C’était écrit dans le ciel...

Ce pourrait être l’année de tous les bonheurs pour Dubaï ! C’est tout d’abord Emirates, qui est devenue la meilleure compagnie au monde selon le classement de l’agence en ligne eDreams publié jeudi. Dans la foulée, Dubaï s’est imposé comme le premier aéroport au monde devant Londres, mardi. Avec 70,5 millions de passagers internationaux en transit en 2014 (soit 6,1 % de plus qu’en 2013), Dubaï relègue à la seconde place l’aéroport d’Heathrow, dans la banlieue de Londres, qui aura vu passer 68,1 millions de voyageurs l’an dernier (+1,2 %).

Dubaï Airports, qui gère le « hub » de Dubaï, prévoit d’accueillir plus de 79 millions de passagers en 2015 et de conforter ainsi sa première place. Les « hubs » sont de gigantesques plaques tournantes aéroportuaires qui aiguillent les passagers internationaux en transit entre deux destinations.

Heathrow semble d’ailleurs avoir déjà fait son deuil, pour longtemps, de sa première place. « La Grande-Bretagne a tiré les bénéfices d’être, pendant 350 ans, le pays des plus grands ports et des plus grands aéroports du monde. Mais, le manque de capacité à Heathrow signifie que nous avons inévitablement perdu notre couronne face à Dubaï », a reconnu un porte-parole de l’aéroport de Londres.

L’avènement de Dubaï illustre la montée en puissance conjuguée des compagnies aériennes et des aéroports du golfe Persique. « Cette étape historique est l’aboutissement de plus de cinq décennies de croissance à deux chiffres », s’est réjoui cheikh Ahmed ben Saïd Al-Maktoum, président de Dubaï Airports. En Europe, on a déjà pris acte de la suprématie dubaïote. « C’est structurel et ce n’est pas une bonne nouvelle », déplore un cadre dirigeant d’une grande compagnie aérienne. Selon lui, le boom de l’aéroport de Dubaï va de pair avec celui d’Emirates. Il ajoute : « Pour assurer le développement de ces hubs à Dubaï, au Qatar ou à Abou Dhabi, les compagnies locales passent des commandes massives d’avions. »

La concurrence s’avive

Dubaï est un parfait exemple de cette stratégie. Pour amener le plus possible de passagers vers son hub, Emirates est devenu le plus gros client de l’A380, le superjumbo d’Airbus. La compagnie de Dubaï en a commandé 140. Au Salon de l’aviation de Dubaï, à l’automne 2014, elle a aussi acheté d’un seul coup 150 777X, le futur gros-porteur long-courrier de Boeing.

Une boulimie d’achats qui paie. Selon une étude de l’Oxford Economics Report, publiée fin novembre 2014, Emirates, l’aéroport et l’ensemble du secteur de l’aviation de l’émirat ont rapporté 26,7 milliards de dollars en 2013 à l’économie dubaïote. Cela représente 27 % du PIB. En 2015, avec l’ouverture d’un nouveau hall, la capacité de l’aéroport sera portée à 90 millions de passagers. Comme si cela ne suffisait pas, l’émirat a commencé d’opérer, depuis 2013, un second aéroport, qui, une fois achevé, aura une capacité de 120 millions de passagers.

La concurrence s’avive face à Dubaï. En mai 2014, le Qatar voisin a ouvert un nouveau hub rival d’une capacité de 50 millions de passagers. Mais plus que du golfe, c’est de Turquie que devrait venir la plus grande menace pour Dubaï et Emirates. La Turquie a décidé de construire un troisième aéroport à Istanbul d’une capacité de 150 millions de passagers. Simultanément, Turkish Airlines commande des avions à tour de bras. Elle serait même en passe d’acquérir dix A380. Une première !

Pendant ce temps, les compagnies européennes regardent passer les avions. Outre la limitation des droits de trafic aux compagnies du golfe, elles en appellent à l’Union européenne pour lutter contre le « détournement de leur trafic » passager. À l’été 2014, Air France-KLM et Lufthansa ont demandé aux autorités bruxelloises d’enquêter sur « l’équité des conditions de concurrence » avec les trois soeurs du golfe (Emirates, Qatar Airways et Etihad) qui seraient « largement subventionnées ».

À défaut de la mise en place du ciel unique européen, un dispositif favorable à « la compétitivité des compagnies », elles redoutent « des conséquences majeures pour les transporteurs européens ». Elles craignent que l’émergence d’Emirates et autres Qatar Airways « empêche la consolidation du secteur aérien en Europe ». En difficultés économiques, Air France a dû laisser filer Alitalia dans les bras d’Etihad. Seule, British Airways résiste. Après Vueling et Iberia, la compagnie britannique vient de mettre la main sur l’irlandaise Aer Lingus.