Les tensions baissent sur le marché locatif au Québec

À Montréal, le taux d’inoccupation sur le marché des logements d’initiative privée est passé de 2,8 à 3,4 %.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À Montréal, le taux d’inoccupation sur le marché des logements d’initiative privée est passé de 2,8 à 3,4 %.

Dans l’ensemble, le logement se veut plus accessible cette année, avec un taux d’inoccupation atteignant les 3,7 % sur le marché locatif au Québec. La hausse moyenne des loyers a oscillé autour de 2 %.

Selon la lecture automnale de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le taux d’inoccupation moyen des appartements locatifs dans les centres urbains du Québec se situait à 3,7 % en octobre 2014, contre 3,1 % un an plus tôt. L’économiste principal de l’institution, Kevin Hughes, parle de « détente », qu’il explique « par la hausse de l’offre et par une baisse vraisemblable de la demande. Du côté de l’offre, on a enregistré une hausse de la construction neuve ainsi que l’ajout de copropriétés mises en location. Du côté de la demande, on peut penser qu’elle a été freinée par la faiblesse relative du marché de l’emploi en 2014 et par le recul du bilan migratoire ».

Dans la région métropolitaine de recensement de Québec, lc est passé de 2,3 à 3,1 % entre les deux périodes d’observation. À Montréal, il est passé de 2,8 à 3,4 %. Il atteint 6,5 % à Ottawa-Gatineau, 5,4 % à Sherbrooke, 5,3 % à Trois-Rivières et 4,2 % au Saguenay.

Quant au loyer moyen d’un appartement avec deux chambres, il se chiffrait à 711 $ en octobre dernier contre 699 $ un an plus tôt. Pour les immeubles existants, la hausse sur un an a été de 2 %. De 2,2 % Montréal, de 2 % à Québec.

Inquiétude généralisée

En réaction, l’Association des propriétaires du Québec (APQ) s’est dite « inquiète » de l’évolution du marché locatif. « Les taux d’inoccupation ne cessent d’augmenter et c’est le gouvernement, à travers des projets démesurés de logements sociaux, qui rend cette situation impossible à vivre pour les propriétaires de logements locatifs au Québec », a dénoncé le président de l’Association, Martin Messier. L’APQ y voit une « concurrence déloyale », alors que les propriétaires doivent également conjuguer avec un nombre croissant de condominiums sur le marché locatif. « Selon la SCHL, 20 % des condominiums seraient dédiés à la location », retient-elle.

Pour sa part, le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ) rappelle que l’augmentation du taux d’inoccupation n’est pas synonyme d’accessibilité accrue au logement bon marché. La porte-parole, Maude Bégin Gaudette, soutient que « les loyers continuent d’augmenter à une vitesse fulgurante » et que les grands logements demeurent rares et inabordables.

Et elle s’inscrit en faux contre l’hypothèse selon laquelle l’augmentation du nombre de copropriétés en location permet de soulager le marché. « Les copropriétés offertes en location à des prix exorbitants ne favorisent l’accès au logement que des ménages les mieux nantis. »

Au Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), le coordonnateur, François Saillant, « met en garde les autorités politiques contre toute volonté de se désengager du logement social ou de relâcher les minces protections mises en place pour protéger les logements locatifs existants ». À l’instar du RCLALQ, l’organisation pointe en direction d’une hausse des loyers au fil des ans supérieure à l’évolution des prix à la consommation.

« L’Enquête nationale auprès des ménages menée en 2011 par Statistique Canada a démontré comment la hausse du coût du logement a fait exploser le nombre de ménages locataires en grandes difficultés financières. Selon cette enquête, 479 750 ménages locataires consacraient plus de 30 % de leur revenu pour se loger au Québec, 227 835 plus de 50 % et 108 475 plus de 80 % », a rappelé le FRAPRU.

Il estime aussi que l’arrivée en nombre des condos sur le marché de la location « vient un peu fausser les chiffres ».

3 commentaires
  • Christian Méthot - Inscrit 17 décembre 2014 08 h 07

    Martin Messier - Un homme de mauvaise foi

    Les propos de M. Messier, de l'association des propriétaires, sont d'une hypocrisie crasse, mais tout à fait ridicules. Accuser le gouvernement de causer de l'inoccupation, par des projets de logements sociaux, est de mauvaise foi et même farfelu.

    De un, le gouvernement n'investit pas tant que ça en logement sociaux; tous les acteurs qui connaissent le milieu vous diront qu'il manque de financement dans ce secteur.

    De deux, les locataires de logements sociaux ont de très faibles revenus et ne se qualifient généralement pas pour se loger sur le logement privé, du fait justement de leurs revenus insuffisants et d'un mauvais dossier de crédit. Les propriétaires privés ne sont pas enclins à louer à quelqu'un sur l'aide sociale.

    D'ailleurs, on se demande bien comment quelqu'un qui vit de l'aide sociale pourrait se payer un appartement, à part en vivant à plusieurs dans un petit logement, dans des conditions pas vraiment évidentes.

    • Serge Lemay - Inscrit 17 décembre 2014 10 h 06

      Le logement social manque de financement ou n'est pas financé de la bonne manière ? Tant que l'on financera le logement social à coup de construction neuve avec des comités de gestion, du personnel d'entretien etc, on arrivera pas à répondre à une demande sans cesse croissante.

      Par contre avec un régime conséquent d'aide au logement sous la forme d'une allocation, on arriverait à donner le service à beaucoup plus de monde et les listes d'attente deviendraient inexistantes.

      De plus, il faudrait joindre aux allocations logement un programme d'aide à la rénovation des immeubles locatifs afin de revaloriser le paysage urbain et permettre aux usagers d'avoir des milieux de vie mieux adaptés.

      Finalement, les propriétaires qui se confirmeraient aux standards de maintient des immeubles locatifs auraient l'assurance que leur clientèle à faible revenu paie leur loyer en instaurant un régime où le chèque d'allocation au logement serait fait aux deux noms, celui du locataire et celui du propriétaire mais à la condition stricte de la conformité du logement aux standards établies par la régie du logement qui aurait aussi la charge de gérer les allocations aux logements. De cette façon, tout le monde qui a besoin d'aide au logement aurait une aide au lieu, comme c'est le cas de plusieurs, d'être sur une liste d'attente et d'être à la merci d'un comité qui juge des priorités à accorder ou non un logement subventionné.

  • Martin Blanchard - Inscrit 17 décembre 2014 10 h 11

    Quand Martin Messier comprendra-t-il?

    M. Messier ressert le même discours à chaque occasion qu'un micro lui est tendu. Mais il devrait comprendre, car on ne cesse de le lui expliquer, que le marché privé échoue lamentablement à loger les personnes à faible revenu. Les logements sociaux ne sont pas une concurrence déloyale, mais un complément indispensable à l'offre de logements par le marché privé.

    D'ailleurs, il faut remarquer que le Québec est un véritable cancre en matière d'offre de logements sociaux, avec le Canada et les États-Unis. Tandis que l'on observe dans nombre de pays européens un parc de logements sociaux constituant 20% du stock de logements, la moyenne montréalaise se situe autour de 7%, elle est sous la barre de 5% au Québec et ne dépasse pas 2% au Canada. C'est ainsi que les logements sociaux au Québec et au Canada sont cantonnés à loger les plus pauvres d'entre les pauvres et c'est ainsi parce que les associations de propriétaires emploient énormément d'énergie à militer contre cette forme de logement à propriété collective.

    De nombreuses études ont démontré hors de tout doute qu'il en coûte bien moins cher à la société de loger aux frais des contribuables les personnes n'ayant pas les moyens, que de fournir une aide monétaire aux personnes (qui revient à enrichir les proprios avec nos taxes) et de devoir équiper les hôpitaux pour recevoir les sans-abri.

    Ainsi M. Messier devra un jour se rendre à l'évidence: les logements sociaux sont réservés à l'extrême pauvreté au Québec et il en coûte bien moins cher à l'État de complémenter le marché privé avec des logements sociaux. Ce serait le minimum; mon souhait le plus fou est qu'il comprenne avec les Européens qu'il est logique de développer encore plus de logements sociaux pour économiser encore plus.