Une dégringolade profitable pour le Canada

Les Canadiens économiseraient 8,9 milliards à la pompe cette année.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les Canadiens économiseraient 8,9 milliards à la pompe cette année.

La baisse des prix du pétrole entraînera vers le bas les investissements dans le secteur pétrolier, mais la hausse des exportations et des dépenses des consommateurs pourra largement compenser cette diminution, démontre un nouveau rapport de la Banque Royale du Canada (RBC).

Chiffres à l’appui, les économistes de la RBC alimentent le débat entourant l’impact de la chute des cours pétroliers sur l’économie canadienne. Dans leur analyse dévoilée lundi, ils font valoir que, à l’échelle du pays, les avantages économiques de ces prix bas sont bien plus nombreux que les inconvénients.

« Une augmentation des dépenses de consommation et des exportations a la capacité de compenser plus qu’entièrement un éventuel recul des investissements d’affaires », écrivent les auteurs. Leurs prédictions s’appuient sur un baril de pétrole West Texas Intermediate (WTI) s’échangeant en moyenne à 65 $ en 2015 et à 74 $ en 2016. Lundi, le baril de WTI, transigé à New York, a clôturé à 50,04 $US, après avoir momentanément reculé sous la barre des 50 $US.

Nombreux avantages

 

L’argumentaire des économistes de la RBC se décline en trois volets. Ils soulignent d’abord que la dégringolade des cours pétroliers « demeure un choc positif pour l’économie américaine ». Les investissements dans le secteur pétrolier et gazier diminueront aux États-Unis, mais chaque baisse de 10 % des cours pétroliers stimulera le PIB américain de 0,1 à 0,2 point grâce aux investissements dans les autres secteurs, estiment-ils. La vigueur de l’économie américaine stimulera la demande, ce qui devrait favoriser les exportateurs canadiens.

Deuxième élément-clé, la compétitivité des produits canadiens sur le marché américain sera encore plus grande, grâce à l’affaiblissement du dollar canadien.

La RBC note finalement que la baisse des prix du pétrole permettra aux automobilistes de puiser moins profondément dans leurs poches et les incitera à consommer davantage. Elle estime que les Canadiens économiseront 8,9 milliards à la pompe cette année et que, compte tenu de l’argent mis de côté et des biens importés, ils ajouteront un montant net d’environ 2,9 milliards au PIB en dépenses de consommation. Cette somme compenserait amplement la chute prévue des investissements des entreprises énergétiques au Canada en 2015, évaluée à 2,1 milliards.

« Il faut noter que les investissements d’affaires représentent 13 % du PIB nominal […], contre 54,3 % pour les dépenses de consommation. Même une légère hausse des dépenses de consommation serait suffisante pour compenser une chute marquée des investissements », font remarquer les économistes de la RBC.

Ces prédictions ont bien sûr leurs bémols. Elles dépendent à la fois des prix du pétrole, qui pourraient fluctuer davantage qu’anticipé, mais aussi du comportement des consommateurs et des exportateurs, qui devront saisir l’occasion qui se présente à eux.

Le rapport reconnaît par ailleurs que les provinces productrices de pétrole devraient connaître des temps durs.

 

Nouvelle tendance

Le rapport de la RBC décrit une nouvelle tendance économique qui semble se dessiner à l’échelle du pays. Celle d’un retour en force des « provinces consommatrices », a écrit lundi l’économiste Jeff Rubin, dans les pages du Globe and Mail. Dans sa chronique, l’ancien économiste en chef de la Banque CIBC a imaginé de quoi aurait l’air l’économie canadienne avec un baril de pétrole à 40 $, ce qui se situe « dans la fourchette de prix actuelle ».

« Si le plongeon des cours pétroliers raconte une triste histoire pour des provinces comme l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve, le récit sera bien différent ailleurs au pays, explique-t-il. L’économie longtemps éprouvée de l’Ontario commence déjà à trouver un second souffle. »

Lundi, la première ministre de l’Ontario, Kathleen Wynne, a laissé entendre que sa province est prête à jouer un rôle de premier plan pour stimuler la croissance économique du pays. « Je ne souhaite pas que les prix du pétrole soient bas ou que le dollar canadien baisse pour l’Alberta, a-t-elle confié au Globe and Mail. Mais, en même temps, nous souhaitons que notre secteur manufacturier rebondisse. Donc, si [la baisse des prix du pétrole] aide, c’est une bonne chose. »

Ce qui est vrai pour l’Ontario devrait aussi l’être pour le Québec. La plupart des économistes québécois s’entendent pour dire que l’effet combiné du raffermissement de la demande américaine, du recul des prix du pétrole et de la dépréciation de la devise canadienne sera également bénéfique de ce côté-ci de la rivière des Outaouais.

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