Le doute s’installe

Plus la pression augmente, plus les regards se tournent vers le 12 février, date à laquelle Bombardier doit diffuser ses plus récents états financiers et faire le point sur les perspectives d’avenir de ses activités aéronautiques.

La dégelée de 25 % subie jeudi, après la suspension du programme du Learjet 85, qui a forcé des analystes à revoir leurs prévisions, a été suivie vendredi d’autres mauvaises nouvelles, notamment à l’agence de notation Fitch et à la Banque CIBC. Résultat : l’action a encore perdu près de 6 %, à un niveau qu’elle n’avait pas touché depuis mars 2009.

Encore en développement, le Learjet est un avion d’affaires pouvant transporter huit passagers. Son moteur sera fabriqué par Pratt & Whitney tandis que le train d’atterrissage proviendra de la société longueuilloise Héroux-Devtek.

Perspectives assombries

Fitch n’a pas touché à la cote de crédit de Bombardier (BB-) mais a fait passer ses perspectives de « stables » à « négatives », préoccupée notamment par le flux de trésorerie et les liquidités.

Le flux de trésorerie d’une entreprise est une mesure comptable de l’argent qui entre par rapport à l’argent qui sort, un peu comme le niveau d’un baril qu’on emplit de manière à compenser l’eau qui s’écoule par le bas. L’entreprise croit maintenant que le flux de trésorerie de sa division aéronautique en 2015 se situera à 800 millions, comparativement à une prévision initiale de 1,2 à 1,6 milliard.

Si Bombardier ne commence pas à répondre à ces préoccupations « d’ici un ou deux trimestres », a écrit Fitch dans un communiqué, « la cote pourrait descendre d’au moins un cran ».

Dirigée par Pierre Beaudoin, Bombardier a rappelé qu’elle disposait encore de 2,4 milliards en liquidités en date du 31 décembre 2014, contre 1,9 milliard trois mois plus tôt et 3,4 milliards l’année précédente. Aussi, la société a dit avoir livré 204 avions d’affaires et 84 avions commerciaux au cours de l’année, comparativement à des prévisions respectives de 200 et 80.

« Crédibilité »

Dans une note aux clients de la Banque CIBC reprise par la presse financière torontoise, l’analyste Kevin Chiang a dit que l’annonce de jeudi est « un coup de plus pour la crédibilité de l’entreprise » car Bombardier semble avoir de la difficulté à honorer ses prévisions sur une base régulière.

L’action de l’entreprise a de nouveau reculé. Après le recul de plus de 25 % observé jeudi, elle a terminé la séance à 2,89 $, en baisse de 5,9 %. Sur un an, le titre est en repli de 30 %, alors que l’indice principal du S&P/TSX a grimpé de 3,4 %.

Bombardier a indiqué jeudi que la pause de son programme de Learjet 85, qui s’explique par une « faible demande » et un contexte difficile dans le marché des avions d’affaires, entraînera une charge spéciale de 1,4 milliard. L’entreprise va réduire d’environ 1000 personnes son effectif à Wichita (Kansas) et à Querétaro, au Mexique. L’usine de Wichita assemble déjà des Learjet 70 et 75 alors que la deuxième va fabriquer le fuselage arrière des Global 7000/8000.

Bombardier souhaite consacrer son énergie à la famille CSeries et au programme des appareils Global.

« Notre cote vit une certaine pression en ce moment »,a affirmé au Devoir un analyste de DBRS qui suit de près les activités de Bombardier, Viktor Vorobiev. L’agence de notation affirme qu’elle n’a pas modifié ses perspectives mais qu’elle attend avec impatience les états financiers du 12 février pour avoir des réponses à ses questions.

Selon M. Vorobiev, le fait que Bombardier procède maintenant à l’annonce concernant son programme de Learjet 85 pourrait laisser croire que d’autres annonces importantes seront effectuées le 12 février.

Bombardier mise toujours sur l’entrée en service de ses appareils CSeries dans la deuxième moitié de 2015. Les essais en vol ont été interrompus pendant quelques mois en 2014 en raison de l’explosion d’un moteur de la ligne des CS100.

En date de septembre 2014, la compagnie avait en poche des commandes fermes pour 243 appareils CSeries. Son objectif est d’atteindre le seuil de 300.

2 commentaires
  • Guy Tétreault - Inscrit 18 janvier 2015 01 h 26

    Les compagnies ne paient presque plus d'impôts

    En 2012 au Québec, les compagnies ont payé environ 6 milliards en impôt. Ils ont reçu environ 5,1 milliards en subvention. Hydro Québec a remis environ 2 milliards au gouvernement. Donc, hydro a payé plus au gouvernement que toutes les compagnies réunis du Québec en entier!?!? Ce n'est pas terminé. Ils vont payer de moins en moins d'impôt dans les prochaines années en monnayant leur "jobs" d'un pays à l'autre. J'ai bien peur que Gaëtan Parent ait raison. Ça pourrait même devenir la loi de la jungle.

  • Murray Henley - Inscrit 18 janvier 2015 13 h 03

    Cseries: Gageure plus grosse que prévue

    Le programme de développement du CSeries est devenu pour Bombardier une gageure plus grosse qu'il ne l'avait été prévu au départ. L'entreprise doit faire attention de ne pas manquer de liquidités avant le début des ventes commerciales de cet appareil.