Les marchés positifs mais l’euro souffre

Les marchés financiers ont accueilli jeudi positivement, mais sans s’enflammer, les centaines de milliards mis sur la table par la Banque centrale européenne (BCE) pour soutenir l’économie, l’euro tombant toutefois à des plus bas niveaux depuis septembre 2003.

Le lancement de ce vaste programme de rachats d’actifs, baptisé par tous QE — acronyme de son nom anglais « quantitative easing » —, avait été déjà tellement anticipé que la réaction des places financières s’est révélée presque raisonnable après des semaines de montagnes russes à spéculer sur les contours de ce plan.

« C’est une bonne nouvelle, car le montant du QE est significatif et supérieur à la plupart des attentes, mais l’effet positif reste limité car cela avait été déjà largement anticipé », résume Christopher Dembik, un économiste de Saxo Banque. « Le QE de la BCE a satisfait les attentes, mais n’a pas fait de miracles non plus », notent également les analystes de Capital Economics.

Après ces annonces, les mouvements des places financières ont en effet suivi la logique à l’oeuvre depuis quelque temps déjà : montée des Bourses européennes, descente de l’euro et nouveaux records à la baisse sur le marché de la dette européenne, le tout dans des proportions relativement mesurées. À la clôture, la Bourse de Paris a gagné 1,5 %, celle de Londres 1 % et celle de Francfort 1,3 %. Wall Street a pour sa part terminé en hausse de 1,5 % pour le Dow Jones et de 1,8 % pour le Nasdaq.

À Toronto, la bourse a enregistré un important gain de plus de 200 points pour une deuxième séance consécutive. L’indice composé SP/TSX a grimpé de 203,56 points pour clôturer à 14 763,98 points. Le dollar canadien s’est toutefois déprécié, cédant 45 centimes à 80,62 ¢US. Le huard avait perdu la veille 1,5 ¢US après le coup de théâtre de la Banque du Canada, qui a abaissé son taux directeur à 0,75 % alors que la vaste majorité des observateurs s’attendait à ce qu’elle le laisse inchangé, comme c’était le cas depuis septembre 2010.

La réduction du taux directeur avait cependant aidé le TSX à engranger mercredi un gain de 252 points. Avec les progressions des deux dernières séances, l’indice phare du parquet torontois se retrouve en territoire positif par rapport au début de l’année.

L’euro tombe

L’euro a particulièrement souffert, tombant jusqu’à 1,1316 $US, son plus bas niveau depuis septembre 2003 alors qu’il se situait encore au-dessus de 1,16 $US la veille.

« Les marchés européens ont tous réagi de la même façon. Les montants annoncés par le président de la BCE Mario Draghi sont supérieurs aux attentes, et dépassent le chiffre symbolique du 1000 milliards, mais ce qui a freiné les marchés, c’est la répartition des risques », estime Alexandre Baradez, un analyste de IG. Les rachats seront en effet mis en oeuvre par les banques centrales nationales des 19 pays de la zone euro, et seuls 20 % des titres achetés seront soumis à un partage des risques, c’est-à-dire que les pertes éventuelles qui en découleront seront assumées in fine par tous les contribuables de la zone euro. Pour les 80 % restants, chaque banque centrale nationale achètera des titres de son pays et en supportera les risques. « Pour permettre une véritable explosion, il aurait fallu que la BCE prenne en charge plus de risque », souligne M. Baradez.

La question est maintenant de savoir si l’effet positif va perdurer et si cela suffira à contrebalancer les perturbations attendues autour des élections grecques avec le premier tour des législatives dimanche. « Mario Draghi a joué l’apaisement avant le scrutin grec en n’excluant pas la dette grecque des rachats », relève M. Baradez.

Pour autant, « il y a une forte chance que l’aversion pour le risque revienne sur le marché dès lundi ».