Deux défis attendent les banques centrales

Superstitieux et pessimistes y voient un mauvais signe. Selon eux, le chaos qui domine les marchés en cette fin d’année ne serait qu’un avant-goût de l’extrême volatilité financière qui rythmera 2015. Crise russe, stagnation européenne, ralentissement chinois… Les mêmes causes produiraient les mêmes effets.

En vérité, une seule certitude se dégage de ce sombre tableau : ces prochains mois, les grandes banques centrales resteront les pilotes d’une économie mondiale convalescente. Après avoir stabilisé le système financier en 2008-2009, géré l’onde de choc de la crise des dettes européennes entre 2010 et 2012, puis tenté de relancer la croissance en 2013 et 2014, elles vont désormais devoir faire face à deux grands défis.

Divergence

Le premier est celui de la divergence. Alors que la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon maintiendront leurs soutiens à l’économie, la Réserve fédérale américaine (Fed) réduira encore les siens. Et ce, en remontant doucement ses taux directeurs après avril 2015, comme l’a de nouveau laissé comprendre Janet Yellen, sa présidente, lors de sa conférence de presse du 17 décembre. Entre janvier et décembre, l’institution a déjà diminué ses achats d’actifs de 85 milliards de dollars par mois à zéro, jugeant la reprise assez solide aux États-Unis pour s’en passer.

Problème : la remontée des taux américains sera source de volatilité pour les pays émergents. Parce qu’une partie des capitaux qui y sont investis se repliera vers les États-Unis, à la recherche de meilleurs rendements. Parce qu’ils souffrent eux-mêmes de fragilités conjoncturelles et structurelles compliquant ardemment la tâche de leurs banques centrales.

On l’a vu en mai 2013, lorsque la Fed a semé la panique en évoquant la remontée à venir de ses taux. Pour protéger leur devise et freiner les sorties de capitaux, les banques centrales brésilienne, russe, turque et sud-africaine ont alors remonté les leurs. Mais, ce faisant, elles aussi ont renchéri le coût du crédit dans leur pays, au détriment de la croissance. Un scénario qui pourrait bien se reproduire en 2015.

Déflation

Le second défi concerne avant tout la BCE. Alors que le risque déflationniste se concrétise un peu plus chaque jour en zone euro, elle devra trouver de nouveaux leviers d’action sur l’économie. Mario Draghi, son président, semble pencher pour l’achat d’obligations souveraines ou d’entreprises. Si elle ne résolvait pas tous les problèmes de l’union monétaire, une telle mesure aurait au moins pour avantage de mettre un peu d’huile dans le moteur européen.

Pourtant, certains gouverneurs de l’institution, en particulier l’Allemand Jens Weidmann, y sont farouchement opposés. Entre les murs de la BCE, la grogne monte. Le premier combat de M. Draghi en 2015 se jouera donc en interne. Il devra convaincre. Les Cassandre lui prédisent déjà l’échec. Ce serait sous-estimer la détermination du Florentin, qui pourra compter sur une alliée : la baisse des cours du pétrole. En accentuant les pressions déflationnistes, celle-ci pourrait bien avoir raison des réticences allemandes…