Le prix chute sous les 56 $US

New York — Les cours du pétrole coté à New York ont de nouveau chuté lundi, touchant un nouveau creux depuis mai 2009, après des propos jugés peu encourageants de responsables de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Le baril de « light sweet crude » (WTI) pour livraison en janvier a perdu 1,90 $US sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) pour s’établir à 55,91 $US, son plus bas niveau de clôture depuis début mai 2009. « Il y a beaucoup de spéculation, qui tire le marché vers le bas », a jugé Carl Larry, de Frost Sullivan. « Aujourd’hui, les inquiétudes concernaient principalement le refus de l’OPEP d’envisager quelque mesure que ce soit pour abaisser sa production. »

Lors d’une conférence à Dubaï dimanche, le secrétaire général de l’OPEP, Abdallah al-Badri, a défendu cette stratégie, estimant que l’écart entre l’offre et la demande n’expliquait pas l’effondrement des cours, alors que l’organisation a conservé son plafond de production inchangé à 30 millions de barils par jour (mbj) lors de sa dernière réunion en novembre. « On pourrait presque croire que l’OPEP veut voir jusqu’où elle peut aller dans la situation actuelle », ont estimé les analystes de Commerzbank.

Le ministre de l’Énergie des Émirats Arabes Unis, Suhail al-Mazrouei, est allé plus loin, lors de cette même réunion, en disant que l’OPEP pourrait encaisser une baisse des prix jusqu’à 40 $US le baril, selon les experts.

« L’OPEP continue à se retrancher dans ses positions », a souligné Phil Flynn de Price Futures Group. « Les Émirats arabes unis disent qu’une réunion d’urgence n’a rien de nécessaire […] Ils ne cachent pas le fait que la cible, c’est le pétrole de schiste américain », dans l’espoir que la chute des cours « écarte du jeu certains producteurs ».

Parmi les conséquences de la chute des cours, le décompte des puits aux États-Unis, établi par la société de services pétroliers Baker Hughes, a en effet subi sa plus forte baisse depuis des années en fin de semaine dernière, avec près de 30 puits en moins.

Spéculation

L’OPEP a estimé dimanche que l’état actuel du marché ne justifiait pas l’effondrement actuel des cours de pétrole, pointant du doigt une probable spéculation. Abdallah al-Badri a déclaré à Dubaï que « l’offre et la demande avaient connu une hausse — légère — qui n’explique pas cet effondrement de 50 % » des cours depuis la mi-juin.

« Nous voulons connaître les raisons réelles qui ont conduit à un telle chute des cours du brut », a-t-il ajouté devant des journalistes qui l’interrogeaient sur le décrochage des cours. Si cette chute se poursuit, cela signifiera que « la spéculation contribue fortement à pousser les prix à la baisse », a-t-il dit, en rappelant que le plafond de « production de l’OPEP n’a pas changé depuis 10 ans. »

En revanche, a souligné le responsable, les pays producteurs non-membres de l’OPEP ont augmenté de quelque 6 mbj supplémentaires leur offre, contribuant ainsi à la chute des cours.
 

L’impact du gaz de schiste

M. Badai a ajouté que le pétrole de schiste, dont la production a augmenté notamment aux États-Unis et au Canada pour atteindre quelque 3 mbj, avait « un impact » sur le marché. Mais le coût de sa production est élevé, à 70 $US le baril, selon lui.

Lors de sa dernière réunion ministérielle fine novembre à Vienne, l’OPEP a, sous la pression des monarchies du Golfe, maintenu inchangé son plafond de production malgré une surabondance de l’offre et la chute des cours. Selon des analystes, quatre des monarchies du Golfe (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Qatar et Koweït), membres du cartel dont elles assurent 52 % de la production, cherchaient à maintenir ainsi la pression sur les producteurs de schiste et à défendre leurs parts de marché.

M. Badri a assuré que les monarchies du Golfe ne seraient pas affectées par l’effondrement des cours. Ces monarchies, qui se sont constituées des réserves financières de 2450 milliards de dollars grâce à la manne pétrolière, « ne sont pas en danger », a-t-il insisté.

Estimant qu’elles « passeront sans problème les deux ou trois prochaines années », il leur a cependant conseillé de « réduire leurs budgets », mais aussi de « baisser les subventions » à la consommation de produits énergétiques.

Le responsable de l’OPEP a exhorté ces monarchies et les autres membres du cartel à continuer à investir notamment dans la prospection et la production, car « une baisse des investissements dans le pétrole [...] conduira [à moyen ou long terme] à une envolée de prix » qui, selon lui, pourraient atteindre « des niveaux très élevés ».

« L’industrie pétrolière aux États-Unis va ralentir [car] les réserves [américaines] sont faibles », a-t-il dit en citant des estimations de son organisation. « L’Amérique va dépendre du pétrole du Moyen-Orient pendant de longues années », a prédit M. Badri, indiquant que l’OPEP, qui entend porter « sa production à 93 mbj » en 2040, « sera toujours là ».