L’euro plie les genoux face au billet vert

L’homme qui fait trembler les marchés: le chef du parti grec Syriza (gauche radicale), Alexis Tsipras, pourrait prendre le pouvoir avant la fin du mois.
Photo: Angelos Tzortzinis Agence France-Presse L’homme qui fait trembler les marchés: le chef du parti grec Syriza (gauche radicale), Alexis Tsipras, pourrait prendre le pouvoir avant la fin du mois.

L’euro est tombé lundi sous le seuil de 1,20 dollar pour la première fois en près de neuf ans, sanctionné par un marché inquiet de la faiblesse de la croissance européenne et d’une possible sortie de la Grèce de la zone euro.

La monnaie unique européenne, qui vient d’achever sa pire année depuis 2005 face au billet vert, mais qui valait encore 1,2097 dollar le 31 décembre, est tombée lundi à 1,1864 dollar, son niveau le plus faible depuis mars 2006.

Les cambistes la vendent à tour de bras ces dernières semaines, en partie du fait de la mollesse de la croissance dans la zone euro, particulièrement faible comparée à celle des États-Unis, où le dollar se renforce.

Ce recul a été accentué lundi à la suite d’une information de presse selon laquelle la chancelière allemande, Angela Merkel, serait prête à laisser sortir la Grèce de la zone euro en cas d’arrivée au pouvoir dans ce pays de Syriza, parti de la gauche radicale.

« La zone euro apparaît menacée par la possibilité d’une victoire de la gauche radicale en Grèce, car elle est considérée, avec ses velléités de renégociations de la dette grecque, comme un loup qui s’introduirait dans la bergerie de la zone euro », a commenté Connor Campbell, analyste chez Spreadex.

Cela réintroduit le doute sur la cohérence, voire sur la survie en l’état de la zone euro, des interrogations qui s’étaient apaisées depuis que la crise de l’euro avait atteint son paroxysme il y a trois ans, mais qui reviennent désormais au premier plan.

Ces incertitudes sont peu propices au développement des affaires sur le Vieux Continent, mais la baisse de l’euro elle-même, qui en est une conséquence, comporte des aspects positifs. Elle dope notamment la compétitivité des produits exportés de la zone, et donc l’industrie européenne, et était de ce point de vue désirée non seulement par des responsables politiques, par exemple en France, mais aussi par le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi.

« La baisse de l’euro est une bonne nouvelle pour M. Draghi, qui cherche à faire baisser l’euro depuis des mois », a relevé Angus Campbell, analyste chez FxPro. Il a noté que l’année débutait « avec fracas » pour l’euro, de nombreux courtiers « s’attendant de plus en plus à un assouplissement quantitatif de la BCE ».

M. Draghi a déclaré dans la presse allemande que l’institut d’émission pourrait passer à la vitesse supérieure prochainement pour doper l’inflation dans la zone, qui menace de tomber dans un dangereux cercle vicieux de baisse générale des prix, la déflation.

La BCE pourrait lancer un programme d’assouplissement quantitatif, sur le modèle de ce qu’a fait la Réserve fédérale américaine (Fed) ces dernières années et jusqu’à octobre dernier, ce qui reviendrait à injecter des liquidités dans le système financier de la zone euro pour stimuler l’activité économique et l’inflation.

Dans ce cadre, la BCE pourrait acheter des obligations de pays de la zone euro en grande difficulté financière, considérées comme des actifs à grand risque.

De nombreux observateurs avertissent que l’inflation est déjà passée en territoire négatif en décembre dans la zone euro. Une première estimation officielle sera publiée mercredi.

« La prochaine réunion de la BCE aura lieu le 22 janvier, l’euro devrait alors être au centre de toute l’attention du marché, et la volatilité devrait augmenter à l’approche de cette date, soit quelques jours avant les élections en Grèce », a estimé Angus Campbell.

D’ici à ce scrutin législatif du 25 janvier, les déclarations du parti Syriza, favori de l’élection, seront très suivies, alors que le marché redoute que son éventuelle arrivée au pouvoir ne remette en cause les négociations avec l’Union européenne (UE), le Fonds monétaire international (FMI) et les créanciers du pays.

2 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 6 janvier 2015 10 h 42

    La Démocratie

    C'est vraiment dérangeant, une Démocratie qui ne fait pas l'affaire des banquiers.

  • Carole Dionne - Inscrite 6 janvier 2015 13 h 06

    Vrai et faux, Francois

    Vrai, il faut bien encadrer les banques, les multinationales, etc. Faux, la démocratie ne fait pas peur aux banques. Quand je possède des actions dans une banque ou que mon fonds de pension possède des actions dans une banque, je suis bien content quand elle fair de l'argent: elle me donne des dividendes et parfois, elle augmente sa valeur qui me donnera à moi et à mon fonds de retraite un petit plus. le pire: les off-shore que les banques adorent pour leurs clients très riches. Donc, votons pour un gouvernement qui encadrera ces montres de la finance.