Parler ne fait pas cuire le riz

Les liens se resserrent entre le Canada et la Chine, mais pas autant ni aussi vite qu’ils le devraient, estime l’ambassadeur chinois au Canada, Zhaohui Luo.

« Nous avons terminé la dernière année sur une bonne note avec l’annonce de plusieurs ententes entre nos deux pays. Il est à espérer qu’on continuera sur cet élan parce qu’on peut faire beaucoup plus ensemble », a déclaré le diplomate mercredi lors d’une conférence devant le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) à laquelle assistaient plus de 300 gens d’affaires.

Arrivé en poste ce printemps, M. Luo rêve entre autres d’un traité de libre-échange entre les deux pays, de la mise en place d’un corridor maritime de transport de carburant fossile du Canada vers la Chine, de l’achat d’un train à grande vitesse chinois par l’Ontario et d’une présence accrue des entreprises et des investisseurs canadiens en Chine. La Chine est déjà le deuxième partenaire commercial du Canada et y a investi jusqu’à présent un peu plus de 50 milliards, mais tous ces chiffres sont bien petits en proportion de leurs échanges totaux, notamment par rapport à ceux entre le Canada et son voisin américain.

Le Canada a finalement ratifié, cet automne, l’accord sur la protection et la promotion des investissements qu’il avait conclu avec la Chine deux ans plus tôt. Les deux pays ont aussi profité de la dernière visite en Chine du premier ministre canadien, Stephen Harper, en novembre, pour annoncer la tenue de réunions ministérielles annuelles en matière d’affaires extérieures et de relations économiques, l’expansion d’un protocole d’entente en matière de coopération nucléaire, l’établissement au Canada du premier comptoir d’échange de devises chinoises (le renminbi) en Amérique du Nord et l’ouverture prochaine de nouveaux liens aériens directs avec la Chine depuis Montréal et Calgary.

Annoncée pour septembre, l’autorisation de la liaison directe entre Montréal et Pékin devrait être obtenue avant la fin du mois de juin, estime maintenant l’ambassadeur. Des discussions sont aussi en cours pour faire transiter plus de marchandises chinoises par le port de Montréal. Le diplomate ne voit pas non plus comment les ventes de nouveaux avions de la CSeries de Bombardier à son pays pourraient s’arrêter à la cinquantaine de contrats fermes et autres options et lettres d’intention conclus jusqu’à présent.

Pour un traité de libre-échange

Amené à la baie James par le premier ministre québécois, Philippe Couillard, lors de sa précédente visite au Québec, Zhaohui Luo a redit le grand intérêt qu’a la Chine pour le nouveau Plan Nord du gouvernement libéral, mais pas seulement. « Notre intérêt pour les ressources naturelles est constant, mais nos relations économiques devraient s’étendre à bien d’autres domaines. »

Plus grande économie au monde après les États-Unis, la Chine connaît depuis quelques mois un certain ralentissement, mais a quand même crû de 800 milliards l’an dernier. « C’est l’équivalent de la moitié de toute l’économie canadienne »,a rappelé l’ambassadeur Luo. Longtemps essentiellement dépendant des exportations et des investissements, le pays de 1,3 milliard d’habitants a entrepris un virage vers une économie plus autocentrée basée sur le secteur des services et la consommation intérieure. Arrivé en poste il y a deux ans, le nouveau gouvernement cherche notamment à réduire le poids des entreprises d’État, à mettre de l’ordre dans son secteur financier et à réduire les lourdeurs administratives pour les entreprises. Au cours des cinq prochaines années, les importations de la Chine devraient atteindre 10 000 milliards, ses investissements à l’étranger dépasser les 500 milliards et ses touristes à l’étranger passer le cap des 500 millions.

Aussi, le Canada et la Chine devraient entreprendre sans plus attendre la négociation d’un traité de libre-échange, dit le diplomate, comme son pays vient tout juste d’en conclure un avec l’Australie. Le Canada pourrait y trouver notamment une précieuse source de financement à son développement, mais aussi l’occasion de vendre à la Chine son expertise en matière d’énergie verte, de technologies d’information, de production manufacturière de pointe et de services financiers. Cela favoriserait aussi la conclusion de projets d’affaires conjoints, comme ceux qui existent déjà, par exemple, sur le partage de la technologie des réacteurs nucléaires canadiens CANDU.

Trois minutes, top chrono

La jeune cinquantaine, diplômé en histoire et la taille d’un basketteur, Zhaohui Luo a été présenté mercredi, par le président du Conseil d’affaires Canada-Chine, Peter Kruyt, comme un représentant de la « nouvelle génération de diplomates chinois » en raison des nombreux livres qu’il a publiés, de son ouverture au dialogue et de son franc-parler. Il n’a toutefois accordé que trois petites minutes (montre en main) à la rencontre prévue avec l’ensemble des journalistes présents.

« Nous avons terminé la dernière année sur une bonne note avec l’annonce de plusieurs ententes entre nos deux pays. Il est à espérer qu’on continuera sur cet élan parce qu’on peut faire beaucoup plus ensemble »

— Zhaohui Luo, ambassadeur chinois au Canada
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 12 février 2015 08 h 00

    Proverbe chinois

    "Parler ne fais pas cuire le riz, mais c'est nécessaire pour connaître la recette". - Lao-Tseu