Relance de 35 millions - Surprise: BioChem renaît de ses cendres

Il aura fallu quatre mois de négociations pour faire revivre le fleuron québécois de l’industrie pharmaceutique.
Photo: Agence Reuters Il aura fallu quatre mois de négociations pour faire revivre le fleuron québécois de l’industrie pharmaceutique.

La saga de l'ex-BioChem Pharma a connu un spectaculaire revirement hier matin. Réunis en conférence de presse pour annoncer la mort définitive du laboratoire fermé par la multinationale Shire en août, les différents investisseurs qui travaillaient à sa relance ont appris une heure seulement avant l'événement qu'une entente de principe était intervenue avec le gouvernement fédéral pour sauver ce fleuron pharmaceutique québécois.

Il aura donc fallu près de quatre mois de négociations et d'efforts pour faire renaître de ses cendres BioChem, qui portera désormais le nom de ViroChem. L'entente de principe verbale, qui doit encore être ratifiée dans les prochains jours, reprend essentiellement la proposition que les investisseurs québécois et Shire avaient faite au gouvernement en octobre.

Le montage financier de 35 millions de dollars implique Shire, qui devient actionnaire minoritaire de ViroChem en fournissant 15 millions. Les 20 millions restants proviennent du Fonds de la FTQ, de la Banque de développement du Canada (BDC), de la Caisse de dépôt et placement du Québec et de Picchio Pharma, un fonds de capital de risque qui appartient à Power Corporation et au cofondateur de BioChem, Francesco Bellini. François Legault et Gervais Dionne, deux ex-cadres de BioChem qui prennent maintenant la tête de ViroChem, deviennent aussi actionnaires.

Cession de droits

Shire cède à ViroChem les droits intellectuels sur les molécules qui sont encore au début du stade de recherche et conserve la propriété des éléments les plus près de la commercialisation. La multinationale fournira aussi l'équipement utilisé pour la recherche. La nouvelle société sera logée dans la bâtisse qui a vu grandir BioChem, soit l'emplacement actuel de Shire, à Laval. L'entreprise de biotechnologie Neurochem, dirigée par Francesco Bellini, acquiert l'édifice pour s'installer aux côtés de ViroChem.

Chez Shire, la porte-parole de l'entreprise, Michèle Roy, refuse de donner des détails, préférant réserver ses commentaires pour le jour où l'entente sera signée. Impossible de savoir si Shire sera forcée de trouver un nouveau pied-à-terre au Québec. Avec cette entente, Shire s'assure de respecter le contrat signé avec le ministère de l'Industrie du Canada lors de l'acquisition de BioChem en 2001. Le contrat exigeait le maintien d'un certain nombre d'activités de recherche.

Selon les ex-employés de BioChem présents à la conférence de presse, les locaux à Laval viennent tout juste d'être repeints et rafraîchis. «Tout est en très bon état», a confirmé un chercheur.

ViroChem mettra à l'oeuvre 40 des 120 employés mis à la porte en août. «Il faut commencer à la mesure de nos moyens, souligne Gervais Dionne, nouveau chef de la direction en charge du volet scientifique et architecte de cette relance. On n'aura pas le budget de Shire. Ça va être plus une biotech qu'une compagnie pharmaceutique.» L'entreprise va concentrer ses efforts sur les antiviraux, hépatite C et sida en tête.

Gervais Dionne préfère être prudent et attendre que l'entente soit bel et bien signée avant de s'avancer, mais si tout va bien, les travaux pourraient reprendre dans les laboratoires vers la fin de janvier ou au début de février, estime-t-il.

Un électrochoc salutaire

La relance de BioChem, sur laquelle travaillaient d'arrache-pied les investisseurs québécois depuis quatre mois, a passé près de ne jamais avoir lieu. «Je m'apprêtais aujourd'hui à donner tous les détails des tractations et des dérapages, a expliqué Gervais Dionne en début de conférence de presse. J'aurais pointé les coupables. C'était la date-butoir et le projet n'allait pas plus loin.»

Les discussions se sont poursuivies hier soir et ce matin entre Shire, les investisseurs locaux représentés par Francesco Bellini et le gouvernement fédéral. À 10h, Joseph Rus, p.-d.g. de Shire BioChem, a téléphoné à M. Bellini pour l'informer qu'une entente de principe verbale était intervenue. Ce dernier s'est empressé d'avertir Gervais Dionne, en route pour la conférence de presse qui s'annonçait comme un règlement de comptes.

«On a dit au fédéral qu'on allait faire la conférence et qu'ils n'avaient rien fait pour sauver ces emplois, a souligné Gervais Dionne. Déjà, des dizaines de chercheurs que nous aurions gardés sont partis travailler ailleurs. Il a fallu mettre le poing sur la table pour avoir un résultat.»

Clé inutilisée

Paul Crête, député du Bloc québécois et critique du parti en matière d'industrie, pense que l'image de Shire et celle du gouvernement fédéral auraient trop souffert pour laisser le projet de relance mourir si près du but. «Tout le long, le gouvernement a eu la clé et ne l'a pas utilisée, dit-il, lui qui a porté le dossier sans relâche à la Chambre des communes. Nous allions mettre sur la table les responsables de l'échec, ce qui a provoqué l'électrochoc nécessaire. Mais il ne faut pas parler trop vite, rien n'est encore signé.» Les représentants du ministère de l'Industrie, en charge du dossier, n'ont pas rappelé Le Devoir hier.

Le regard des dirigeants de ViroChem se porte maintenant vers l'avenir. «On va commencer par s'atteler à mettre en oeuvre cette entente de principe, dit Gervais Dionne. Mais c'est sûr qu'on est optimistes et contents de ce retournement de situation.» François Legault, le nouveau président, pense que ViroChem «peut faire encore mieux que BioChem».

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