L’euro recule face au billet vert

Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, pourrait annoncer un programme d’achats obligataires le 22 janvier, lors de la réunion sur la politique monétaire.
Photo: Philippe Huguen Agence France-Presse Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, pourrait annoncer un programme d’achats obligataires le 22 janvier, lors de la réunion sur la politique monétaire.

L’euro a glissé vendredi à un creux de quatre ans et demi vis-à-vis du dollar américain, après que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, eut indiqué que la banque centrale pourrait bientôt appuyer un programme d’achat d’obligations gouvernementales pour s’attaquer à l’inflation dans la zone euro, dont la faiblesse est jugée alarmante.

Le recul de l’euro vers les 1,20 $US a été déclenché par un avertissement de M. Draghi voulant que les efforts de la banque centrale pour stabiliser les prix soient maintenant plus susceptibles d’échouer qu’il y a six mois.

Dans un entretien accordé au quotidien financier allemand Handelsblatt, le président de la BCE a noté que son institution devait éviter une inflation trop forte, mais aussi une inflation trop faible. M. Draghi a précisé que la banque allait modifier la taille, la cadence et la composition de ses mesures pour le début 2015.

Pour plusieurs observateurs des marchés, cela signifie clairement que la BCE se prépare à appuyer un programme d’achats obligataires semblable à ceux entrepris par d’autres banques centrales, comme la Réserve fédérale des États-Unis et la Banque d’Angleterre. Plusieurs experts croient que la BCE pourrait en faire l’annonce officielle à l’issue de sa prochaine rencontre sur la politique monétaire, le 22 janvier.

La réaction des opérateurs a été évidente sur le marché des devises, où l’euro a failli retraiter sous la barre des 1,20 $US pour la première fois depuis juin 2010, lorsque l’Europe était aux prises avec le premier plan de sauvetage de la Grèce et que les autres membres de la zone euro connaissaient d’importantes difficultés financières.

L’euro a reculé de 0,7 % pour s’échanger vendredi à 1,20 $US à 15 h 37, heure normale de l’Est.

La devise perd des plumes depuis des mois, dans un contexte où plusieurs s’attendent à ce que la BCE mette en place de nouvelles mesures de relance, ce qui aurait pour effet d’augmenter la quantité d’euros en circulation.

Défi de taille

 

La BCE en fait déjà beaucoup. Elle a réduit les taux d’intérêt à des creux records et soutenu l’achat de certaines obligations du secteur privé, mais elle s’est abstenue d’imiter certains de ses pairs et d’acheter des obligations gouvernementales — des mesures d’assouplissement quantitatif.

Elle veut injecter environ 1000 milliards d’euros de liquidités dans le circuit financier, gonflant son bilan d’autant. C’est selon elle la somme nécessaire pour faire repartir la dynamique des prix.

Même si les niveaux anémiques de croissance économique dans la zone euro sont une importante source de préoccupation pour les décideurs de la BCE, leurs principales craintes sont plutôt liées à une inflation trop faible.

L’inflation dans les 19 pays membres de la zone euro — la Lituanie s’est jointe au groupe jeudi — se situe actuellement à 0,3 %, ce qui est largement inférieur à la cible de la Banque centrale européenne, qui vise plutôt une inflation annuelle de base légèrement inférieure à 2 %.

Conjugué à la baisse de l’euro face au dollar, le recul du prix de l’or noir est certes une bonne nouvelle pour l’économie, mais pour la BCE elle est un problème de plus. Il menace de faire flancher les attentes d’inflation, agrégat très regardé par les gardiens de l’euro. Plus ces attentes sont basses, plus le risque de déflation, spirale auto-entretenue de baisse des prix et des salaires, est tangible.

En la matière le Japon, confronté depuis vingt ans à un cercle vicieux de dynamique des prix atone et d’économie en souffrance, fait figure de repoussoir pour la zone euro.

Le taux directeur est en outre à un plus bas historique de 0,05 % et depuis juin les établissements de crédit qui placent des fonds à court terme auprès de la BCE sont pénalisés par un taux négatif, afin de les inciter à prêter davantage.

Pour la BCE, éviter la dangereuse spirale d’une baisse des prix et d’une contraction de l’activité économique sera vraisemblablement le principal défi l’an prochain. « Je vois un large consensus autour de la table du conseil des gouverneurs concernant le fait que nous devons faire plus », a récemment affirmé Benoît Coeuré, membre du directoire de l’institution monétaire.

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