Le projet de Strateco est trop petit pour être rentable

Plusieurs représentants des Premières Nations ont pris la parole lundi pour souligner la fin du périple de quelques dizaines de Cris qui ont parcouru à pied les quelque 850 km séparant Mistissini de Montréal. À gauche, le grand chef du Conseil des Cris, Matthew Coon Come, se tient aux côtés du grand chef des jeunes Cris, Joshua Iserhoff.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs représentants des Premières Nations ont pris la parole lundi pour souligner la fin du périple de quelques dizaines de Cris qui ont parcouru à pied les quelque 850 km séparant Mistissini de Montréal. À gauche, le grand chef du Conseil des Cris, Matthew Coon Come, se tient aux côtés du grand chef des jeunes Cris, Joshua Iserhoff.

L’exploitation de l’uranium au Québec n’est pas seulement risquée d’un point de vue environnemental. Selon Robert McCullough, un chercheur américain spécialisé dans le secteur de l’énergie, le développement de cette filière dans le contexte québécois ne serait tout simplement pas rentable.

C’est ce qu’a fait valoir M. McCullough dans une étude présentée lundi soir à Montréal lors de la dernière journée d’audiences publiques du BAPE sur la filière uranifère. Le document a été produit à la demande du Grand Conseil des Cris, qui s’oppose tout particulièrement au projet d’exploration Matoush situé au nord du village de Mistissini.

« La vraie question n’est pas de savoir si l’uranium est bien ou mal. C’est de savoir si c’est économiquement viable dans les conditions actuelles du marché, explique M. McCullough en entrevue au Devoir. Et la réponse est non. »

Dans l’étude réalisée avec deux de ses collègues, le directeur du groupe de recherche qui porte son nom met en évidence les prévisions concernant le prix de l’uranium dans les années à venir. Selon les plus récentes estimations de la Banque Royale du Canada, la valeur de la livre d’uranium devrait avoisiner les 40 $US jusqu’en 2025. Or, pour qu’un projet de taille modeste comme Matoush soit économiquement rentable, les auteurs notent que l’éventuelle mine d’uranium devrait obtenir un prix minimum de 51 $US la livre.

« Au cours de cette période, nous pouvons anticiper que les projets miniers — particulièrement les plus petits et les moins rentables — seront reportés ou annulés », écrivent-ils.

À cela s’ajoute le fait que l’offre mondiale d’uranium devrait excéder la demande pour au moins dix ans, notamment parce que des pays comme la France, l’Allemagne et le Japon tentent de réduire leur dépendance à l’énergie nucléaire.

Avec ces données en mains, M. McCullough se demande carrément pourquoi Strateco ne lâche pas prise. Et comme dans le cas des Cris, qui ont donné leur accord à plusieurs projets situés sur leur territoire, le chercheur n’est pas contre l’exploitation minière. « Je ne propose pas la fin de l’industrie minière, je suis même assez conservateur, précise-t-il. Je crois simplement que cette région n’est pas la bonne pour exploiter cette ressource. »

Longue marche

Les revendications des Cris, appuyées par l’étude de McCullough Research, ont également bénéficié du soutien de ses plus jeunes représentants. À l’initiative du Conseil des jeunes de la nation crie, quelques dizaines de marcheurs ont conclu lundi un périple de plus de 850 kilomètres les ayant menés de Mistissini jusqu’à Montréal, plus de trois semaines plus tard.

« L’un des lieux de pêche préférés de notre communauté, Gobanji, se situe sur le lac Mistissini, tout près du projet Matoush de Strateco, a affirmé le Grand Chef des jeunes, Joshua Iserhoff, lors de son arrivée dans la métropole. Je dirai aux commissaires, au nom de tous les jeunes Cris, que l’exploitation de l’uranium et les traces radioactives et dangereuses qu’elle laissera ne sont pas les bienvenues. »

Le projet d’exploration uranifère Matoush, le plus avancé du genre au Québec, a débuté en 2006. Il a reçu les autorisations nécessaires de la part du gouvernement fédéral, mais attend toujours le feu vert de Québec. Le gouvernement Marois a imposé en mars 2013 un moratoire sur la filière uranifère, le temps que le BAPE en étudie les principaux enjeux. Furieuse, Strateco a déposé la semaine dernière une poursuite de 190 millions contre le gouvernement du Québec. Elle lui reproche notamment « de l’avoir encouragé à investir au Québec pour ensuite changer de cap de manière cavalière ».

Les représentants de Strateco ont annoncé en juin dernier la fermeture complète du camp de Matoush dans le but de réduire les coûts d’exploitation de l’entreprise en attendant la suite des choses.

La dernière journée des audiences publiques du BAPE sur la filière uranifère a également permis d’entendre les arguments de l’Association nucléaire canadienne. Son président et chef de la direction, John Barrett, a fait valoir que l’extraction de l’uranium offre aux collectivités la possibilité d’améliorer leurs conditions de vie grâce à la formation fournie et aux emplois créés. M. Barrett a rappelé que l’uranium sert à la production d’électricité, mais également au diagnostic et au traitement de cancers grâce aux isotopes médicaux.

« De nombreux Québécois n’ont pas conscience des avantages de l’uranium ou ne sont pas prêts à les reconnaître », a-t-il indiqué.

Le BAPE devrait remettre son rapport à Québec en mai 2015.

8 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 16 décembre 2014 08 h 56

    On s'égare

    Les audiences du BAPE ont pour but de déterminer l'acceptabilité environnementale d'un projet, et seulement cela. Les arguments économiques, pour ou contre, n'y ont pas leur place.

  • D.A. Pedro Cardoso - Inscrit 16 décembre 2014 10 h 21

    Pollution et uranium

    Le prix de la pollution est devenu simplement inaceptable. les quelques miettes d'emploi sont une vraie farce.
    Leur seule commentaire: ’extraction de l’uranium offre aux collectivités la possibilité d’améliorer leurs conditions de vie grâce à la formation fournie et aux emplois créés. Par contre, plus de peche ni de chasse ni ecotourism a jamais!!!
    Pas de tout convaincant.

  • Alexe L. - Inscrite 16 décembre 2014 10 h 31

    On s'égare vraiment!

    C’est notamment en raison de ce type d’article qu’on comprend que le BAPE a lamentablement échoué à informer la population du Québec. Combien d’articles avons-nous lu dans Le Devoir sur les scientifiques en faveur de l’industrie uranifère qui ont défilé devant le BAPE? Aucun! Au lieu de cela on peut lire un article complet sur un chercheur américain (y’en a pas au Canada!?!?) engagé par les Cris (carrément opposé au projet Matoush). Si on s’en tient uniquement au raisonnement de ce chercheur, il n’y aurait pas beaucoup de projet d’exploration dans le monde…

  • Kathy Shecapio - Inscrite 16 décembre 2014 12 h 48

    Chez les cris, environnement = économie. L'un n'existe pas sans l'autre chez nous.

    Les chercheurs au Canada ne sont pas aussi a la fine pointe des connaissances que "l'americain". Ce n'est pas facile d'en trouver un au Quebec qui s'exprime bien en anglais (70% des cris parlent l'anglais). Le Conseil canadien sur l'energie nucleaire, organisme qui vise plutot l'exploitation sur cette source d'energie, offre des experts. Ils sont venus chez nous et ont tres bien reussi a insulter la popluation. Oubliez pas que nous avons aussi David Suzuki (Scientifique canadien) Oui, on fait nos devoirs. Oui, on fait des recherches au-dela du pays et de la province. Ca nous impacte grandement alors c'est das notre inteteret de tres bien comprendre la situation. De plus, Ccelui qui vient dans le coin et tente de nous tendre la main pendant qu'il cache des informations derriere l'autre main n'est pas un homme d'affaire tres intelligent. Je parle ici de Strateco. De plus, pour mettre la pression politique sur la province, il menace un recours de 190M pour des decisions qu'elle-meme a prise dans ses demarches pour forcer la main a tous dans l'exploitation de cette ressource. Lisez! Faites vos recherches, parlez-nous. Votre electricite vient du Nord, il y a plein de mines qui sont en exploitation, alors cessez de nous peindre comme etant anti-developpement ou en ignorant. Merci et wachiya! S'il y en a un qui me parle de la langue, je vous invite a comprendre un peu l'histoire.

    • Alexe L. - Inscrite 16 décembre 2014 15 h 40

      Pour votre information, le Canada est le second producteur mondial d’uranium et celui-ci provient entièrement des mines de la Saskatchewan. Là-bas, il y en a des experts et ils parlent tous anglais. Je crois même que beaucoup d’autochtones, des Cris même si je ne me trompe pas, sont à l’emploi de cette industrie. Il y a aussi la Commission canadienne de sûreté nucléaire, une entité reconnue mondialement, dont les experts parlent également très bien l’anglais. Il ne s’agit donc plus de disponibilité des ressources scientifiques ici, mais bien vers qui vous préférez vous tourner. Avec respect, ce n’est pas parce qu’on n'a pas la même position que vous sur l’uranium que l’on vous traite nécessairement d’ignorants ou d’anti-développement… il est facile de blâmer les autres, mais encore faut-il accepter que tous n’ont pas la même opinion, et cela ne fait pas de nous de vilains méchants qui ne connaissent pas l’histoire et qui ne se sont pas informés.

    • Kathy Shecapio - Inscrite 17 décembre 2014 01 h 42

      Votre parole est tellement eronnee et ce, sur plusieurs points. 1) Je suis Eeyou, qui veut dire marcheur de la terre. Je ne suis pas Plains Cree du Saskatchewan. En passant le nom de la Province, en cri, veut dire la riviere qui coule en l'envers. Geographiquement, c'est significatif pour la traite historique. 2) Vous venez d'appuyer mon argement. La "surete" nucleaire n'est pas sure. La reconnaissance mondiale est due a des activities promotionelles. Leurs activites visent la promotion de l'exploitation de cette rssource naturelle. 3) Mon respect est pour la vie et le monde, pas pour cette ressource. 4) Venez chez nous. Venez nous voir.

  • Guy Hébert - Inscrit 16 décembre 2014 14 h 33

    Un chercheur?

    En tant que président de Strateco, je m’interroge sur les compétences du chercheur cité dans l’article étant donné que le projet Matoush était au stade d’exploration et non d’exploitation et que, par conséquent, les ressources évaluées ne sont pas définitives, mais bien en progression. Il a d’ailleurs été établi qu’en dehors du bassin d’Athabasca, le projet Matoush était le plus riche au monde, au stade d’exploration! Il est de plus pour le moins étrange que ce chercheur semble trouvé impossible que 51$US la livre soit inatteignable alors que le prix actuel à long terme est de 49$US la livre. Finalement, il est surprenant que le BAPE est accepté d’entendre l’analyse de cet expert sur le projet Matoush alors qu’il avait jusque-là refusé d’entendre parler du projet Matoush, puisqu’il s’agit d’un BAPE générique.

    • Kathy Shecapio - Inscrite 16 décembre 2014 22 h 42

      Ou est ta garantie que l'environnement ne prendra pas le coup et en faire une soupe de nous pour tes profits a toi?