Un premier recul en 17 ans au Québec

En dollars de 2013, le revenu disponible des Québécois a atteint 26 774 $, contre 30 746 $ dans l’ensemble du Canada.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir En dollars de 2013, le revenu disponible des Québécois a atteint 26 774 $, contre 30 746 $ dans l’ensemble du Canada.

Le pouvoir d’achat des Québécois a diminué en 2013, une première en 17 ans. À la recherche d’une « étincelle », le Québec croupit à l’avant-dernier rang des provinces et territoires pour une troisième année consécutive au chapitre du revenu disponible, tout juste devant l’Île-du-Prince-Édouard.

Un rapport de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) publié mercredi indique que le Québec est la province qui a connu en 2013 la plus forte contraction de son pouvoir d’achat à l’échelle du pays. Le revenu disponible de chaque Québécois a progressé de 0,9 %, mais l’indice des prix à la consommation a augmenté encore plus rapidement, de 1,2 %. Cela signifie donc que le revenu disponible réel — ou le pouvoir d’achat — a diminué de 0,3 % en 2013 par rapport à 2012, un recul jamais vu depuis 1996.

« La hausse plus importante des impôts et des cotisations que les ménages paient aux différents ordres de gouvernement a fait en sorte que le revenu disponible a augmenté moins rapidement que l’inflation », explique le spécialiste en aménagement du territoire et développement régional de l’ISQ, Stéphane Ladouceur.

En comparaison, le pouvoir d’achat des Canadiens a augmenté de 1,3 % l’an dernier. Mis à part le Québec, seuls les habitants des Territoires du Nord-Ouest, de l’Île-du-Prince-Édouard et du Yukon ont connu une baisse de leur revenu disponible réel en 2013 (-0,2 % dans les trois cas).

En dollars de 2013, le revenu disponible des Québécois a atteint 26 774 $, contre 30 746 $ dans l’ensemble du Canada. Seuls les habitants de l’Île-du-Prince-Édouard se sont retrouvés en moins bonne posture avec 26 439 $. L’Alberta et la Saskatchewan, stimulées par l’exploitation de leurs ressources naturelles, sont largement au-dessus de la moyenne, tandis que l’Ontario se situe légèrement en dessous.

 

Fossé Québec-Canada

Le rapport de l’ISQ souligne que depuis 2009, l’écart en matière de revenu disponible par habitant se creuse sans cesse entre le Québec et le Canada. « Cela s’explique notamment par le fait qu’il s’est créé davantage d’emplois à temps plein au Canada qu’au Québec, affirme M. Ladouceur. Historiquement, les salaires versés au Québec sont plus faibles que dans le reste du Canada. »

Bien avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement libéral de Philippe Couillard, le Québec ressentait donc déjà les impacts de sa faible croissance économique. « S’il y a une augmentation du PIB, ça a une incidence sur les revenus d’emploi des résidents d’un territoire donné », reconnaît l’auteur du document d’analyse.

De manière concrète, on calcule le revenu disponible en additionnant le revenu « primaire » (principalement le salaire) et les transferts reçus du fédéral et du provincial, puis en soustrayant les impôts et les cotisations payées.

On comprend mieux l’écart qui sépare le Québec du Canada en séparant ces trois variables. En 2013, le revenu primaire des Canadiens a été supérieur de presque 5000 $ à celui des Québécois. Les ménages québécois ont payé plus d’impôts et de cotisations en proportion de leur revenu brut que les Canadiens, mais ils ont également reçu plus de transferts de Québec et d’Ottawa. Au bout du compte, ces transferts n’ont pas totalement compensé l’écart salarial.

« En somme, sans intervention de l’État sous forme de transferts pécuniaires aux ménages, la différence de revenu entre les ménages québécois et canadiens serait encore plus grande », précise le rapport de l’ISQ.

L’économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, estime que la position peu enviable du Québec dans le classement de l’ISQ est avant tout attribuable à un problème de fond. « L’économie québécoise n’est pas arrivée à générer autant d’emplois que ce qu’on aurait pu attendre. S’il y a une baisse du pouvoir d’achat, c’est qu’on a manqué d’étincelles à quelque part. »

Même si le Québec traîne de la patte, il croit que ce sont plutôt les provinces de l’Ouest qui se distinguent. « Avec la chute des cours pétroliers, l’écart va probablement être appelé à se stabiliser, voire se rétrécir au cours des prochaines années. C’est l’heure des questionnements et des ajustements dans l’Ouest », dit-il.

« Les revenus primaires stagnent, c’est surtout ça le gros problème, conclut pour sa part l’économiste François Delorme. Il y a une difficulté à générer de la croissance économique ou de la croissance de revenus parce que la nature même du travail a changé, avec une plus grande précarisation. »

M. Delorme note que le filet social québécois joue toujours son rôle et précise qu’un recul du pouvoir d’achat sur une seule année n’annonce pas nécessairement le début d’une tendance. Mais il demeure sur ses gardes. « Si les chiffres de l’ISQ de 2013 se concrétisaient et se répétaient, ce serait très inquiétant. »

Troisième hausse consécutive des exportations

La progression des exportations internationales du Québec se confirme. Leur valeur a augmenté pour un troisième mois consécutif en octobre, selon les données de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) dévoilées mercredi.

Les exportations ont alors fait un bond de 1,9 %, comparativement à une diminution de 2 % au Canada. Le volume total des dix premiers mois de l’année est supérieur de 9,6 % à celui cumulé lors de la même période en 2013. Cette hausse est presque deux fois supérieure à celle enregistrée à l’échelle du Canada (5,3 %).

Les exportations ont grimpé de 1,7 % vers les États-Unis, de loin le principal marché extérieur du Québec, et de 21,8 % vers l’Asie, tandis que celles vers l’Europe ont chuté de 13,3 %.

En octobre, le Québec a exporté davantage d’aluminium et de minerais, mais moins d’aéronefs, de mazout lourd et d’électricité que lors du mois précédent.
15 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 18 décembre 2014 03 h 57

    L'inflation écrase les jeunes

    On nous dit qu'il n'y a presque pas d'inflation... Quand le prix d'une maison double en moins de dix ans,est-ce que ce n'est pas de l'inflation? Les salaires ne suivent pas.Si les taux d'intérêt augmentent,comment fera le jeune ménage pour payer l'hypothèque?
    Nous sommes entrés dans une période de mise à niveau.Les peuples des pays pauvres produisent à moindre coût. Nous, nous produisons des services à crédit.
    La période d'ajustement sera longue avant que nous puissions nous passer du vingt milliards d'Ottawa. Je ne suis pas fier de nous...

  • François Dugal - Inscrit 18 décembre 2014 07 h 39

    L'effet liberal

    Voici "l'effet liberal", fruit d'une gestion saine et rigoureuse; n'en sommes-nous pas collectivement heureux?

    • lise pelletier - Inscrit 18 décembre 2014 10 h 44

      Combien d'années sous gouvernance libérale durant ces 17 années ?

  • Bernard Terreault - Abonné 18 décembre 2014 07 h 49

    Pas clair

    Si je comprends bien, on parle de revenu disponible après impôts et autres déductions sur le salaire. Mais cela n'est pas un bon indicateur du niveau de vie parce que les hauts impôts et autres déductions sur le salaire au Québec sont compensés par les services gouvernementaux gratuits ou presque, comme les garderies et les études post-secondaires. Ce qui doit être comparé, c'est le PIB par habitant ou la fameuse péréquation. Alors, le Québec se classe plutôt en milieu de peloton, devant les quatre provinces atlantiqes, le Manitoba, et les territoires nordiques.

  • Pierre Marcotte - Inscrit 18 décembre 2014 08 h 14

    Élisez-nous, qui disaient

    Rélisez-nous qui disaient. Philippe Couillard faisait planer la catastrophe si le PQ prenait le pouvoir. Je suis heureux de constater combien les choses vont superbement bien !
    Souvenez-vous des promesses: 250,000 emplois! Pas de hausses de tarifs! Respecter les familles québécoises! Faire bondir l'économie!
    Je me disais que Couillard ne pourrait quand même pas faire pire que Charest; l'élève est au contraire en train de dépasser le maître. Si, au terme de son mandat, Couillard laisse le Québec en meilleur position économique qu'à son arrivée, je jure de manger mon porte-feuille. À moins qu'il ne me batte de vitesse...

  • Claude Smith - Abonné 18 décembre 2014 08 h 22

    Ler filet social québécois

    Je me demande si l'ISQ tient compte des divers services que reçoivent les Québécois comme les garderies et l'assurance médicament ect. pour évaluer leur revenu disponible. À l'inverse, dans les autres provinces, est-ce que dans le revenu disponible obtenu par le citoyen, déduit les services ci-haut-mentionnés que ce dernier doit débourser directement de sa poche.

    Claude Smith