La chute des prix ne suffira pas pour relancer la demande, prévoit l’AIE

La chute actuelle des prix du pétrole ne suffira pas à relancer la consommation d’or noir dans un contexte économique peu dynamique, prédit l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui voit toutefois la croissance de la production marquer le pas sous l’action des pays hors OPEP.

« À de rares exceptions près comme aux États-Unis, le bas niveau des prix ne semble pas avoir stimulé la demande jusqu’ici », explique l’AIE dans son rapport mensuel publié vendredi.

Après avoir révisé à la baisse en décembre, de 1,1 million de barils par jour (mbj) à 0,9 mbj, sa prévision de croissance de la demande pour 2015, l’Agence a maintenu cette prévision dans son rapport de janvier. La consommation d’or noir devrait ainsi atteindre 93,3 millions de barils par jour en 2015, contre 92,4 mbj en 2014. « Les habituels bénéfices des prix bas, comme l’augmentation du pouvoir d’achat des ménages et la baisse des coûts dans l’industrie, ont été largement neutralisés par la faiblesse des conditions économiques, elle-même la cause majeure ayant conduit à cette dégringolade des prix », détaille-t-elle.

Depuis le précédent rapport de l’AIE en décembre, le prix du baril de brut a encore chuté, passant de 60 $US à moins de 50 $US, toujours à cause d’une offre surabondante, tirée notamment par l’augmentation de la production en Irak, à son plus haut niveau depuis 35 ans. Jeudi, le baril de brut s’est échangé à 46,25 $US à New York. Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février, dont c’était le dernier jour de cotation, valait quant à lui 48,35 $US.

À ce contexte économique morose — la Banque mondiale a ainsi révisé à la baisse sa prévision de croissance pour 2015 à 3 % au lieu de 3,4 % escompté mi-juin — s’ajoutent la dépréciation de certaines monnaies dans les pays consommateurs, la suppression des subventions publiques aux produits pétroliers, la baisse des dépenses dans les pays producteurs ou encore les craintes d’une déflation dans certains pays.

Face à cette baisse des prix du brut et malgré la volonté de certains de ses membres, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a décidé de maintenir jeudi le volume de sa production. L’AIE prévoit toutefois qu’elle devrait atteindre 29,8 millions de barils par jour en 2015, soit un tout petit peu moins que la prévision de 30 mbj annoncée par l’organisation.

Recul du pétrole de schiste

L’Agence, qui défend les pays consommateurs, estime en revanche un recul plus important de la croissance de la production des pays hors OPEP, après avoir atteint un record en 2014 de 1,9 mbj, tirée par les pétroles de schiste aux États-Unis. Elle a ainsi réduit de 350 000 barils par jour sa prévision de croissance de la production dans ces pays pour 2015 par rapport à son précédent rapport. Elle s’établit désormais à 950 000 barils par jour, pour une production totale de 57,5 mbj sur l’année.

Cette révision touche également les États-Unis, mais de manière moins importante, avec 80 000 barils par jour en moins pour les pétroles de schiste par rapport aux précédentes prévisions, « de nombreux producteurs semblant s’être bien couverts contre une baisse des prix à court terme », a-t-elle expliqué.

Ainsi, si l’AIE estime qu’«une reprise des prix, sauf événement majeur, n’est pas imminente », elle juge que « des signes laissent penser que le vent va tourner », citant cette évolution de l’offre dans les pays non-membres de l’OPEP.

En tout état de cause, l’Agence estime que le marché de l’or noir « est à un tournant historique ». Outre la révolution des pétroles de schiste américain et la politique de l’OPEP, « la place du pétrole dans le mix énergétique est aussi en train de changer ». Et selon l’AIE, « les prochaines années pourraient se révéler comme un moment de vérité pour un marché et une industrie qui a dû, tout au long de son histoire depuis 150 ans, se réinventer à plusieurs reprises ».

Loukoïl juge possible un baril à 25 $US

Le patron du pétrolier russe Loukoïl a estimé vendredi que le cours du baril de pétrole, qui a déjà perdu plus de la moitié de sa valeur depuis juin, pourrait tomber jusqu’à 25 $US. Vaguit Alekperov, directeur général du numéro deux russe du secteur, a estimé que le marché pétrolier resterait volatil toute l’année.

Les cours du pétrole sont tombés cette semaine à leur plus bas niveau en six ans. Cette dégringolade conduit à des suppressions d’emplois dans le secteur et à l’abandon de certains projets peu rentables. En Russie, qui tire la majeure partie de ses revenus budgétaires du pétrole et du gaz, le phénomène, qui s’ajoute aux sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne, a fait plonger le rouble. Si l’or noir se maintient à ce niveau, les autorités russes ont prévenu que le pays subirait un lourd déficit budgétaire et une chute du PIB pouvant atteindre 5 % cette année.
1 commentaire
  • Jean Cantin - Inscrit 17 janvier 2015 11 h 23

    La vraie cause svp!

    Offre élevée, l'OPEP qui décide de maintenir son niveau de production, et croissance anémique de façon générale.

    Il semble clair dans ce contexte que la chute libre n'est pas terminée. Mais pour comprendre comment se dénouera ce moment de vérité, l'article ne donne pas d'explication sur les intérêts qui motivent les acteurs pour absorber ces énormes pertes de revenues.