emplois [prédominance masculine et sans prédominance] et pour plusieurs des emplois qui ont été analysés », explique Mme Mongeau.

Causes à déterminer

L’auteure de la note précise toutefois que certains facteurs non considérés pourraient expliquer les écarts salariaux. Elle soulève par exemple l’ancienneté, les changements d’emplois fréquents — qui se traduisent souvent par une augmentation de salaire — ou encore les arrêts de travail pour des raisons familiales.

L’étude de l’ISQ détermine par ailleurs que l’écart salarial entre les hommes et les femmes de compétence universitaire s’accentue dans les entreprises privées de 500 employés et plus. En mettant en commun tous les types de profession analysés, on obtient une différence de 4,47 $ entre le salaire moyen des hommes (39,18 $/h) et des femmes (34,71 $/h).

Un écart significatif (4,21 $ en faveur des hommes) a aussi été décelé entre les employés non syndiqués de sexe masculin et féminin, mais pas entre les employés syndiqués.

« L’étude nous démontre encore une fois qu’il y a du chemin qui reste à parcourir pour que le travail des femmes soit reconnu à sa pleine valeur », affirme au Devoir la présidente de la Commission de l’équité salariale du Québec, Marie Rinfret.

À quelques jours de la Journée des femmes, le 8 mars, s’agit-il d’une preuve du non-respect de la Loi sur l’équité salariale dans le secteur privé ? Mme Rinfret refuse d’aller aussi loin, insistant plutôt sur la nécessité d’examiner le cas de chaque employeur.

« On veut comparer des emplois qui sont différents, mais qui ont une même valeur, explique-t-elle au sujet de la loi québécoise. À partir du moment où deux emplois qui sont différents obtiennent la même valeur en vertu de la Loi sur l’équité salariale, l’employeur doit leur accorder le même salaire. »

La Commission intensifie la sensibilisation des employeurs et des réseaux qui les entourent à l’aube d’une échéance particulièrement importante : entre le 31 décembre 2015 et mars 2016, pas moins de 50 000 employeurs devront démontrer le maintien de l’équité salariale au sein de leur entreprise.

Bien que le nouveau rapport de l’ISQ mette en lumière une nouvelle facette de la disparité salariale au Québec, le portrait n’est pas totalement sombre. Entre 2003 et 2013, le ratio salarial hommes-femmes de la rémunération horaire est passé de 84,7 à 87,8 pour l’ensemble des niveaux d’études. L’an dernier, une analyse de l’organisme gouvernemental révélait également que les Québécoises sont en meilleure posture que les Canadiennes.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 5 mars 2015 08 h 06

    L'injustice salariale

    La véritable injustice salariale est celle des diplômés de l'éducation. Alors que leurs responsabilités, soit celles de former les générations montantes, sont les plus importantes, leurs salaires et leurs conditions de travail sont atroces.
    Cela reflète un des traits séculaires de la société québécoise : l'éducation n'est pas importante.