L’appartenance de la Grèce à la zone euro est «irrévocable»

Le premier ministre sortant de la Grèce, Antonis Samaras, alimente lui-même les inquiétudes en disant que «le maintien du pays dans la zone euro» est l’enjeu principal des élections.
Photo: Louisa Gouliamaki Agence France-Presse Le premier ministre sortant de la Grèce, Antonis Samaras, alimente lui-même les inquiétudes en disant que «le maintien du pays dans la zone euro» est l’enjeu principal des élections.

Le spectre d’une sortie d’Athènes de la zone euro, agité en Allemagne à 20 jours des législatives grecques, a fait chuter les principales places boursières lundi, malgré les déclarations rassurantes de la Commission européenne sur l’arrimage du pays à la monnaie unique.

Ce scénario de « Grexit », redouté au pic de la crise de la dette, il y a deux ans, et lors des précédentes législatives grecques du printemps 2012, a ressurgi avec des informations parues samedi dans l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.

Selon ces informations, le gouvernement allemand juge « quasiment inévitable » une sortie de la Grèce de l’euro si le parti de la gauche radicale Syriza remporte les législatives du 25 janvier et décide d’abandonner la rigueur budgétaire et de ne plus rembourser la dette du pays.

Les marchés ont reflété lundi ces inquiétudes, les principales places boursières ayant enregistré d’importantes chutes : Paris -3,31 %, Milan -4,92 % et Madrid plus de -3 %. La Bourse d’Athènes a chuté de 5,63 %, l’indice Athex passant sous la barre des 800 points.

La menace de la sortie de la Grèce de la zone euro est aussi l’élément principal de la campagne électorale du premier ministre grec et chef de la droite, Antonis Samaras, comme lors des précédentes législatives qu’il avait emportées face à Syriza.

« Le maintien du pays dans la zone euro » est l’enjeu de ces élections, lançait-il encore la semaine dernière, au lendemain de l’échec du Parlement à élire un nouveau président de la République, ce qui a entraîné la dissolution du Parlement et l’organisation de ces élections anticipées.

Les informations du Spiegel ont suscité la controverse en Allemagne, où elles ont été considérées comme une manière, pour la chancelière, Angela Merkel, et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, de faire pression sur les électeurs grecs.

Tentant d’éteindre le feu, la Commission européenne a assuré lundi que l’appartenance d’un pays à la zone euro était « irrévocable ».

« Nous n’allons pas entrer dans des spéculations et des scénarios qui risquent d’être interprétés dans un contexte qui ne se pose pas », a indiqué un de ses porte-parole à Bruxelles, Margaritis Schinas.

Syriza s’est félicité de la déclaration de la Commission. Il a également rappelé celle du chef de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui avait estimé qu’il n’y aurait pas de scission au sein de la zone euro.

« C’est le gouvernement dangereux et irresponsable d’Antonis Samaras qui maintient [le scénario] du fameux Grexit », a martelé Syriza.

Son chef, Alexis Tsipras, a jugé que le réveil de cette crainte était le fait d’« une petite minorité », citant « la tête conservatrice du gouvernement allemand et la presse populiste ».

Pour le président français François Hollande, « les Grecs sont libres de décider souverainement de leurs gouvernants ». « Quant à la zone euro, c’est à la Grèce seule d’en décider », a-t-il insisté.

Même si une sortie de la Grèce de la zone euro n’est plus véritablement envisagée par les analystes en raison d’une certaine amélioration des finances publiques du pays, les marchés ont peur de l’arrêt des réformes basées sur la politique d’austérité, dictée par l’UE et le FMI, qui ont déjà octroyé au pays une ligne de crédit de 240 milliards d’euros.

Le risque de voir la Grèce confrontée à un « accident majeur, dont le scénario du Grexit fait partie », est évalué à 30 % par Holge Schmieding, analyste de la banque Beremberg. Et, « en raison des progrès en Espagne, au Portugal, en Irlande et du mécanisme européen de stabilité [MES], un accident grec ne menace pas la zone euro », estime l’analyste.

Après cinq ans de mesures drastiques d’austérité qui ont provoqué l’explosion du chômage, les Grecs, dont la majorité est pro-européenne, n’hésitent pas à exprimer leur lassitude face à ce dilemme. « Je ne crois pas qu’on va sortir de l’euro ; de toute façon, même avec ou sans l’euro, notre vie est misérable », résume Efthyhia, une quinquagénaire d’Athènes.