L’Arabie saoudite essuie le tir croisé des producteurs pétroliers

À Caracas, au Venezuela, un homme, imitant en cela ses concitoyens, a fait la file dans un supermarché afin de faire des provisions en espérant se prémunir contre l’inflation qui, en 2014, a atteint 64 %.
Photo: Federico Parra Agence France-Presse À Caracas, au Venezuela, un homme, imitant en cela ses concitoyens, a fait la file dans un supermarché afin de faire des provisions en espérant se prémunir contre l’inflation qui, en 2014, a atteint 64 %.

L’Arabie saoudite a essuyé les attaques des producteurs pétroliers mardi pour son soutien tacite à la chute des cours pétroliers. Avec un recul du prix de référence sous les 45 $US le baril, les producteurs tentent de se protéger contre les dommages collatéraux causés par le statu quo de l’OPEP.

Le président iranien Hassan Rohani a assuré mardi que l’économie de son pays pouvait surmonter la chute des cours du pétrole, contrairement à d’autres producteurs comme l’Arabie saoudite et le Koweït qui « souffriront plus » que l’Iran. Alors que le prix du baril est tombé à moins de 45 $US, l’Iran et d’autres membres de l’OPEP, comme le Venezuela, critiquent la politique de l’Arabie saoudite, chef de file du cartel, qui refuse une baisse de la production pour faire remonter les cours.

« Ceux qui ont planifié la baisse des prix du pétrole contre certains pays devraient savoir qu’ils le regretteront », a déclaré M. Rohani lors d’un discours à Bouchehr, sur la côte du Golfe. « L’Iran ne sera pas sous pression de la baisse des prix du pétrole [et] il surmontera ce complot. »

Téhéran enregistre un manque à gagner important dans ses recettes pétrolières alors que le budget gouvernemental a été basé cette année sur un baril à 100 $US. Celui de la prochaine année iranienne a été calculé avec un baril à 72 $US, mais les revenus pétroliers ne devraient compter que pour 33 % de ce budget. « Si l’Iran souffre de cette réduction […], d’autres pays producteurs comme l’Arabie saoudite et le Koweït souffriront plus que l’Iran », a-t-il ajouté, rappelant la dépendance importante des deux monarchies du Golfe aux revenus pétroliers. Mais Riyad, qui pompe quelque 9,6 millions de barils par jour, possède des réserves en devises estimées à 750 milliards de dollars. Le ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, a répété fin décembre que l’OPEP n’allait pas réduire sa production même si les prix du brut tombent à 20 $US le baril.

Pas de sommet OPEP dans les prochaines semaines

Le statu quo est appelé à persister. Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a affirmé mardi à Alger qu’il n’y aurait pas de sommet des membres de l’OPEP « dans les prochaines semaines » pour tenter d’enrayer la chute des prix du pétrole. « Il n’y aura pas de sommet de l’OPEP dans les prochaines semaines en raison de l’absence de consensus » au sein du cartel dont font partie le Venezuela et l’Algérie , a-t-il déclaré avant de rencontrer le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal.

Nicolas Maduro, qui devait aussi s’entretenir avec son homologue, Abdelaziz Bouteflika, a déclaré que ce rendez-vous serait centré sur « l’OPEP et l’importance de garantir la stabilité des prix du pétrole et d’éviter d’utiliser ce facteur comme une arme économique et géopolitique pour faire fléchir les États ». M. Maduro poursuit à Alger une tournée qui l’a mené en Arabie saoudite, poids lourd de l’OPEP, après Téhéran où il a eu des entretiens sur la dégringolade des prix de l’or noir.

Le schiste dans la mire

Toutefois, l’OPEP ne peut plus « protéger » le prix du baril de pétrole, en dégringolade depuis juin, a répété mardi le ministre de l’Énergie des Émirats arabes unis, Suhaïl Mazroui. Il a également estimé nécessaire que la production de pétrole de schiste, qui pousse les prix du brut à la baisse, soit maîtrisée. « On ne peut plus continuer à protéger un certain [niveau des prix] », a déclaré le ministre en parlant de l’OPEP dont font partie les Émirats arabes unis. « Nous avons connu une surproduction, venant essentiellement du pétrole de schiste, et cela doit être corrigé. »

Le ministre émirati a souhaité une rationalisation de la production des pays non membres de l’OPEP, en insistant sur le fait que le niveau actuel des prix ne pouvait être maintenu. « Nous disons au marché et aux autres producteurs d’être rationnels, de suivre l’OPEP et d’agir pour une croissance du marché », a-t-il déclaré.

Russie et Écosse

Pendant ce temps, les dommages collatéraux continuaient à se manifester. Le rouble dégringolait d’environ 5 % face au dollar mardi sous l’effet de la chute des cours du pétrole, qui assure avec le gaz plus de la moitié des revenus de l’État russe. Le rouble a perdu environ 16 % depuis le début de l’année face au dollar, après une chute de 41 % en 2014 subie en raison de la crise ukrainienne, à l’origine de sanctions économiques sans précédent contre Moscou, et de la chute des cours de l’or noir. Le pays traverse sa pire crise monétaire en quinze ans de pouvoir de Vladimir Poutine. Fin décembre, le ministre des Finances, Anton Silouanov, avait prévenu qu’avec un baril de pétrole à 60 $US, l’économie russe pourrait subir une contraction de 5 % de son PIB en 2015 et l’État enregistrer un déficit budgétaire de 3 % après plusieurs années près de l’équilibre.

Au Royaume-Uni, le ministre écossais de l’Énergie a appelé mardi le gouvernement britannique à adopter des mesures fiscales d’urgence pour aider l’industrie pétrolière. Fergus Ewing a demandé au gouvernement de coalition de centre droit aux commandes à Londres d’adopter trois mesures dès le prochain budget présenté en mars. « D’abord, une allocation pour soutenir l’investissement dans des nouveaux gisements et développer les gisements existants. Ensuite un crédit d’impôt pour l’exploration pour mettre fin au faible niveau d’exploration et de forages préliminaires. Enfin, la disparition d’un surcroît d’impôt de 12 % instauré en 2011 », a énuméré le ministre de passage à Londres.

L’effondrement du prix du Brent de la mer du Nord touche particulièrement l’industrie pétrolière en Écosse, autour de son centre à Aberdeen, car les compagnies sont confrontées à une raréfaction des ressources en mer du Nord, où les gisements nécessitent des technologies de plus en plus pointues et onéreuses.