Une aide venue de l’étranger

L’un des principaux objectifs de la réforme que vient de mettre en branle la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, vise à dénicher à l’étranger les talents qui manqueront aux entreprises québécoises.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir L’un des principaux objectifs de la réforme que vient de mettre en branle la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, vise à dénicher à l’étranger les talents qui manqueront aux entreprises québécoises.

Le gouvernement Couillard entend réformer les règles d’immigration dans l’espoir, notamment, qu’elles permettent de mieux répondre aux problèmes de rareté de main-d’oeuvre. Moins habituée que d’autres à accueillir des travailleurs étrangers, la région de Québec compte aujourd’hui de plus en plus sur leur aide en la matière.

La ministre québécoise de l’Immigration, Kathleen Weil, ne s’en cache pas. L’un des principaux objectifs de la réforme qu’elle vient de mettre en branle est de nature économique et vise à dénicher à l’étranger, avec le plus de précision possible, les talents qui manqueront aux entreprises québécoises.

La tâche ne sera pas facile, admet-on, non seulement parce qu’il faudra aussi trouver le moyen de mieux intégrer qu’on ne le fait actuellement cette main-d’oeuvre venue d’ailleurs, mais également parce que le Québec n’est pas seul à en avoir besoin.

La région de la capitale fait face à des défis semblables, mais à une autre échelle. On y a depuis longtemps l’habitude d’accueillir sa large part de Québécois qui quittent chaque année les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean, du Bas-Saint-Laurent ou de la Gaspésie. On voudrait maintenant en recevoir plus de la France, de la Tunisie ou du Mexique.

Cet objectif est au coeur de la mission de Québec international. L’agence de développement économique offre de l’accompagnement et de la formation aux entreprises de la région, sert de vitrine et d’intermédiaire auprès des travailleurs étrangers, qu’ils soient déjà installés au Canada ou pas, et organise des missions de recrutement à l’étranger.

On a fêté, en mai, le 1000e travailleur étranger venu à Québec et on en est, par exemple, à une quatrième mission au Brésil, d’où on a attiré une centaine de travailleurs avec leurs familles. «Cette formule est idéale parce que les gens arrivent à Québec avec leurs proches et un emploi en poche et ils peuvent compter sur leur employeur et des ressortissants de leur pays pour les aider à s’établir », explique Line Lagacé, une vice-présidente de Québec international.

Québec retient aussi de plus en plus d’étrangers venus étudier dans la région, en plus d’en convaincre d’autres de déménager de Montréal. « L’une des principales raisons, outre l’emploi, qui incitent les immigrants à choisir Québec, c’est la qualité de vie. Ils trouvent la ville accueillante et rassurante », affirme Frédérick Proteau, directeur général par intérim du Service d’orientation et d’intégration des immigrants au travail (SOIIT), un organisme de Québec actif depuis 30 ans auprès des immigrants et des entreprises.

Le temps de s’apprivoiser

Bien qu’encore dix fois moindre que dans la métropole, le nombre d’immigrants étrangers à Québec a doublé en une dizaine d’années, pour atteindre environ 3000 par an, ce qui contribue à en changer petit à petit le visage et l’attitude face à la différence.

Au sein des entreprises, les hautes directions et les responsables des ressources humaines sont généralement bien au fait du problème de rareté de main-d’oeuvre et de l’aide vitale que peuvent apporter les travailleurs venus d’ailleurs. « Au début, il peut y avoir de la réticence face à la différence, mais rapidement les dirigeants et les collègues de travail s’aperçoivent qu’ils ont aussi beaucoup en commun. »

On évoque souvent le problème de reconnaissance des diplômes étrangers, mais il peut y avoir bien d’autres sources de friction. « Dans plusieurs pays, par exemple, le sens d’initiative et la discussion ouverte avec ses supérieurs sont mal vus. Un employeur québécois qui ne le saurait pas pourrait croire à tort que c’est le signe, chez son nouvel employé, d’un désintérêt ou de son incompétence. »

Mais on finit généralement par se comprendre et s’apprécier. C’est le cas dans la firme de consultants informatiques de Québec Effenti, dont le tiers de la trentaine d’employés viennent de l’étranger, raconte sa vice-présidente, marketing et communication, Valérie Marier. « On a des Québécois, des Marocains, des musulmans, des gens allergiques au gluten… On est rendus habitués à accommoder toutes ces différences-là. Ce n’est pas un problème. Le plus important est qu’on se retrouve autour des valeurs de l’entreprise. »

L’avantage de la diversité

Dans les entreprises, le fait d’avoir une diversité d’employés est une valeur ajoutée, pense Frédérick Proteau. « Il est avantageux pour une entreprise de compter sur une plus grande richesse culturelle. Cela lui permet de s’ouvrir sur de nouvelles idées, de nouvelles solutions, et de faire preuve d’encore plus de créativité. »

6 %
des immigrants internationaux accueillis au Québec en 2013 se sont établis dans la région de la Capitale-Nationale.