L’Arabie saoudite maintient l’offre à son niveau actuel

L’Arabie saoudite a réitéré jeudi son refus de réduire son offre de brut, mais s’est dite « optimiste pour l’avenir », malgré l’effondrement des cours accentué par la récente décision de l’OPEP de maintenir inchangé son plafond de production.

Dans un rare entretien accordé à l’agence officielle SPA, le ministre du Pétrole, Ali al-Nouaïmi, a jugé impossible d’envisager une réduction de l’offre de l’Arabie saoudite, chef de file de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui a décidé fin novembre de garder son plafond de production à 30 millions de barils par jour (mbj).

« Il est difficile, voire impossible, que l’Arabie saoudite ou l’OPEP prennent une quelconque mesure qui conduirait à une réduction de leur part de marché et à une augmentation de celle des autres » producteurs non-membres du cartel, a-t-il dit. « D’autant qu’il est difficile actuellement de maîtriser les prix », a-t-il ajouté, en soulignant que si l’offre avait été réduite, « nous aurions perdu à la fois marché et les prix ».

Dans la foulée, les cours du pétrole coté à New York sont retombés jeudi à leur plus bas niveau depuis début mai 2009, à l’issue d’une séance particulièrement volatile, les inquiétudes persistant sur la surabondance de l’offre. Le prix du baril de « light sweet crude » (WTI) pour livraison en janvier, a perdu 2,36 $US sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) pour s’établir à 54,11 $US.

Malgré la chute des cours du pétrole qui a perdu la moitié de sa valeur depuis la mi-juin et dont le royaume saoudien tire l’essentiel de ses revenus, M. Nouaïmi s’est dit « optimiste pour l’avenir, car la situation que nous et le monde affrontons actuellement est conjoncturelle et passagère ».

Selon lui, la chute des cours s’explique par « plusieurs facteurs concomitants, dont un énorme ralentissement de l’économie mondiale, une hausse des approvisionnements pétroliers en provenance de plusieurs régions, y compris celles où le coût [d’extraction] est élevé, et une faiblesse de la demande mondiale de pétrole, bien plus importante que prévue ».

La part de l’OPEP et celle de l’Arabie saoudite, qui est de 9,6 mbj sur les 30 mbj du cartel, « n’ont pas changé depuis plusieurs années, alors que celle des autres producteurs non-membres de l’OPEP augmente constamment », a ajouté le ministre saoudien. Des démarches entreprises en novembre par l’OPEP afin d’obtenir la coopération de ces pays n’ont pas abouti, a-t-il indiqué, en dénonçant aussi le rôle négatif des spéculateurs sur le marché pétrolier. « Ces spéculateurs poussent les prix dans un sens ou un autre pour engranger des gains financiers, ce qui a contribué à de fortes fluctuations des prix », a dit M. Nouaïmi, reprenant un argument développé dimanche dernier par le secrétaire général de l’OPEP, Abdallah al-Badri. Si la chute des prix se poursuit, cela signifiera que « la spéculation contribue fortement à pousser les prix à la baisse », avait déclaré M. Badri à Dubaï.

M. Nouaïmi a par ailleurs assuré que le royaume saoudien, qui s’était constitué d’importantes réserves en devises grâce à la manne pétrolière des dernières années, est en situation confortable pour surmonter l’impact de la baisse de ses recettes pétrolières. « Le royaume a une économie solide, une excellente réputation mondiale, une industrie pétrolière de pointe, quelque 80 clients et d’énormes réserves financières », a-t-il dit. En conséquence, l’Arabie saoudite, qui s’apprête à dévoiler son budget pour 2015, « est capable de supporter des fluctuations temporaires dans ses recettes pétrolières », a ajouté le ministre.

Il table sur une reprise de l’économie mondiale qui favoriserait une augmentation de la demande de pétrole. « L’économie mondiale, notamment celle des pays émergents, va reprendre progressivement le chemin de la croissance, relançant du même coup la demande mondiale de pétrole », a-t-il dit, rejetant par ailleurs les spéculations sur « une guerre des prix », qui serait alimentée par Riyad. « Les analyses liant les décisions pétrolières à des objectifs politiques sont erronées », a-t-il assuré.

Il faisait allusion à des informations ayant expliqué l’intransigeance de Riyad sur le maintien de sa part de marché par la concurrence du pétrole de schiste, notamment américain, et d’autres producteurs comme la Russie ou l’Iran.

Risque réel de défaut de paiment du Venezuela

Paris — L’agence de notation Fitch Ratings a baissé jeudi de deux crans la note de solvabilité du Venezuela, de B à CCC, une catégorie désignant les pays pour lesquels un défaut de paiement est « une réelle possibilité ». Fitch a justifié cette décision par la vulnérabilité du pays latino-américain devant la chute vertigineuse des prix du pétrole, qui « érode la principale source de devises pour l’économie ». L’or noir représente 96 % de ses rentrées en devises.

Fitch a jugé que la capacité du Venezuela à encaisser ce choc était « limitée par le niveau relativement bas de ses réserves internationales, les contraintes de liquidité, et le caractère restreint des sources de financement extérieur ». L’agence a rappelé que les réserves de change du Venezuela étaient actuellement inférieures de moitié à leur niveau de 2008, lorsqu’il avait affronté sa dernière baisse brutale du prix du pétrole, et que le pays, sans accès au marché international de la dette, dépendait pour son financement extérieur de la Chine.

L’agence a aussi rappelé « l’instabilité macroéconomique » dans le pays, avec une inflation de 55 % en moyenne sur les huit premiers mois de 2014, une récession estimée à près de 4 % en 2014. Elle a jugé que le Venezuela risquait d’être confrontée à une période de « troubles sociaux ».