Avantage Montréal et le Québec

Photo: Maridav / iStock

Le coût de la vie est généralement beaucoup plus bas au Québec qu’en Ontario, en Alberta ou aux États-Unis, même lorsqu’on tient compte de sa fiscalité plus lourde, conclut une étude.

Caractérisée notamment par des services publics à bas coût et une fiscalité plus lourde mais progressive, Montréal s’avère nettement plus abordable que Toronto pour les 19 types de ménages analysés, constatent deux économistes de l’UQAM dans une étude d’une trentaine de pages réalisé pour le compte de la CSN. La métropole québécoise fait mieux également que Calgary, à l’exception des familles à revenu plus élevé qui n’ont pas d’enfant à la garderie ou à l’université. Il en coûte aussi nettement moins cher de vivre dans la ville américaine de Philadelphie pour les ménages plus riches, en raison de la fiscalité, mais aussi en raison de l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis.

Combinant le fardeau fiscal au coût d’un panier de biens et services, l’étude montre qu’un couple avec un seul enfant inscrit à l’université et un revenu annuel de 60 000 $ fait face, dans la région montréalaise, à un coût de la vie global de 55 700 $ par année, soit 4300 $ de moins que dans la région de Calgary, 9400 $ de moins que dans celle de Toronto et 12 000 $ de moins qu’à Philadelphie. L’avantage montréalais se révèle nettement plus marqué pour un couple avec un enfant inscrit à la garderie (CPE) qui gagne seulement 35 000 $ par année, à raison d’un coût de la vie de 33 800 $, soit 12 800 $ de moins qu’à Calgary, 16 000 $ de moins qu’à Toronto et 16 800 $ de moins qu’à Philadelphie. Le Québec se démarque moins à l’autre bout du spectre des tranches de revenus analysées, puisqu’un couple ayant deux enfants dont un inscrit à l’université et gagnant 160 000$ par année fait face à des coûts globaux de 166 500 $ dans la métropole québécoise, soit 3600 $ de plus qu’à Calgary, 24 700 $ de plus qu’à Philadelphie, mais encore et toujours 28 300 $ de moins que dans la région de Toronto.

Logements, garderies, universités…

Pour cette étude, les professeurs Jean-Denis Garon et Dalibor Stevanovic, du Département de sciences économiques de l’UQAM, se sont basés sur des chiffres produits par Runzheimer International, une firme de consultants habituée de comparer le coût de la vie dans les villes américaines pour aider les entreprises à fixer leur rémunération. Le panier de biens et services a été établi en fonction des habitudes de chaque type de ménage. Il comprend les coûts de logement — comme locataire pour les ménages au revenu égal ou inférieur à 60 000 $, ou comme propriétaire pour les autres — de transport et de consommation courante (alimentation, vêtements, ameublement, loisirs) ainsi que les frais de santé, de scolarité et de garderie. La charge fiscale comprend l’impôt sur le revenu, les taxes à la consommation et les taxes foncières.

On estime ainsi que, pour se loger, il en coûte en moyenne 18 900 $ par année à un couple ayant un enfant et un revenu annuel de 88 000 $ dans la proche banlieue de Montréal, soit 5500 $ de moins que dans des quartiers équivalents à Calgary, 10 000 $ de moins qu’en banlieue de Toronto, mais 4700 $ de plus que dans celle de Philadelphie. Le même couple devra débourser 1540 $ à Montréal pour voir son enfant à la garderie et 2371 $ à l’université, soit beaucoup moins qu’à Calgary (+7800 $ et +3400 $), Toronto (+9000 $ et +3400 $) et Philadelphie (+10 700 $ et +9700 $).

« Nous utilisons ces paniers de biens et services comme outils de comparaison, a expliqué mardi au Devoir Jean-Denis Garon. Dans certains cas, comme les frais de garderie ailleurs qu’au Québec ou l’assurance santé pour les moins nantis aux États-Unis, on sait bien que leurs coûts deviennent proportionnellement tellement prohibitifs que les gens doivent y renoncer. »

Impôts plus élevés

Les écarts sont si grands en matière de coûts de santé, entre le Canada et les États-Unis, et en matière de frais de garderie, entre le Québec et le reste de l’Amérique du Nord, observent les auteurs de l’étude, que la récente réforme de la santé adoptée sous l’égide du président américain Barack Obama et l’augmentation des tarifs de garderie par le gouvernement québécois de Philippe Couillard ne risquent pas de réduire vraiment l’avantage québécois. « Il faut noter aussi que nous ne tenons pas compte, dans notre comparaison, de la qualité des services offerts », ajoute Dalibor Stevanovic.

La fiscalité plus lourde au Québec permet aux autres de le rattraper en matière de coût de la vie, mais pas complètement. Généralement plus progressive qu’ailleurs, la charge fiscale totale pour un couple ayant un seul enfant à la garderie et un revenu annuel de 35 000 $ s’élève à 4400 $ au Québec, soit 2800 $ de plus qu’en Alberta, 1300 $ de plus qu’en Ontario et 1500 $ de plus qu’en Pennsylvanie. L’écart se creuse au sommet de l’échelle des revenus, car un couple ayant deux enfants dont un à la garderie et gagnant 160 000 $ par année doit retourner aux gouvernements 76 100 $ à Montréal, soit un peu plus qu’à Toronto (-4000 $) et bien plus qu’à Calgary (-18 700 $) et Philadelphie (-26 800 $).

Loin de l’enfer

Ce portrait de la situation n’est pas tellement différent d’un autre que la CSN avait elle-même réalisé il y a une dizaine d’années, a d’abord remarqué mardi, en entretien avec Le Devoir, le trésorier de la centrale syndicale québécoise, Pierre Patry. Il arrive aussi à point nommé, ajouté le syndicaliste, qui venait de passer la journée en commission parlementaire, où on étudiait une fournée d’augmentations de tarifs et de réformes de l’État québécois proposées par le gouvernement Couillard. « Cette étude nous alerte sur l’importance de ne pas régresser. Dans le contexte actuel, où le gouvernement du Québec passe au peigne fin l’ensemble des programmes gouvernementaux et la fiscalité, nous pensons qu’il faut avancer avec prudence et surtout se poser la vraie question : quelle sorte de fiscalité voulons-nous pour financer quelle sorte de politiques publiques ? Si tout est toujours perfectible, il faut quand même constater que le Québec est loin d’être l’enfer que certains disent. »

Montréal

Un net avantage pour tous les ménages gagnant moins de 60 000 $, mais plus généralement aussi pour les familles avec enfants, en dépit d’une fiscalité plus lourde.

Toronto

Globalement plus chère que Montréal pour toutes les tranches de revenus étudiées. Fiscalité un peu moins lourde, mais quand même très proche.

Calgary

Plus chère que Montréal pour des revenus annuels allant jusqu’à 88 000 $, au-dessus de quoi elle prend l’avantage, sauf pour les familles avec un enfant inscrit à la garderie.

Philadelphie

Plus chère que Montréal pour des revenus annuels allant jusqu’à 88 000 $, au-dessus de quoi elle prend l’avantage, en raison notamment de la fiscalité et des coûts du logement.
 
7 commentaires
  • Christian Méthot - Inscrit 4 février 2015 08 h 12

    Calgary inondée

    Bon, j'imagine qu'il s'agit d'une erreur, mais j'ai été pris d'un fou rire ce matin (merci à la personne qui a sélectionné cette image) en voyant la photo de Calgary que Le Devoir a retenu pour sa première page ce matin: Calgary lors des inondations de 2013. N'y avait-il aucune autre photo de cette ville dans vos bases de données?

    Disons que ce n'est pas trop trop une photo à l'avantage de la ville, avec le gros fleuve brun qui coule entre les gratte-ciels du centre-ville de Calgary.

  • - Inscrit 4 février 2015 08 h 54

    Voilà !

    Et nos libertariens, qui souhaitent que le Québec imite les modèles les moins performants sur le plan social, vont continuer à blâmer les syndicats et le secteur public pour un supposé retard du Québec. Ce qui est triste, c'est que nous avons un "gouvernement" actuellement qui tend l'oreille à ces lunatiques !

  • Frédéric Miville-Deschênes - Inscrit 4 février 2015 10 h 06

    Pas surprenant, mais ça sera à revoir...

    ... Après 1-2 ans de gouvernement Couillard!

  • Michel PROVOST - Inscrit 4 février 2015 13 h 24

    L'élite

    L'élite n'a rien à cirer de cette enquête; elle veut profiter et jouir de ses richesses comme les les riches citoyens de Toronto.

    Pensons à la CAQ (Coalition américaine du Québec) défendant une vision américaine du développement économique: plus d'argent dans nos poches.

  • Marie-Josée Gagné - Inscrit 4 février 2015 15 h 44

    Et nos médecins

    Pendant ce temps, nous avons décidé d'augmenter les salaires des medecins car ils se plaignaient de gagner moins que leur collègues d'ailleurs - chiffre à l'appui. Et l'employeur s'est montré incapable de leur démontrer que leur cout de vie était aussi inférieur à celui d'ailleurs...