L’or noir continue d’embêter les investisseurs

La poursuite de la baisse des cours de l’or noir a fait vivre une autre mauvaise journée aux marchés boursiers mardi.

Commencée il y a six mois, la dégringolade du prix du pétrole a passé un nouveau cap, le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en février perdant encore 2,11 $US à New York et clôturant franchement sous la barre des 50 $US, à 47,93 $. On ne l’a pas vu aussi bas depuis le 21 avril 2009. Toujours un peu plus chère, la référence mondiale, le baril de Brent de la mer du Nord, a connu le même sort à Londres, reculant de 53,11 $ à 51,12 $, un record remontant, celui-là, à mars 2009.

Ces baisses de prix, d’un baril de WTI qui se vendait encore 105 $ en juin, sont à la fois le résultat d’une offre croissante et d’une faible demande. « Les inquiétudes persistent au sujet de la volonté de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole [OPEP], en premier lieu l’Arabie saoudite, de ne pas réduire sa production, tandis que celle des États-Unis continue à augmenter », a expliqué James Williams, de la firme d’analyse WTRG.

L’Arabie saoudite a, entre autres, réduit ses prix de vente officiels pour livraison en février vers l’Europe et les États-Unis, fidèle à sa nouvelle stratégie de protection de ses parts de marché, ont noté plusieurs analystes.

De plus, « les grands investisseurs ont déjà les yeux tournés vers le printemps, qui voit habituellement une demande peu élevée », a noté James Williams. « D’ici là, nous pourrions assister à une baisse des prix jusqu’à 40 $ le baril, voire en dessous. »

Une nouvelle baisse pourrait se produire dès mercredi, après le dévoilement du niveau des réserves hebdomadaires de pétrole brut aux États-Unis, lesquelles devraient avoir augmenté.

 

La chute du prix du pétrole a continué de plomber les Bourses au lendemain de leur très mauvaise journée de lundi. En recul de 1,8 % la veille, le S&P 500 a encore cédé 0,9 % à Wall Street.

Nouvelles d’Europe

Les investisseurs continuent aussi de s’en faire pour la situation en Europe, avec ses faibles perspectives de croissance économique et la crise budgétaire grecque qui revient sur le devant de la scène. On se serait notamment ému, dès l’ouverture de la séance, d’un article du Financial Times citant des experts laissant anticiper, non seulement la victoire du parti d’opposition de gauche Syriza aux prochaines élections grecques, mais aussi le net soutien de la population à son programme électoral rejetant les mesures d’austérité imposées par l’Union européenne.

La publication de statistiques décevantes sur l’activité dans les services et les commandes industrielles aux États-Unis n’a rien fait pour alléger l’ambiance.

Le huard perd 

des plumes

La situation n’a pas été plus brillante sur les places boursières européennes et asiatiques, qui ont aussi accusé de nouvelles baisses.

À Toronto, l’indice TSX a encore reculé de 1 % après avoir perdu 2,5 % la veille. Le secteur de l’énergie a cédé à lui seul 2 % en plus des 6,5 % de lundi.

À l’instar d’autres pays producteurs de pétrole, comme la Russie, la Norvège et le Nigeria, le Canada a aussi vu sa devise perdre des plumes. Le huard a ainsi perdu 0,56 ¢US pour terminer à 84,55 ¢, un creux de cinq ans et demi.

Lever le pied 

de la pédale d’essence

Outre l’explosion de la production de gaz et de pétrole de schiste aux États-Unis et le maintien du robinet ouvert de l’Arabie saoudite, l’offre mondiale profite également d’un volume de production record en Irak et en Russie.

Du côté de la demande, il n’y a pas que l’Europe qui a moins soif d’or noir. La Chine, deuxième consommateur mondial de pétrole, a aussi vu, le mois dernier, la croissance de son activité manufacturière tomber à son plus bas niveau de l’année.

Dans ce contexte, un rapport de la banque Evercore IS a prévenu que la chute des cours du brut donnerait un coup d’arrêt aux investissements des compagnies pétrolières. Selon le rapport, la moindre rentabilité du baril de pétrole amènera ces entreprises à sabrer de 10 % à 15 % leurs dépenses d’exploration et de production au niveau mondial.

À voir en vidéo