Le géant espagnol Repsol achète Talisman Energy pour 13 milliards $US

Hal Kvisle, président et chef de la direction de Talisman Energy
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne Hal Kvisle, président et chef de la direction de Talisman Energy

Le chef de la direction de Talisman Energy croit que la prise de contrôle de sa société par le géant énergétique espagnol Repsol est le meilleur dénouement possible pour ses actionnaires et il s’attend à ce que l’entente conclue soit approuvée par les autorités fédérales.

La valeur totale de la transaction est de 13 milliards $US — soit 8,3 milliards pour les actions de Talisman, en plus de la prise en charge de sa dette. Selon le patron de Talisman, Hal Kvisle, l’entente avec Repsol représente une « occasion convaincante » pour une société qui a connu toute une série de difficultés, de la chute du cours du pétrole brut au poids substantiel de sa dette.

La prise de contrôle peut compter sur l’appui unanime des conseils d’administration des deux entreprises, a précisé M. Kvisle, un vieux routier du secteur pétrolier qui est sorti de sa retraite il y a plus de deux ans pour venir aider la société de Calgary à opérer son redressement. « Le conseil a étudié en détail toutes les autres alternatives et cette transaction était considérée comme supérieure à toutes les autres options disponibles à la compagnie », a-t-il affirmé.

Selon un article de Bloomberg, l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada aurait aussi tenté d’en arriver à un accord avec Talisman.

L’offre de Repsol prévoit 8 $US par action de Talisman, ce qui représente une prime de 75 % par rapport à la moyenne du cours de l’action ces sept derniers jours.

Repsol a commencé à s’intéresser à Talisman au cours de l’été, lorsque le cours de son action était à 12 $. Dans ce contexte, l’entente de mardi pourrait sembler être une moins bonne affaire pour Talisman, a noté le gestionnaire de portefeuille Himalaya Jain, de la firme ScotiaMcLeod. Mais compte tenu que le cours du pétrole diminué de près de moitié en l’espace de six mois — et que le cours de l’action de Talisman est redescendu aux environs de 4 $ avant que les rumeurs de transaction ne reprennent, la semaine dernière — c’est une autre histoire.

« Du point de vue de Talisman, ils commençaient à manquer de temps », a estimé M. Jain. « Talisman n’avait pas un bilan conservateur alors leur habileté à se sortir de cet environnement de très faibles cours du pétrole était très mince. Alors je crois qu’ils étaient prêts à bouger très rapidement. »

Approbation d’Ottawa

Les actionnaires se prononceront sur l’entente lors d’une assemblée extraordinaire prévue pour la mi-février, et la transaction devrait être conclue au cours du deuxième trimestre de 2015.

Entre autres conditions, Repsol devra demander une approbation à Ottawa en vertu de la Loi sur Investissement Canada — la même qui a permis les prises de contrôle de pétrolières canadiennes par des sociétés d’État malaysiennes et chinoises en 2012. Contrairement à ces sociétés étrangères, Repsol est une entreprise complètement privée, qui n’a pas de lien avec l’État espagnol.

En 2012, Ottawa avait approuvé la prise de contrôle de Nexen par la société chinoise CNOOC, tandis que la malaysienne Petronas avait aussi obtenu le feu vert pour acquérir Progress Energy Resources. Le gouvernement avait cependant resserré les règles entourant les grandes prises de contrôle par des sociétés d’État étrangères.

« Nous sommes confiants quant à l’approbation universelle de cette transaction et nous croyons qu’elle fournira des occasions significatives et excitantes pour les employés de Talisman à travers le monde », a estimé M. Kvisle, précisant que Repsol voulait conserver une présence corporative à Calgary.

De son côté, un porte-parole de Repsol a indiqué, lors d’un entretien depuis Madrid, qu’elle était prête à subir un examen approfondi. « Je crois que nous nous attendons à être examinée comme toute autre entreprise étrangère qui entrerait sur votre marché et nous comprenons bien cela. Nous sommes très conscients que nous sommes des invités dans les pays où nous avons des activités », a affirmé le porte-parole, Kristian Rix.

L’analyste Arthur Grayfer, de Marchés mondiaux CIBC, ne voit pas pourquoi Ottawa bloquerait la transaction. Dans une note de recherche, il souligne que Talisman n’a pas de présence dans le secteur des sables bitumineux — une des inquiétudes soulevées par la prise de contrôle de Nexen par CNOOC. En outre, poursuit M. Grayfer, la production canadienne de Talisman ne représente que 15 % de sa production totale. Le reste provient des États-Unis, de l’Asie du sud-est, de la Colombie et de la mer du Nord.